Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°060
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°060


L’AFFREUX PASTIS DU TRICASTIN

AREVA SE LA RACONTE

Mis à jour le :15 octobre 2008. Auteur : Gilles Lucas, Jean-Claude Leyraud.

Opacité et transparence sont-elles des soeurs siamoises ? Areva, société opaque par nature, nous chante l’ode à la transparence depuis qu’une série d’incidents dans sa centrale nucléaire du Tricastin l’a mise sur la sellette. Résumé du feuilleton de l’été.

LE 8 JUILLET 2008, 30m3 d’effluents uranifères, stockés par la société Socatri (filiale d’Areva) près de la centrale du Tricastin, se sont « déversés par accident dans le sol et dans les deux rivières avoisinant le site nucléaire ». Le 18 juillet, Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, y fait un petit tour, promettant indemnités (20 millions d’euros) et « transparence maximum ». D’un geste symbolique fort, elle allonge son pastis avec de l’eau d’un étang voisin (eh oui,en ajoutant de l’eau au pastis, on le rend… opaque).
Le 4 juillet, quatre jours avant l’accident, la CRIIRAD [1] participe à une réunion de la CIGEET [2]. Elle interroge les responsables à propos d’un tumulus de déchets radioactifs d’origine militaire entreposés depuis 1970 sous une couche d’argile censée en assurer l’étanchéité. Et apprend l’existence d’un rapport rédigé en… 1998. En le consultant, elle constate que la pollution de la nappe phréatique est avérée depuis 79 et que, pendant vingt ans, les prédécesseurs d’Areva ont effectué un « pompage de fixation » pour arroser le tumulus. Le but de l’opération, d’après la CRIIRAD, était de diluer la radioactivité et de diriger les effluents vers le Rhône, d’où ils rejoindraient la mer. Cette « opération Pastis » a cessé en 98. La CRIIRAD réclame une étude indépendante de la nappe phréatique.
Après le 8 juillet,branle-bas de combat : le préfet interdit la consommation d’eau issue des captages privés, tout comme l’irrigation agricole, les activités nautiques, la baignade et la pêche. Marc Champion, de l’Autorité de sûreté nucléaire, déclare dans La Provence du 9 août 2008 : « Une grande partie de la pollution a atteint le Rhône. Elle va être diluée dans la masse du fleuve et ne devrait avoir aucun impact mesurable. » La CRIIRAD « regrette l’opacité sur la pollution de la nappe alluviale. Selon les derniers chiffres publiés par la Socatri et repris par l’État, 224 kg d’uranium auraient été rejetés : 1/3 dans les cours d’eau, soit 74 kg, et 2/3, 150 kg, se sont répandus sur le sol. La Socatri a affirmé que la contamination n’avait pas atteint la nappe alluviale… mais sans publier aucun résultat qui permette de le garantir ». Didier Champion (encore un Champion !), directeur de l’environnement et de l’intervention à l’IRSN [3], a le culot de déclarer au Monde (12/08/08) que « nos experts n’assurent aujourd’hui quasiment aucune surveillance des nappes phréatiques ». Pas de quoi s’affoler : Jean-Louis Borloo, à la suite de l’accident, a demandé au Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (où ne siègent que des pro-nucléaires) de se pencher sur la situation radioécologique de tous les sites nucléaires français. Et de vérifier l’état des nappes phréatiques.

Les riverains de la centrale,eux,ne font plus confiance aux mesures effectuées par la Socatri : il faut dire que l’eau des piscines du secteur remplies avant l’accident du 8 juillet, analysée par la CRIIRAD, présente une teneur en uranium au-dessus des normes et, surtout, plus élevée que celle mesurée officiellement après le 8 juillet. Cherchez l’erreur…
Beaucoup parlent de déménager et réclament des indemnités pour la perte de valeur de leur maison, tandis que les agriculteurs évoquent un « déficit d’image ». Dorénavant, « il y aura une tolérance zéro, jusqu’au plus petit incident  », assure le nouveau directeur du Tricastin. Sauf qu’il ne pousse pas la transparence jusqu’à publier des analyses de terrain sérieuses et qu’il se borne à rendre publique une série d’« incidents » : le 23 et le 29 juillet, puis le 5 et le 22 août. C’est le feuilleton de l’été.
Reste une zone contaminée et une population qui pourrait courir un risque sanitaire majeur : l’eau distribuée dans tout le Haut- Vaucluse provient d’un forage dans la nappe alluviale de Mornas, à 10 km en aval de la centrale. Les autorités prennent ce risque au sérieux puisqu’elles cherchent un autre lieu de forage. Au cas où…
Jean-Claude Leyraud

TRICASTIN : TRÈS CHAUD DEVANT !

UN ÉTÉ D’INCIDENTS et d’exercices de transparence opaque sur les niveaux de gravité, et puis dans la foulée, un silence assourdissant, au moment où Areva tente de dealer de la centrale à l’Inde après s’être fait planter en Chine. Pourtant, le 8 septembre, à l’occasion d’une opération de maintenance sur le réacteur n°2, deux assemblages sont restés accrochés sur le couvercle. Ainsi dressés au-dessus du coeur, ces tubes de zirconium longs de six mètres et remplis de pastilles de combustible balancent un rayonnement intense, heureusement atténué par l’eau déversée en urgence dans la cuve. Que faire ? La société Westhinghouse bosse à la construction d’un robot. Comment replacer ces deux assemblages sans risquer de les casser (ce qui provoquerait une chute des pastilles de combustible radioactif,entraînant probablement une réaction en chaîne qui aboutirait à une fusion partielle du coeur comme à Three Miles Island en 1979) ? Sous l’effet de la chaleur dégagée, un processus de dissociation de l’eau risque de s’enclencher : l’accumulation d’oxygène et d’hydrogène provoquerait alors une explosion similaire à celle de Tchernobyl. L’évacuation de plusieurs communes serait déjà envisagée par les autorités. « On a appelé EDF à plusieurs reprises pour avoir des informations sur la date de l’intervention et le détail des opérations  », rapporte Roland Desbordes, de la Criirad. Avec pour toute réponse : « No comment ! Secret commercial et industriel.  » L’incident est classé niveau 1. Traduction : pour l’instant, tout va bien.

Gilles Lucas

Articles publiés dans CQFD n°60, octobre 2008.


[1] Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité.

[2] Commission d’information auprès des grands équipements énergétiques du Tricastin.

[3] Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |