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CQFD N°062


NE PAS SE LAISSER TERRORISER PAR L’ANTITERRORISME

TARNAC RÉSISTE À L’ARNAQUE

Mis à jour le :15 décembre 2008. Auteur : Nicolas Arraitz.

L’antiterrorisme comme mode de gouvernement ? Pour le coup, l’opération policière contre les supposés saboteurs de TGV a fait flop : le dossier est vide. Mais grâce aux lois d’exception, deux des neuf « épinglés » restent en prison et tous risquent dix ou vingt ans de prison pour « entreprise à vocation terroriste ». Propulsés au centre d’un montage médiatico-judiciaire d’une extrême virulence, les habitants de Tarnac ont su garder leur sang-froid. Malgré l’intrusion à l’aube de cent cinquante flics masqués, ils « ont préféré croire ce qu’ils vivent plutôt que ce qu’ils voient à la télé » [1]. CQFD a fait le voyage jusqu’au plateau de Millevaches, où l’esprit de résistance est aussi vif que l’air qu’on respire.

EN POUSSANT LA PORTE de l’épicerie-bar de Tarnac, on ne savait pas trop à quelle sauce on allait être mangés. Échaudés par un défilé de journalistes plus ou moins mal intentionnés, les « ultra-épiciers » allaient peut-être nous battre froid… Les clients au comptoir nous ont dévisagés, comme dans n’importe quel bar de quartier, mais après qu’Aude en eut terminé avec le service, on a pu bavarder tranquillement autour d’un petit blanc. Le « magasin général » s’est révélé être un lieu de vie et de rencontre plutôt chaleureux.
C’est dans ce café de village, où trône au-dessous d’une tête de sanglier la photo de Georges Guingouin [2], que les flics de la Sous-Direction antiterroriste (SDAT) ont établi leur QG lors de leur retentissante « opération Taïga » (tiens !?, « de leur temps », les Allemands appelaient cette région « la Petite Russie »…).

Mis sur la sellette médiatique par un show antiterroriste aussi disproportionné que, au bout du compte, mal ficelé, « Tarnac refuse d’y croire » (Aujourd’hui en France, 13/11/08). Le mardi 11 novembre à l’aube, cent cinquante policiers ont investi ce village perdu au cœur du plateau de Millevaches, en bloquant l’accès pendant plusieurs heures. Hélicoptère, chiens renifleurs, police scientifique équipée de sonar pour détecter d’éventuelles caches… Lucille et son copain dorment dans un des deux appartements au-dessus de la mairie, quand, vers 6 heures, la porte vole sous le choc d’un violent coup de pied. Des énergumènes masqués surgissent, pointant des flingues sous leur nez.Dans la pièce d’à côté, qui fait bibliothèque, Julien, brutalement réveillé lui aussi, est cuisiné par ceux de la SDAT. Interrogatoire et perquisitions [3] vont durer dix heures. Dix heures durant lesquelles le compagnon de Lucille va rester menotté dans la salle de bains. Elle, qui est enceinte, a le droit de rester assise sur une chaise. Julien, bientôt célébré comme « le leader », répond avec humour aux policiers. « C’est ton pull, ça ? » « Non, c’est le pull à tout le monde, ici on partage tout. » « Me prends pas la tête avec ton idéologie à la con. » « Non, sérieux, si vous avez besoin de quelque chose, vous n’avez qu’à vous servir… »

Au même instant, dans l’univers hyperréaliste de la métropole, le spectacle antiterroriste se met en branle. La première dépêche de l’AFP tombe dès 8 heures. Contrairement aux gens du coin, les équipes de télévision se frayent sans peine un chemin à travers les barrages de gendarmerie. À 10 heures, la ministre Alliot-Marie est déjà en conférence de presse à Paris : l’ultra-gauche était sur le point de passer à la lutte armée mais, grâce à sa perspicacité et à l’efficacité de ses limiers, la voilà hors d’état de nuire. « Risques de résurgence violente de l’extrême gauche radicale », avait-elle prophétisé dès son entrée en fonction. « L’anticipation est essentielle dans la lutte contre le crime en général et le terrorisme en particulier  », avait-elle surenchéri le 1er février 2008 pour Le Figaro. La boursouflure langagière aussi, de toute évidence. JT, radios et presse écrite enfilent les perles que leur fournit le discours officiel : « Coup de filet dans les milieux de l’ultra-gauche », « communauté » [4] « appartenant à la mouvance anarcho-autonome », « en marge du champ politique » (TF1), « tapis dans l’ombre de leur ferme isolée », « à l’abri des regards », « reclus dans leur épicerie » (France2), « semblent s’inspirer d’Action Directe »… « L’ultra-gauche déraille » (Libération)… « Susceptibles d’être violents, ces nihilistes clandestins voulaient s’attaquer à un symbole de l’État » (Le Figaro).
Une heure après le départ en trombe des flics et des interpellés vers Paris, Paul, un des gérants de l’épicerie, reprend la livraison des vieux isolés avec sa fourgonnette. « On ne savait pas comment on allait être reçus, après la violence des accusations portées. Mais les gens nous ont entourés, réconfortés. » Aude : « Quand on est sortis sur la place, on avait peur que ça soit fini pour nous. En fait, les gens étaient plus exaltés que nous. Ils disaient “ces salauds nous ont enlevé Benjamin !” [l’autre gérant de l’épicerie, détenu ce jour-là] »

Avec l’ancien maire, les jeunes ont l’idée de convoquer une réunion publique dans la salle des fêtes, pour s’expliquer. La réaction est quasi unanime : « Vous n’avez pas à vous justifier, on vous fait confiance. » « Nous avons trouvé chez eux de nombreuses notes appelant à des passages à l’acte très violents », dévoile Isabelle Montagne, vice-procureur du parquet de Paris au Matin de Genève (15/11/08). « Ils avaient des projets de commettre des attentats. Ces gens veulent détruire toute forme d’autorité. En France, rien que le fait d’appartenir à un tel groupe est un délit très grave. » La machine médiatique s’emballe et brandit des preuves - faux papiers, gilets pare-balles, cocktails Molotov, talkies-walkies, traces ADN…- qui se révéleront une pure intox policière.

Thierry Letellier, maire de La Villedieu-en-Creuse, a d’emblée tiqué : « Ce n’était pas, de toute façon, du terrorisme !  » Et il n’est pas le seul : la gendarmerie, critiquée par les flics parisiens pour avoir failli dans sa mission de renseignement, se défend : « Ce n’est tellement pas du terrorisme qu’on aurait pu nous laisser continuer. Cette histoire de caténaires, ce n’est jamais que du vandalisme », bougonne un officier dans Le Journal du Dimanche (23/11/08).
Guillaume Pépy, PDG de la SNCF, se déclare soulagé par l’absence de cheminots parmi les interpellés. Son « ouf ! » télégénique fait penser à un exercice d’amnésie volontaire… Qui, à part Pépy, a oublié les sabotages qui ont accompagné la grève contre la réforme des régimes spéciaux ? « Du simple jet de pierre à la pose d’une plaque de béton sur les voies en passant par les vols de câbles ou les jeux d’adolescents qui découpent un grillage pour se promener sur la voie, un nombre croissant de gens prend notre réseau pour cible – alors qu’il était autrefois respecté comme l’outil d’un service public », reconnaît Jean-Louis Rohou, du Réseau Ferré Français, dans Le Figaro (14/11/08). Dominique Bussereau, ministre des Transports, tente d’excuser son impuissance face aux plus de 27 000 actes de malveillance annuels : « Durant la guerre, la surveillance constante par l’armée allemande et la milice n’a pas empêché les actes de sabotage de la Résistance. » Décidément, entre Vichy et délire antiterroriste, ce gouvernement est obsédé par l’occupation du territoire…
« L’hystérie antiterroriste vise à terroriser l’opinion publique et à séparer les mécontents du reste de la société, aussi bien qu’entre eux », analyse Letellier. « Avec la crise qui vient, le gouvernement craint une jonction entre ces jeunes cherchant à vivre autrement, des ouvriers en colère qui se sentent trahis par leurs syndicats et aussi, pourquoi pas, les banlieues. Frapper les jeunes du Goutailloux, c’est intimider tous ceux qui veulent ou pourraient un jour vouloir résister ensemble. »

(Dessin L.L. De Mars)

Rencontré à la sortie du cimetière, où l’on vient d’enterrer l’ancien résistant qui avait vendu la ferme aux jeunes « ultras », Jean Plazanet, ancien maire de Tarnac et cofondateur du comité de soutien avec Letellier, est amicalement interpellé par Pierre Coutaud, maire de Peyrelevade : « Le sous-préfet te fait dire qu’il aimerait bien que tu arrêtes de comparer cette opération de police avec la rafle d’avril 1944. » Plazanet éclate de rire : « Qu’il vienne me le dire en face, ce blanc-bec. Personne n’empêchera les anciens d’avoir de la mémoire. » Il nous montre une lettre anonyme l’accusant d’avoir favorisé l’installation de ces « gosses de riches » pour « ennuyer les enfants du pays ». Dans un style châtié, le corbeau conclut par une menace de mort à peine voilée.
Les jours passent et le rôle d’auxiliaires de police dévolu aux journalistes tarde à se démentir. Médiapart publie le rapport confidentiel de la SDAT concluant les quatre-vingt-seize heures de garde à vue des vingt interpellés sans que personne ne songe à demander d’où il sort. En lisant attentivement, on voit bien que le dossier est vide, mais l’effet escompté est obtenu : on a affaire à des gens louches, puisqu’ils se méfiaient de la police…

D’après les clients du bar, le 11 novembre, la police a embarqué une mère en oubliant son bébé de neuf mois dans un berceau. Ils racontent aussi avec délectation comment ils ont enivré une journaliste de Paris- Match et deux cameramen d’une boîte de prod’ bossant pour TF1. « On leur a fait remettre leur tournée jusqu’à ce qu’il y en ait un qui dégueule sur la terrasse !  », se souvient une femme rigolarde. « Le but du jeu, c’était qu’il casse lui-même sa caméra. » France2 a tancé les habitants de Tarnac, trop indulgents avec les « ultras » : « Les gens du village n’ont pas su se rendre compte de leur double vie. » MAM ajoutera : « Vu leur haut degré intellectuel, ils ont pu les tromper. » « Ces cons à la télé nous prennent vraiment pour des bouseux ! », s’esclaffe un bûcheron accoudé au comptoir. Pour notre commando erroriste, c’est le dernier apéro à l’épicerie : le picon-bière au gingembre coule généreusement (« Tu crois qu’ils nous ont pris pour des journalistes ?  »). Trois paysans savourent leur anisette et font mine de se boucher les oreilles quand Paul leur inflige les Sex Pistols, les Stooges, Led Zep ou Rage against the Machine.

Au matin du jeudi 27, alors que les erroristes écartent les dernières vapeurs d’alcool d’un geste las, un deuxième raid policier prend le village par surprise. Bondissant hors de cinq voitures, une vingtaine de fonctionnaires remontent à l’assaut des appartements au-dessus de la mairie. Ils sont à la recherche du mystérieux « carnet noir oublié », qu’un Tintin reporter du JDD a déniché et présenté comme un indice pouvant « relancer une enquête qui patine »… Vexés, les flics ? « Vous pourriez fermer vos portes à clé, les journalistes entrent ici comme dans un moulin ! » « Mais à quoi bon, si même ouvertes vous les enfoncez à coups de pied ? », rétorque Jérémie. Le plus étrange, c’est que ces super-flics n’avaient même pas posé de scellés. Ne croient-ils qu’à moitié à leur propre mensonge ?

Avant de partir, petite visite au bar de l’hôtel, propriété du premier adjoint au maire actuel, classé divers droite [5]. Ambiance France profonde, gilet de chasseur, plaisanteries graveleuses. Mais pas de tendresse particulière pour la police : « Le maire n’aura jamais le temps d’apprendre à soigner son potager, avec les visites à répétition de ces cons ! »

En attendant, un Guantanamo judiciaire à la française vient de refermer ses mâchoires sur neuf jeunes dissidents  : un « faisceau d’indices » (en clair, absence de preuves tangibles), des écrits, des soupçons, un témoignage sous X farfelu [6], voilà qui est suffisant pour jeter aux oubliettes la présomption d’innocence et maintenir des coupables idéaux en prison préventive pendant des mois, voire des années. Quant au déphasage entre image médiatique et réalité vécue, il est limpide : c’est bien une sphère radicalement antisociale qui représente aujourd’hui la société.
Jérémie, juste avant notre départ : « Dites bien qu’on a besoin de soutien mais pas de visites, même si elles peuvent partir d’un bon sentiment. Que chacun s’organise sur son propre territoire. On reste en contact. »

NICOLAS ARRAITZ

Article publié dans CQFD N°62, décembre 2008.

***

COMMUNISTE NON ENCARTÉ
« LE MARDI 11, en sortant tôt de chez moi, j’ai vu deux cars de CRS qui bloquaient la route devant la ferme du Goutailloux. Je suis descendu au bourg. Devant la mairie, il y avait une nuée de types de la police judiciaire. La gendarmerie avait bouclé le secteur, personne de civil sur la place. Je vois un policier masqué qui sort d’une voiture et je lui dis : “C’est un remake de Zorro, là ?” Il n’a pas apprécié. J’ai demandé : “Il se passe quoi ?” “C’est top secret”, il me fait. Secret de polichinelle : quand j’ai vu la télé, j’ai senti le coup monté. L’hôtelier, qui est premier adjoint, m’a laissé entendre que certaines équipes télé étaient là depuis la veille. C’est plus une affaire politique que les quatre bouts de ferraille qu’on a trouvés sur les caténaires. Et puis, ces jeunes, je les connais bien. Quand ils ont voulu s’installer dans le coin, ils sont venus me voir. C’était en 2003, j’étais maire. Je les ai mis en contact avec le monsieur qu’on vient d’enterrer, un ancien de l’Armée secrète, proche des FTP, un ami. Cette ferme, je la connais bien, je l’ai travaillée pendant vingt ans. Ils ont fait affaire, tant mieux. Je leur ai montré la meilleure parcelle pour un potager et je l’ai labourée avec mon tracteur. Je leur ai laissé les outils, donné des conseils. Ils ont vite appris. On s’est liés d’amitié, on cassait la croûte ensemble. Ça m’a rappelé le temps où la terre se travaillait collectivement. Pour moi,c’est des jeunes fantastiques. En plaisantant je leur disais : “Il faut penser à l’école communale, il faut faire des enfants.”La première gamine est née le 28 juillet 2005. Sa mère est incarcérée.
Je suis communiste non encarté. Depuis 1919, la mairie était rouge. J’ai eu la malchance de faire la guerre d’Algérie. On se battait contre, à coup d’affiches et de slogans peints sur les routes. J’étais sans doute considéré comme terroriste, à l’époque : on m’a envoyé au Maroc, puis en Algérie.
Le sous-préfet n’a pas apprécié que je compare ça à l’entrée des WaffenSS en avril 1944. Ils cherchaient des juifs et des communistes. Les gens ont fui dans les bois. Les SS ont trouvé quatre juifs qu’on avait cachés et ils les ont abattus à quelques kilomètres d’ici. C’est la réalité, elle est infalsifiable, elle est écrite dans le sang.
Ici, tout ce qu’on a, on l’a obtenu par la lutte collective : le maintien de l’école, la crèche municipale, les chemins d’accès aux hameaux… Et voilà que les courageux du conseil régional nous suspendent la subvention pour l’épicerie !
C’est un coup médiatique : le gouvernement est dans la merde, alors il jette ces jeunes en pâture pour faire oublier la crise. Techniquement, ces sabotages n’étaient pas à la portée d’intellos comme eux. J’ai parlé à des cheminots : pour intervenir sur ces caténaires, il faut couper le courant, c’est trop dangereux. Et puis, le désengagement de l’État, les réparations qui ne se font plus : ils veulent noyer le poisson. Il faut casser la procédure antiterroriste. C’est pour ça qu’on a monté le comité de soutien.
 »

Jean Plazanet, ancien maire de Tarnac,
propos recueillis le 26/11/08 par N. A.

Article publié dans CQFD N°62, décembre 2008.

QUAND L’EXCEPTION DEVIENT LA RÈGLE…
JUSQU’EN 1981, pour toutes les affaires liées à la sécurité nationale, la République disposait d’une véritable juridiction d’exception : la Cour de sûreté de l’État. Aux côtés de trois magistrats civils siégeaient deux officiers de l’armée, les procès étaient secrets, les jugements sans aucun recours. Inconvénient : cette inquisition ne pouvait être mise en oeuvre que dans des cas gravissimes. Tout l’enjeu est donc désormais de faire entrer la législation antiterroriste dans la procédure commune pour adapter la répression à tous les ennemis intérieurs que les politiques voudront se mettre sous la dent. Pasqua – la terreur des terroristes, pas le VRP des limonadiers – ouvre le bal en 1986. Alors que les médias titrent à boulets rouges sur les attentats attribués aux Hezbollah, Jihad islamique et autre Action directe, il crée un service central de lutte antiterroriste avec ses flics, procs et juges d’instruction spécialisés, ses gardes à vue de quatre jours, ses procès en Cour d’assises spéciale composée de magistrats professionnels.Ce n’est plus exceptionnel, c’est spécial.
Mais cela ne suffitpas pour criminaliser l’épicier en produits orientaux ou le militant politique en colère. Alors, en 1996, est institué le délit d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Une qualification aussi implacable qu’impalpable qui autorise toutes les interprétations et toutes les dérives. Le juge Bruguière, longtemps chef incontesté de ce barnum juridico-policier, ne s’y est pas trompé : « La particularité de la loi est qu’elle nous permet de poursuivre des personnes impliquées dans une activité terroriste sans avoir à établir un lien entre cette activité et un projet terroriste précis. » L’époque est marquée par la peur, bruyamment entretenue, de l’islamisme radical et de ses débordements sanglants sur le territoire national.
Les pandores ont carte blanche pour incarcérer à tout va et peuvent considérer comme faits matériels probants un nom dans un répertoire téléphonique, la fréquentation d’un restaurant, des convictions politiques ou religieuses partagées. La plupart de ces informations sont obtenues grâce au travail souterrain des agences de renseignement et rarement corroborées par d’autres éléments plus tangibles. C’est le temps des rafles massives et des procès collectifs, où des dizaines de personnes sont relaxées après avoir passé des mois, voire des années, en détention « provisoire ». Ce n’est plus spécial, c’est préventif.
Le meeting aérien du 11 septembre 2001 va être le prétexte idéal pour banaliser encore un peu plus l’arsenal sécuritaire. Des dispositions antiterroristes sont accolées à des lois généralistes visant à renforcer la lutte contre la délinquance, jusqu’à pouvoir taxer la moindre atteinte à l’ordre public de terrorisme. La LSQ (2001) accroît les pouvoirs des flics et apparentés quant à la fouille des véhicules, domiciles et personnes. La LSI (2003) permet le fichage généralisé de la population. Les attentats de Madrid et de Londres vont être utilisés pour donner l’ultime tour de vis au dispositif. La loi antiterroriste de 2005 affranchit la surveillance (caméras, Internet…) des citoyens de tout contrôle judiciaire et transforme le délit d’association de malfaiteurs en crime passible de vingt à trente ans de réclusion. Avec la jurisprudence Tarnac, ce ne sera bientôt plus ni exceptionnel ni préventif, mais tout bêtement normal.

YFFIK LE GUEN

Article publié dans CQFD N°62, décembre 2008.


[1] Lettre ouverte des parents des inculpés du 11 novembre.

[2] Chef communiste du premier maquis de France pendant l’Occupation.

[3] Cinq lieux sont ainsi « visités » : la ferme du Goutailloux, l’épicerie, le premier étage de la mairie et deux autres appartements.

[4] À propos de cette étiquette, Lucille précise : « Nous ne sommes pas une communauté comme nos parents ont connu dans les années 70. Nous sommes de notre époque, nous avons besoin d’autonomie. Le degré d’implication est à géométrie variable, selon les envies et les capacités de chacun. Mon compagnon et moi vivons à Limoges, mais nous venons souvent au Goutailloux pour nous occuper des bêtes. »

[5] Communiste depuis 1919, la mairie a basculé à droite en mars 2008, en partie à cause de bulletins de vote fantaisistes en faveur d’habitants du Goutailloux ou d’Aude, la cantinière. Jean Plazanet, maire sortant mais qui ne se représentait pas, ne leur en tient pas rigueur.

[6] Le témoin anonyme aurait entendu le « leader » de la bande dire que « la vie humaine a une valeur inférieure au pouvoir politique ». Une lapalissade mise chaque jour en pratique par tout gouvernant qui se respecte…





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