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Sommaire du N°062
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CQFD N°062


VRAIS ENNEMIS

DUCON ET DUCON

Mis à jour le :15 décembre 2008. .


Aux States, ils ont Jack Bauer qui torture les terroros en 24 heures chrono, en France, on a Alain Bauer qui les débusque sur Internet : « Alain Bauer pianote un matin, comme à son habitude en quête des nouveautés en librairie, lorsqu’il tombe par hasard sur L’Insurrection qui vient (éd. la Fabrique). Le consultant en sécurité y voit la trace d’un “processus intellectuel qui ressemble extraordinairement aux origines d’Action directe” et, sans barguigner, achète d’un coup 40 exemplaires. Il en remettra un en mains propres [sic] au directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, assorti d’une petite note. » (Le Monde, 03/12/08) Mais le pépère en robe de chambre, criminologue patenté et marchand d’outils sécuritaires, n’est pas seul sur le coup. Le 12 novembre, lors de l’émission « C dans l’air », au plus chaud de l’hallali contre les épinglés de Tarnac, un autre moustachu, Xavier Raufer, ex-ultra-droite et auteur d’un rapport sur les dangers et menaces pesant sur le réseau ferré, se montre plus mesuré que son compère et concurrent. Il renvoie les auteurs du livre incriminé à une bande de « situationnistes qui prônent le Ici et Maintenant ». Ce spécialiste du Mal tente ensuite de disséquer la pensée de ces « illuminés  » : « Nous vivons dans une société nocive et perverse. Elle est fondée sur le mouvement. On s’en prend à ce qui bouge. » En tout cas, avec ces Dupont et Dupond du renseignement, on sait qui profite du crime…

FAUX AMI

ONFRAY N’IMPORTE QUOI
Dans Siné Hebdo du 19 novembre, Michel Onfray, le philosophe des salons libertaires, se paye avec l’énergie d’un flic de la SDAT les « rigolos », les « crétins », les « adolescents attardés » de Tarnac. Gourmandé par ses lecteurs, il battra sa coulpe dans le Libé du 3 décembre en commençant par rejeter la faute sur… ce quotidien ! « La présomption d’innocence fonctionnait, certes, mais la présentation des faits par les médias, relayant à chaud, faute de mieux, la version policière, ne semblait faire aucun doute. » À tel point que, deux semaine plus tôt, le sieur Onfray se gaussait de l’éditorialiste de Libé qui « discrètement, tout de même, a recourt au conditionnel. On ne sait jamais… »
Oh, hé, le schtroumpf philosophe, tu débarques de quelle planète, là ? Les médias qui mentent, ce n’est qu’un slogan, certes, mais ça aurait pu te mettre la puce à l’oreille, non ?
Ce même 19 novembre, jour de la sortie de ce numéro historique de Siné Hebdo, le philosophe italien Giorgio Agamben écrivait, dans Libé encore : « La seule conclusion possible de cette ténébreuse affaire est que ceux qui s’engagent activement aujourd’hui contre la façon (discutable au demeurant) dont on gère les problèmes sociaux et économiques sont considérés ipso facto comme des terroristes en puissance,quand bien même aucun acte ne justifierait cette accusation. Il faut avoir le courage de dire avec clarté qu’aujourd’hui, dans de nombreux pays européens (en particulier en France et en Italie), on a introduit des lois et des mesures de police qu’on aurait autrefois jugées barbares et antidémocratiques et qui n’ont rien à envier à celles qui étaient en vigueur en Italie pendant le fascisme. »
Ça a une autre gueule, la philo à l’italienne, non ?






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Onfray et Agamben
Fred | 22 avril 2009 | Agamben et Onfray, c’est du poulet
Onfray est pitoyable. Agamben prudent. Le dernier réclame, dans le même article que vous citez, que l’on applique la loi selon une juste mesure ( mais qui fixe la mesure ? ). D’un côté un libertaire en toc plutôt libéral ; de l’autre un libertaire plutôt démocrate-républicain…Que choisir ? Onfray mieux de se taire sur pas mal de choses
monsieur ashraf | 5 mars 2009 |

J’ai écris ceci à Michel Onfray, qui ne m’a d’ailleurs jamais répondu :

Erratum

Un certain nombre de coquilles se sont glissées dans l’article de Michel Onfray paru dans Siné Hebdo du 17 décembre (Passez Noël avec Camus).

A la place de la phrase : « Camus veut s’engager dès 1939, mais son état de santé lui vaudra un refus des autorités, Sartre découvre la Résistance et l’engagement une fois la guerre finie ». Il fallait lire : « Mobilisé dès 1939, Sartre est fait prisonnier et passe le début de l’occupation dans un stalag. En 1944-45, il résiste aux côtés -et sous la direction- de Camus, au sein du réseau Combat. Pour le reste, ses faits de résistance ont effectivement été exagérés après coup. »

A la place de la phrase « Sartre accompagne tous les totalitarismes, pourvu qu’ils soient de gauche, il pense que « tout anticommuniste est un chien » . » Il fallait lire : « Après quelques atermoiements (pour « ne pas désespérer Billancourt »), Sartre prend résolument position contre le stalinisme, quand les révélations sur les camps soviétiques commencent à affluer. Dès 1950, il écrit dans les Temps Modernes« il n’y a pas de socialisme quand un citoyen sur vingt est au camp ». Il mène campagne avec l’ancien déporté David Rousset. Les stalinien-ne-s le traitent de « hyène dactylographe ». Ayant retrouvé les militant-e-s communistes dans la lutte contre les guerres coloniales menées par l’armée française. Il rompt définitivement avec le P.C.F. après l’invasion de la Hongrie par l’U.R.S.S. (1956). »

A la place de la phrase : « Camus ne défend aucune sorte de terreur ; Sartre la défend quand elle est palestinienne, relève de la bande à Baader, de la « justice prolétarienne » maoïste. » Il fallait lire : « Sartre a toujours défendu le droit de l’Etat d’Israël à exister et à « se défendre ». Il s’est totalement désintéressé du peuple palestinien et de sa (juste) Résistance. Il y était même assez hostile, comme le raconte l’écrivain palestinien Edward Saïd., qui s’étonne d’une telle attitude venant d’un anticolonialiste proclamé. Sartre n’a jamais soutenu la Fraction Armée Rouge (« bande à Baader »). Il a rendu visite à ses militant-e-s emprisonné-e-s pour dénoncer la « torture blanche » par isolement sensoriel. Il a tenu à se démarquer publiquement des agissements d’Andréas Baader et de ses camarades. Ce dernier lui a d’ailleurs déclaré « je croyais rencontrer un camarade et j’ai rencontré un juge. ». Je n’ose croire que Michel Onfray soit partisan de la torture blanche. En avril 1972, le corps dénudé et mutilé d’une jeune fille de 16 ans, Brigitte Dewevre, est retrouvé sur un terrain vague de Bruay-en-Artois. Les flics poussent Jean-Pierre, un jeune ouvrier « fragile » à tout avouer. Le juge Henri Pascal préfère inculper un notable, le notaire Pierre Leroy. Les maoïstes prennent le parti de Jean-Pierre et du « petit juge » menacé par sa hiérarchie. Face à ce qu’il faut bien appeler une justice de classe, ils appellent de leurs vœux une « justice populaire » expéditive. Sartre a tenu à marquer son désaccord avec « un amalgame qui risquerait de pousser au lynchage » : « il faut le reconnaître : le lynchage est une pratique trop louche (voyez les lynchages au Etats-Unis), souvent trop empreinte d’une idéologie réactionnaire pour qu’il puisse devenir une sanction régulière de la justice populaire ».

A la place de la phrase : « Camus voulait une solution pacifique pour l’Algérie, via une formule fédéraliste chère au cœur des socialistes libertaires ; Sartre soutenait la terreur du FLN. » Il fallait lire : « Dans un contexte de guerre coloniale totale, face à une extrême droite haineuse qui le menace quotidiennement de mort, Sartre soutient le droit inconditionnel du peuple algérien à l’indépendance. Dans ce cadre, il prend parti pour le FLN, seul représentant crédible de la Résistance algérienne (en partie parce qu’il avait liquidé ses concurrents). Dans le même contexte, Camus s’est opposé à l’indépendance algérienne (« L’Algérie algérienne, ça n’a aucun sens »). Il rêvait probablement d’une Algérie idéale où toutes les communautés vivraient fraternellement, mais en refusant même d’envisager l’indépendance, il a contribué à détruire son propre rêve. Ajoutons que la pseudo-« formule fédérale » dans le cadre de la France, chère à Camus, n’était pas partagée par l’ensemble des libertaires. Daniel Guérin fut un anticolonialiste courageux, tout en refusant de signer un chèque en blanc au FLN. »

« Sartre agresse, accuse, attaque calomnie. », « Sartre boxe et se détruit le portrait tout en jouissant de la destruction de celui de son adversaire »… Je veux bien, mais que fais Onfray ? Pourquoi faire à Sartre un procès dans le style de celui que lui fit jadis Jdanov , l’idéologue en chef de Joseph Staline ? Quel est l’intérêt de prêter à Sartre des positions à l’opposé de celles qui furent réellement les siennes pour mieux le démolir ? Pourquoi tant de haine ? On pense à la description que Michel Ardouin dit « Porte-avion » donne de son complice Jacques Mesrine : « il devait souffrir d’un dérèglement hormonal : la plupart du temps, il faisait preuve d’une grande intelligence dans l’action mais, une fois par semaine, il avait une journée de méchanceté gratuite comme je n’en ai vu chez personne d’autre".

 

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