Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°060
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°060


BOURSE DU TRAVAIL OCCUPÉE

CRISE DE CONFIANCE

Mis à jour le :15 octobre 2008. Auteur : Anne-Leïla Ollivier.

La CGT n’apprécie guère les initiatives individuelles venant de la base. Sans doute un héritage de son passé stalinien. Les membres de la Coordination Sans-Papiers 75 en ont amèrement fait les frais depuis le mois d’avril dernier.

UE CHARLOT À PARIS, les affiches sur les murs de la Bourse du travail occupée commencent à s’effriter. Ces jours-ci, des rumeurs d’expulsion courent à nouveau. Des hommes sont postés à l’entrée, mais le visiteur connu entre d’un simple bonjour. Dans la cour, quelques bâches offrent une maigre protection contre la pluie. Dans les couloirs, dans la grande salle de conférence, chaque espace libre est couvert de matelas. L’endroit est bien tenu, ménage et cuisine se font collectivement. Hommes et femmes se reposent ou discutent en petits groupes. C’est la fin de l’après-midi et l’on attend deux choses : la rupture du jeûne, en début de soirée, et le retour des délégués, partis à la préfecture.

Depuis cinq mois, 1 300 sans-papiers se relaient pour cette occupation particulière, déclenchée par le « lâchage » de la CGT en avril. Les délégués des quatre collectifs parisiens réunis dans la CSP 75 l’ont maintes fois expliqué : ces petits cachotiers de la CGT ne l’ont pas prévenue des occupations de sites et du dépôt collectif de 1 000 dossiers en préfecture. Du coup, la CSP 75 dépose, elle aussi, 1 000 dossiers, aussitôt refusés par la préfecture qui lui conseille de s’adresser à la CGT ! Cette dernière rejetant une lutte commune avec les « travailleurs isolés » (pas assez nombreux pour lancer une grève dans leur entreprise), la coordination décide de s’installer à la Bourse du travail « en amis », pour pousser le syndicat à les soutenir. En fait de soutien, il a immédiatement stigmatisé l’action et dénoncé des sans-papiers « instrumentalisés  », « manipulés », etc. « Ils nous ont même traités de sarkozistes ! » s’indigne Sissoko, l’un des délégués.
«  Fatma, il faut les photocopies des passeports ou pas ? » Mireille, assise sur un matelas, donne un coup de main : à force de tractations, la préfecture a accepté l’examen des dossiers de la Bourse. La moitié des dossiers expédiés cet été a été renvoyée sous prétexte d’erreurs. Mireille vient en soutien, sans étiquette : « Je ne comprends pas que des orgas comme la LDH, le Mrap, le Gisti et les autres, qui se déclarent depuis des années défenseurs des sans-papiers, soient au cul d’une organisation syndicale qui n’a jamais défendu de sans-papiers avant le mois d’avril ! »

En effet, toutes les institutions présentes dans la lutte des sans-papiers ont condamné l’occupation. Seule la Fasti a répondu à l’appel : elle a ouvert son local pour des réunions et pour imprimer le Journal de la Bourse occupée, hebdomadaire diffusé dans les manifs [1]. Quelques soutiens se croisent tout de même à la Bourse du travail : des « électrons libres », les membres de SOS soutien aux sans-papiers, une dessinatrice, une documentariste…

Fatma est là depuis le début. Sa maîtrise du français, son expérience syndicale en Tunisie lui valent d’être sollicitée : « Je fais tout ce que je peux. Je soulage les gens, je les aide à remplir leur dossier, je pleure avec eux. Avec mon mari, on s’est réparti les tâches : lui travaille, et moi je milite ! Je ne comprends pas que vous, les Français, vous laissiez attaquer vos droits. Nous, on n’a pas le choix, on n’a que la lutte. »
Elle raconte l’expérience du 16 septembre. Ce jour-là, cinq membres de la coordination étaient convoqués en préfecture pour leur régularisation : « On était sûrs d’être régularisés. Ils avaient assuré qu’il n’y aurait pas de convocation bidon. Et… rien. Une nouvelle convocation pour le 20 octobre ! Ils font ça pour nous signifier que c’est eux qui décident. D’être traités comme ça, j’ai senti une force que je n’avais jamais éprouvée. Nous aussi on a un message : on est là, et on y reste. »

Les relations avec la CGT se sont encore tendues en septembre : invités à la Fête de l’Humanité sur le stand de la Bolivie, des membres de la CSP75 ont été malmenés par le service d’ordre de la CGT. Mais la coordination ayant menacé d’une manifestation à la fête même, le calme est revenu.
Quelques jours plus tard, le 17 septembre, jour de l’occupation de la Tour d’argent, le responsable de l’UD-CGT de Paris lançait à des membres de la CSP 75 venus en soutien : « On fera tout pour bloquer vos dossiers, j’ai eu ce matin au téléphone le directeur [de la préfecture de police de Paris], tant que vous serez à la Bourse du travail vous n’aurez pas de régularisations  » [2] Pourtant quatre arrivaient quelques jours plus tard, les premières. La nuit tombe. Les délégués reviennent de la préfecture et font un point. L’entrevue avec le préfet a été difficile. Encore deux jours d’attente pour les prochaines convocations. Sissoko rappelle que seul le rapport de force permet ces entrevues avec la préfecture. Et qu’une régularisation collective ne pourra se faire que sur intervention du ministère. Il appelle à la patience et à la solidarité : « Il y a quelque chose de très important à la Bourse. Il faut le garder. » Hommes et femmes sortent, beaucoup entament le premier repas de la journée. On allume une grosse télévision installée dans la cour, c’est l’heure des infos sous la bâche de plastique. On parle de la Bourse… de Wall Street.

Article publié dans CQFD n°60, octobre 2008.


[1] http://quotidiensanspapiers.free.fr.

[2] Communiqué de presse du 18/9. Cf. le site de la Bourse occupée :
http://bourse.occupee.free.fr.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |