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CQFD N°062


JE VOUS ÉCRIS DE L’USINE

MARRE D’ENGRAISSER L’ACTIONNAIRE !

Mis à jour le :15 décembre 2008. Auteur : Jean-Pierre Levaray.


UJOURD’HUI, UNE FOIS N’EST PAS COUTUME, je vous écris de l’usine en grève. Une grève qui tombe presque par hasard en même temps qu’une journée d’action sur tout le groupe Total,et surtout, en même temps que des réunions paritaires qui se tiennent à la Défense. Sur l’usine de Rouen, il s’agit d’un soutien à des grévistes d’un secteur de l’usine ainsi que de leurs revendications qui sont devenues communes à l’ensemble des salariés de la boîte.

Suite aux multiples restructurations que nous avons connues et dont je vous ai maintes fois parlé dans ces pages, le travail s’est accru ; il manque du personnel ; le stress est devenu une nouvelle façon de vivre le travail pour beaucoup ; il y a un véritable poids de la hiérarchie ; un manque de reconnaissance ;une direction hyperrigide ; j’en passe et des meilleures. En même temps, des investissements très lourds sont faits sur l’usine en ce moment, pour construire un nouvel atelier de fabrication d’acide nitrique et fiabiliser (théoriquement) les autres. L’usine est transformée en un immense chantier où interviennent près de 1000 salariés d’entreprises extérieures. C’est dire l’impression de fourmilière dans une boîte qui ne compte plus que 330 personnes. Reste que ces travaux vont entraîner un surcroît de travail et de nouvelles suppressions d’emplois. Tout cela se passe dans un contexte où la société engrange des bénefs comme elle n’en avait jamais connus (110 millions d’euros pour l’année 2008). Dans une boîte qui, nous disait-on, était toujours dans le rouge, ça change les perspectives et les collègues ont vite compris que ça ne pouvait plus durer et qu’il était normal de recevoir aussi du fric (pas que pour les actionnaires, quoi !). Du coup, la colère a monté dans tous les secteurs petit à petit. Il y a eu des pétitions, des cahiers de revendications, des mouvements de grogne.La direction n’a su que donner des primes à certains, a cherché à diviser en arrosant certains chefs d’équipe et agents de maîtrise. Et rien de plus. Elle a surtout fait des pressions et du chantage au lock-out pour que ceux et celles qui voulaient se mettre en action calment leurs ardeurs.

La tension a donc monté très vite. Dans toute l’usine, les salariés sont énervés,écoeurés. Il suffit de parler avec n’importe qui pour voir que ça ne passe plus. Aussi, quand les salariés de l’atelier fabriquant de l’acide nitrique (ça entre dans la composition d’engrais azotés) ont dû démarrer les machines le 21 novembre, ils ont mis bas les marteaux. Et depuis, ce sont les pressions, la venue d’un huissier chaque jour, le chantage au chômage technique. La haute hiérarchie fait de la contre-information pour mettre sur le dos des grévistes les possibles méventes futures ou ce chômage qui viendrait à poindre son nez. Parce qu’on n’est pas dupes, s’il y a d’énormes bénéfices cette année, on se doute bien que c’est juste une embellie. Les coopératives agricoles ne vont pas remplir leurs cases d’engrais 107 ans, le marché est déjà saturé et les cours des fertilisants et de l’ammoniac s’effondrent, ce qui signifie que, bientôt, il ne sera plus rentable de fabriquer de l’engrais en Europe.

Bref. Suite aux menaces sur les grévistes et sur l’emploi, le 25,une assemblée générale regroupant un tiers de l’usine (un chiffre historique !) a pris fait et cause pour les grévistes en reprenant les mêmes revendications (150 euros d’augmentation de salaire pour tous, maintien des emplois et embauches supplémentaires) et en appelant à faire grève le 28.
Reste que la direction (je vous en parlerai sûrement dans un autre article) demeure intransigeante, ne sait aucunement négocier et ne fait que provoquer des CE extraordinaires pour menacer à tire-larigot. Comme il y a encore des lois, la direction ne peut pas mettre au chômage technique, car tel est son bon plaisir, mais ça vous donne un peu une idée de l’atmosphère qui règne dans l’usine après plus de huit jours de grève.

Article paru dans CQFD n°62, décembre 2008.






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