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CQFD N°060



BORDEAUX, LA CULTURE TOC

Mis à jour le :15 octobre 2008. Auteur : Constance Le Bihan.


NOUS AVONS ÉTÉ TRÈS BONS, Marseille a été encore meilleure. » Dans son dernier « clavardage », sorte d’Aló Presidente local où Alain Juppé répond aux questions des internautes, le maire chauvelu de Bordeaux confie sa déception après l’échec de la candidature bordelaise pour la capitale européenne de la culture.La larme à l’oeil,il nous ferait presque pleurer.Faut dire qu’il y a de quoi. Bordeaux 2013, c’est 720000 euros de perte sèche et un coup politique qui a foiré.
Pourtant le sieur Juppé n’avait pas ménagé sa peine. Le voilà donc qui chatouille personnellement les esgourdes des 230 000 Bordelais en les invitant par téléphone à un « pique-nique » devant la mairie,à l’occasion de la visite du jury, le 1er septembre. Et de sortir le grand jeu avec lancer de ballons,bandasflamenco, tramways décorés,animations sons et lumières… Il faut vendre du rêve, pardi ! Comme le souligne le dossier de candidature, élaboré sous la direction du grand manitou Richard Coconnier, codirecteur du Théâtre national de Bordeaux Aquitaine : « Nous avons misé sur la mobilisation militante de la population. »
C’est un fait avéré, il y a beaucoup de pigeons à Bordeaux. Et environ 3000 personnes et des cacahuètes le jour J, pour accueillir l’éminent jury. Pour favoriser les contributions « citoyennes », le comité de pilotage organise des jeux concours, en partenariat avec France3 : « Imagine le prochain slogan pour Bordeaux 2013 ! » et filme des dizaines de Bordelais se trémoussant devant le logo multicolore du projet, qui évoque un code barre.
Hasard esthétique ? Remarquez que les autres chantres du projet sont les entreprises privées qui prennent gaiement le relais de ce matraquage com’. La chambre du commerce et de l’industrie de Bordeaux, « ambassadrice » du projet Bordeaux 2013 et locataire de l’imposant palais de la Bourse, fait à ce jeu figure de premier de la classe en redécorant le palais aux couleurs du logo arc-en-ciel.

Le Q merdeux de la Culture

Parrainé par Bernard Montiel ou Christophe Dugarry,le projet de Bordeaux 2013 laisse pantois de nombreux acteurs culturels locaux, écartés de l’élaboration du programme. Parmi eux, Jacques-Albert Canque, directeur d’une troupe de théâtre, le Groupe33 : « Bordeaux 2013 est une nullité absolue et révèle l’incompétence des services culturels de la mairie. » En cause, l’empilage de 79 projets ampoulés et peu homogènes en guise de programme artistique, pour faire de 2013 un « grand banquet des lumières ». Eh va, c’est qu’ils sont drôlement illuminés !
Au sein des milieux culturels, la candidature de Bordeaux a fait sourire. Son échec aussi. Comme le souligne le metteur en scène du Groupe33 : « C’est pas l’argent qui donne du talent ». Pour les assoc’, rien de capital donc dans cette défaite, et même parfois un peu de réjouissance.
Voile de fumée, la candidature de Bordeaux illustre les choix de la mairie en matière culturelle. Faite pour satisfaire les consommateurs rupins, cette politique laisse tomber les artistes et créateurs. En effet, si Bordeaux se targue de consacrer 23% de son budget à la culture, peu d’organisations bénéficient des largesses publiques. La première d’entre elles, le TNBA –dirigé par le même Richard Coconnier, tiens donc !– capte 30% du budget culture, soit 1,5 million d’euros par an. Adeptes de l’évènementiel et spécialistes des expos en kit et de la sous-traitance culturelle, les institutions comme Arc en Rêve ou la Base Sous Marine font eux aussi choux gras de l’obole publique. Si Marseille est capitale, la culture toc a trouvé son capitole à Bordeaux.

Article publié dans CQFD n°60, octobre 2008.






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