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CQFD N°059



EN PISTE À DOUARNENEZ II

Mis à jour le :15 septembre 2008. Auteur : Iffik Le Guen.

CQFD et le festival de cinéma ont poursuivi leur idylle entamée l’été dernier. Immersion dans une semaine chargée en bonnes rencontres, films étonnants et bières artisanales.

LES DERNIÈRES ÉLECTIONS de Douarnenez ont porté à la mairie un majorité présidentielle bon teint et le bougre a affiché tout de suite la couleur.Il a préféré inaugurer la régate de richissimes plaisanciers en présence d’une miss locale plutôt que de se commettre avec les acteurs – sûrement de sombres agitateurs gauchistes dans son esprit – d’une manifestation culturelle qui fête sa trente et unième édition. Comme le Liban était à l’honneur cette année, l’iconoclaste aurait même déclaré devant les réalisateurs, photographes et écrivains invités qu’il avait très bien connu Miss Liban 1988. Mais il ne peut s’agir évidemment que de vils persiflages colportés par des gens déçus et revanchards,surtout quand on connaît l’attachement indéfectible à la culture que manifeste sans cesse le parti auquel il appartient. Fermez le ban.
Pendant toute la semaine, à l’occasion des projections et des débats, bien éveillé ou gentiment assoupi, l’esprit du festivalier est taraudé par cette question : comment peut-on être libanais ? Beaucoup, 12 millions, alors que le pays ne compte que 4 millions d’habitants, ont répondu en empoignant leurs valises. Voilà une terre labourée par les guerres civiles, les invasions de ses ombrageux voisins,la gamme complète des bombes de l’État hébreu et qui, pourtant, se refuse à abandonner la résistance. Et là,cela devient encore plus compliqué puisque le seul mouvement capable de faire mordre la poussière aux stratèges de Tsahal,c’est le Hezbollah. Pas vraiment des gens à qui on donnerait le bon Dieu sans confession.Dans Chronique d’un retour au Sud-Liban, la réalisatrice Dalia Fathallah évoque cet inextricable sac de noeuds dans lequel se débattent les Libanais. En mai 2000, elle filme la reprise en main d’un village après le départ de l’armée israélienne, avec la succession des martyrologues enfiévrés des chefs barbus locaux et des responsables de section du parti communiste libanais. Au loin, la caméra s’attarde sur le visage désabusé des vieux qui poussent leur mulet sur la route. Dans la même veine surréaliste, le journal vidéo tourné par Rania Stéphan témoigne du quotidien des habitants de Beyrouth pendant l’été 2006. On suit, éberlué, cet employé municipal qui continue à piquer les papiers gras autour d’un monument aux morts, alors que depuis plusieurs jours l’aviation israélienne s’acharne à renvoyer le pays cinquante ans en arrière. L’« ennemi israélien », davantage que le grand frère syrien, semble d’ailleurs seul capable de faire l’unaminité contre lui parmi les différentes communautés libanaises. À une question du public sur la possibilité de diffuser leurs films via les milieux underground israéliens, les réalisateurs ont répondu en choeur : « Milieu underground israélien ? Connais pas. » La paix au Proche-Orient apparaît soudain à portée de main, là, en rayon, juste en dessous de la société sans classes.
Ambiance aussi plombée qu’un ciel bas-breton ? Réunion de cellule sur les grands enjeux géopolitiques, moins de 80 ans s’abstenir ? Point du tout ! Le bar du festival a offert à CQFD les plages détente nécessaires à l’obtention du stage annuel de bières bretonnes, tandis qu’un amoureux impénitent des jeunes donzelles de la place et du Divin marquis nous complimentait pour notre Dialogue entre un prêtre et un moribond illustré par Rémi. D’autres encore, de l’ouvrier métallurgiste au prof en école d’ingénieurs ou encore un ex-éducateur de la pénitentiaire, nous tissaient des couronnes de louanges pour le ton unique du canard au milieu du vide sidéral de la presse actuelle. C’est bon, ça, coco ! En repassant par les salles obscures, des docus de la sélection Bretagne ont marqué la fin d’une semaine particulièrement arrosée (encore un été où il a fait beau plusieurs fois par jour). La tentation de Dunkerque de Daniel Rouyre nous livre l’expérience, tout en dérision et tendresse, d’une équipe de handicapés mentaux happés par la liesse d’un carnaval qui, à l’origine, s’appelait aussi la fête des fous. C’est l’image que les organisateurs du festival veulent laisser au public : mettre un peu d’humour et de fraternité dans ce monde de brutes.

Article publié dans CQFD n°59, septembre 2008.






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