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CQFD N°059


JOUTES SÉTOISES

SI C’EST PAS TOI, SÉTOIS !

Mis à jour le :15 septembre 2008. Auteur : Anatole Istria.


Les Joutes de la Saint-Louis à Sète, c’est l’affaire des Sétois depuis la fondation de la ville en 1666. Le canal se remplit de minots turbulents juchés sur des canoës, tandis que les jouteurs en barque sont propulsés, manquant parfois d’éborgner ou de castrer leur adversaire ou plus fréquemment de le mettre à l’eau. Il arrive parfois qu’un estranger s’immisce dans les gradins. Le lundi 25 août, l’animateur du tournoi, Germinal, dit Minal, profita d’un flottement dans la compétition pour remercier les voisins de l’étang de Thau mais surtout pour adresser une spéciale dédicace au special guest de la journée : le potentat de Septimanie, l’ineffable Georges Frêche, président de Région, qui assistait pour la première fois dans son interminable carrière à l’événement sétois :
« Attendez, on a quelqu’un d’important…, d’important pour la région. Monsieur le président, je vais te tutoyer, parce qu’aujourd’hui on tutoie les étoiles et à plus forte raison un président. Eh ! t’es président, t’es comme moi : moi aussi je suis président, je suis président de la Jeune Lance, moi, et à Sète je suis plus connu que toi. Alors je sais, je sais, que tu as la tête fraiche, Georges, quelquefois, et je vais te parler au nom de la voix du canal, le représentant des gobies. La voix du canal m’a dit ce matin que nous avions reçu une lettre de la Région qui nous stipulait que, à partir de maintenant, pour jouter dans notre cadre, il fallait demander l’autorisation à Montpellier. Alors, citoyen président, sache que si jamais tu attends le facteur, ne l’attends pas. Il passera pas, parce qu’on lui enverra pas la lettre. Autre chose, maintenant : sache que tu es notre invité aujourd’hui, et en tant qu’invité tu n’es pas propriétaire du canal. Tu fais comme nous, on partage la propriété, tu es propriétaire du port de Sète, mais attention, il y a le fond et il y a les murs. Les murs, ils sont à nous. Et comme en plus, le fond du canal fait aussi partie des murs, t’es propriétaire de rien du tout ! Prends-le comme nous, la Saint-Louis, c’est aussi une galéjade. Président, t’es invité, si tu veux boire un coup ce soir, ne prends pas les sous, c’est nous qu’on paye. »
Pour une fois l’édile mégalo est resté coi, masque fermé et caquet rabattu, sans possibilité de répliquer, sous les huées et les railleries du peuple du canal, ruminant intérieurement sa vengeance qui ne manquera pas d’être terrible. Dans le Midi Libre du lendemain pas un mot sur l’algarade, mais une citation de Frêche, lui qui reconnaît ne pas bien connaître le bassin de Thau, qui prétend « vouloir gagner le cœur des Sétois ». C’est bien parti : tais-toi et mets un nez rouge.

Article publié dans CQFD n°59, septembre 2008.






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