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CQFD N°060


JE VOUS ÉCRIS DE L’USINE

UN JAUNE, PATRON !

Mis à jour le :15 octobre 2008. Auteur : Jean-Pierre Levaray.


CERTAINS LECTEURS me disent : « Tu écris souvent sur des mecs de la CGT, jamais sur des militants d’autres syndicats. Il n’y a que la CGT dans ta boîte ? » Effectivement, il existe d’autres syndicats dans mon usine, mais la CGT y est tellement majoritaire que les autres font figure de marginaux. La CFTC n’est constituée que d’un seul militant, représentant dans tout un tas d’instances et donc quasiment jamais au boulot (quoique, avec la loi sur la représentativité syndicale, il va devoir remettre ses bleus de temps à autre). Il y a la CGC dont les réunions sont encore convoquées directement par la direction. Reste, pour ma boîte, la CFDT, et là, j’ai vraiment du mal avec.
La CFDT de l’usine est une ancienne section de FO qui a préféré se tourner vers Edmond Maire dans les années 70. Pendant une période, ce syndicat a fait illusion auprès d’ouvriers de la chimie qui se prenaient plus pour des techniciens que pour des prolos. Surtout, elle pouvait proposer une alternative face à une CGT téléguidée, à l’époque, par le PC et à ses pratiques d’éviction des éléments les plus ouverts. Dans les années 80, la CFDT a été majoritaire un moment et a contrôlé le Comité d’établissement pendant deux mandats. Ça s’est traduit par un certain clientélisme, l’aide à quelques structures proches du PS, ainsi que par l’emprise de pseudo-militants qui se servaient du CE pour en tirer des avantages personnels. Cela s’ajoutait à un changement de personnel dans la CFDT où il ne restait plus que des contremaîtres, et quelques mecs qui imaginaient se servir du passeport CFDT pour le devenir. Bref, l’embellie CFDT ne dura guère, d’autant que ce syndicat signait (et signe toujours) tous les accords de merde et que ça ne plaisait pas. D’ailleurs, il fallait voir comment ils justifiaient leurs signatures : que c’était pour la survie de la boîte, que de toute façon, ça ne changerait rien et, surtout, que la CFDT resterait « vigilante ».

L’autre aspect qui a été rédhibitoire, c’est la gestion des conflits. La CFDT a toujours tout fait pour arrêter le mouvement dès la première heure de grève. À croire qu’ils voulaient la grève mais qu’ils avaient peur, peur de fermer la boîte (leitmotiv), ou qu’ils pensaient que les choses pourraient s’arranger dès qu’ils seraient reçus par le patron. Les interventions de la CFDT dans les assemblées générales ont toujours été de faire peur et de casser le mouvement. Au point de se demander si, petit à petit, le ver que ce syndicat a mis dans le fruit ne prend pas toute la place quand on voit le manque de combativité actuel. Une autre spécialité des militants de la CFDT, c’est la rumeur. Se targuant d’être toujours dans les bureaux de la direction, ils sortent les plans de restructuration avant qu’ils n’aient lieu.
Et les mesures catastrophiques annoncées désamorcent les réactions possibles, car, apprendre qu’il n’y a « que » cent suppressions d’emplois plutôt que les deux cents diffusées par la rumeur, ça peut paraître une victoire. Voilà où en est la CFDT, syndicat déclinant doucement, mais qui, par les fonctions d’encadrement de ses quelques adhérents, garde une grande capacité de nuisance. Je suis dans leur collimateur depuis la sortie de Putain d’usine, pour laquelle ils ont engagé une vraie cabale contre moi,comme quoi je disais du mal des ouvriers. Ce qui a été dur à vivre dans un premier temps, c’est à- dire avant que les collègues n’achètent et ne lisent mon bouquin. Parce que la CFDT n’aime pas qu’on dise à l’extérieur ce qui ne devrait pas sortir de l’enceinte de l’usine. Tout comme ils n’avaient pas supporté que la CGT de la boîte, après la catastrophe d’AZF, dénonce, par voie de presse, les mauvaises conditions de sécurité dans l’usine.
Voilà. Je pourrais encore écrire des pages sur les méfaits de ce syndicat, mais il y a d’autres choses à faire. Quand le secrétaire de la CGT dit qu’il faut travailler de concert avec la CFDT, je ne vous dis pas comment on reçoit ce message dans la boîte.

Article publié dans CQFD n°60, octobre 2008.






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