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CQFD N°060


MA CABANE PAS AU CANADA

LA PEAU DE MA YOURTE

Mis à jour le :15 octobre 2008. Auteur : Anne-Leïla Ollivier.

De Grenoble, il faut une heure de voiture – ou de train – pour rendre visite à Marina, sérigraphiste qui vit en yourte depuis l’été dernier. Un ami paysan lui a prêté un bout de terre pour qu’elle s’y installe avec son fils. Petite visite.

« En sortant du village, tu tournes devant la Vierge, tu suis le chemin de terre… C’est après la ferme. » La yourte est installée sur un champ bordé de pins. À l’est, l’Obiou, à l’ouest, le mont Aiguille. « Mes montagnes préférées », dit Marina, tout sourires. Elle a toujours habité en montagne, en location. « Je voulais vivre dans un arbre, mais avec un enfant c’est pas évident et ça demande des compétences de charpentier que je n’ai pas ! La yourte, c’était un bon compromis entre un arbre et un appartement. » Elle a acheté une vraie yourte mongole pour 4000 euros. Pour ne pas passer par les banques, elle a emprunté aux amis. Les remboursements sur un an équivalent à son ancien loyer et les frais d’installation se sont limités au bois du plancher, des vis, une bouteille de gaz. Le montage a pris une petite journée. Ce jour-là, son fils autiste lui a dit : « Maman, la yourte c’est le plus beau cadeau. » Amoureux des courbes, il a couru longtemps autour. « Pour lui c’est un lieu d’indépendance, ouvert, il n’y a pas de voitures.Il est en contact avec les chevaux, les activités de la ferme. Il se sent libre. »
Les contraintes, Marina les balaie d’un geste. « C’est juste une autre perception des choses. Tu vis en fonction du jour et de la nuit, de la météo. Tu reviens à l’essentiel. Je voulais construire des toilettes sèches,mais aller dans le bois avec sa pioche et sa bouteille, c’est bien agréable. » Elle stocke quelques bidons d’eau pour la vaisselle et la cuisine. Et s’éclaire à la lampe solaire ou à pétrole et aux bougies. Un vieux poêle à bois occupe le centre.Une batterie de voiture donne un peu d’électricité, pour le magnéto de son fils. « Attention je ne suis pas Robinson ! J’ai une voiture, je vais en ville à l’atelier, j’y dors parfois, j’y prends ma douche. » Marina est sérigraphiste. Son association l’a salariée cinq ans en emploi-jeune, puis elle a dû se licencier et réduire ses dépenses : « La yourte, c’est une fabuleuse alternative pour arrêter de payer des loyers quand on ne peut pas être proprio  ».
Ses parents comprennent mal, ses amis lui prédisent des difficultés en hiver ou admirent son courage. Elle dit que c’est vivre en ville qui lui demanderait du courage aujourd’hui. « Ici la membrane avec le monde est plus fine… Quand il y a un orage, tu sens la terre trembler, quand il pleut tu as envie d’une sieste, tu sors, tu vois les biches passer au bout du champ… Il était temps que je fasse le pas. »
Des coups de feu claquent. Marina raconte sa visite au président de l’ACCA [1] : « Il a passé le mot aux chasseurs,leur demandant de considérer la yourte comme une habitation. Ils ont le droit d’aller sur les terres privées, mais doivent rester à plus de 250 mètres des maisons. »
Juridiquement,la situation est plus délicate : « En France ,toute habitation mobile est autorisée sur les lieux privés. Mais le préfet de l’Isère a pondu un arrêté qui l’interdit… Je m’en fous, ils peuvent envoyer l’armée, je ne partirai pas ! » Ce soir, Marina prépare le feu pour chauffer les pierres du temascal – bain de vapeur mexicain, fait de branches et de couvertures. Le voisin apporte un gigot bio. Belle nuit sous les étoiles du Trièves.

Article publié dans CQFD n°60, octobre 2008.


[1] Association communale de chasse agréée.





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