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CQFD N°059


RAGE DEDANS

« SÉDUITS PAR LE BIO »

Mis à jour le :15 septembre 2008. Auteur : Sébastien Fontenelle.


On est le 7 septembre 2008, je suis mal réveillé, d’humeur chagrine, par conséquent, et je lis, dans le supplément « Paris – Île-de-France » du Journal du dimanche, propriété, comme tu sais, d’Arnaud Lagardère, qui aime à se présenter comme le « frère » du chef de l’État français ; je lis, te disais-je, que « les Parisiens[sont gravement] séduits par le bio » – au point que désormais ils se ruent chez Naturalia ou vers La Vie claire comme, en gros, tu bois un verre d’eau.
C’est pour moi une révélation, parce que c’est pas exactement l’impression que je retire de mon expérience quotidienne  : au contraire, j’ai cru noter que les files d’attente s’allongeaient aux caisses de chez Lidl – mais il est vrai aussi que cette observation porte sur des quartiers populeux, hors d’où l’audace légendaire du manager Delanoë (dont le seul nom m’irrite assez) n’a pas encore complètement bouté la canaille à boubous.
Poursuivant ma lecture, j’apprends que les passants à sacs Tati de la rue des Pyrénées bientôt seront comme le mauvais souvenir d’une époque où le tofu manquait encore d’aficionados, car, ainsi qu’en témoigne l’auteure du Guide Paris Bio (que tu liras j’espère) : « Le bio fait désormais des émules dans toutes les couches de la société. » Sans déconner ? Sans déconner. Affine-t-on cette pensée ? On affine cette pensée. On la détaille, même, en ces termes : le bio, c’est beau, « regroupe aussi bien les anciens babas cool qu’une nouvelle clientèle qui recherche une adéquation entre écologie et vie citadine ».
Un peu d’attention, je te prie : nous venons, par l’un de ces raccourcis dont la presse fait jour après jour son cholestérol dominant, de nous laisser dire que la société, envisagée dans sa totalité,se résume, d’une part,à d’anciens babas cool,et d’autre part à une clientèle jeune et branchée (ainsi, je suppose, que follement funky).
Au temps pour l’enculé d’allocataire qui passe beaucoup de son temps à rechercher une adéquation entre son revenu mensuel de 447 euros et son (improbable) survie citadine,et qui ne fréquente que peu les jolies « supérettes bio » où la nourriture est plus saine : par la magie de quelques mots, Le Journal du dimanche le biffe, et le vire d’une société où il ne fait même plus couche. Le triste bâtard démuni.
Pas de bras, pas de quinoa : dans le nouveau Paris que dessinent, main dans la main, la mairie « socialiste » et les salariés du frangin du chef de l’État français, le « Parisien branché bio » est ravi, et comme on le comprend, de n’avoir plus que dix mètres à faire pour s’acheter sa pomme sans toxines – cependant que le RMiste, ringard congénital, ne fait aucun effort pour se montrer « urbain écolo ».
Faudra pas qu’il s’étonne de finir en lointaine banlieue, dans la sauvagerie bariolée de la Seine-Saint-Denis, où la presse Lagardère le régalera,j’en suis sûr,de savants papiers sur la malalimentation des miséreux assistés qui mangent trop de nocives graisses à l’OGM – pour mieux le détourner de la solution de facilité, populiste à l’excès, qui serait de bouffer du riche.

Article publié dans CQFD n°59, septembre 2008.






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