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CQFD N°005


SYNDICALISTES EMPLOYEURS

UN TRAFIQUANT D’ARMES À L’UNESCO

Mis à jour le :15 octobre 2003. Auteur : Jacques Cartis.

L’octroi du statut diplomatique au marchand d’armes Pierre Falcone, qui a désormais rang d’ambassadeur accrédité à Paris, évite aux juges d’aller fouiner plus avant. Et permet à Chirac et Pasqua de pousser un gros « ouf » de soulagement.

La levée du contrôle judiciaire et l’immunité dont jouit désormais Pierre Falcone, le sulfureux homme d’affaires impliqué dans un vaste trafic d’armes à destination de l’Angola, désavouent des années de travail minutieux de la justice française. L’affaire est désormais aussi enterrée que les victimes des massacres alimentés par son négoce (Angola, Congo, Birmanie…). Quant à la diplomatie tricolore, qui prétend donner des leçons de morale aux Américains et au monde entier, elle oscille entre discrédit et ridicule. Sa mine était particulièrement piteuse le 29 septembre, quand les Etats-Unis ont célébré en grande pompe leur retour à l’Unesco après dix-neuf ans d’absence. Pendant que la « première dame » Laura Bush [1] jouait les starlettes devant les caméras sur le parvis parisien de l’Unesco, Chirac, en douce, installait un trafiquant de canons dans cette organisation dédiée à la culture et à l’éducation… Alors que la France ne cesse, par la voix de son président, de plaider pour un renforcement de l’ONU, le même Chirac s’ingénie à traîner cette même ONU dans la farine en y faisant nommer un quasi repris de justice, spécialiste du blanchiment d’argent. Evidemment, la promotion de Falcone en « ministre plénipotentiaire » de l’Angola a été présentée sans rire comme un acte souverain d’un Etat étranger, dans lequel la France n’aurait joué aucun rôle. La ficelle est un peu grosse. Ce coup d’éponge est à l’évidence le résultat de laborieuses tractations, consécutives au chantage exercé par Falcone. Le président français n’a manifestement pas eu d’autre choix que d’ordonner à son ministre des Affaires étrangères de bricoler, avec la présidence angolaise, une solution permettant de garantir le silence du gêneur. Un blanchiment d’affaire sale, en quelque sorte. Depuis sa réélection, Chirac est en effet rudement embarrassé par l’affaire Falcone, surnommée « Angolagate » par un effet d’optique réducteur. Car s’il est vrai que Pierre Falcone a été mis en examen pour un trafic d’armes à destination de ce pays pétrolier d’Afrique australe, ses activités dépassaient largement le cadre africain. Les bases de sa fortune se trouvent en Colombie, où il a massivement investi dans l’hôtellerie haut de gamme. Or on sait là-bas que le business hôtellier constitue bien souvent un paravent à la principale activité financière du pays : le blanchiment des colossaux revenus engendrés par la vente de cocaïne aux Etats-Unis. Au début des années 90, c’est en Birmanie que l’on retrouve une autre tentacule du réseau Falcone. Cette fois, l’ingéniérie en blanchiment vise le marché de l’héroïne. Ajoutés aux versements du pétrolier français Total-Fina Elf, les revenus de la drogue ont permis à la junte militaire de Rangoon de se payer vingt-quatre hélicoptères de combat polonais, obtenus par l’intermédiaire de Falcone [2]. Cette opération s’est faite grâce à une officine basée à Rangoon, la Setraco, dont les bureaux parisiens étaient hébergés par l’une des entreprises de Falcone, la Brenco, au 56 avenue Montaigne. Des rencontres directes ont même eu lieu entre la Brenco et la délégation birmane en charge du contrat. A Rangoon, Falcone avait pour chargé d’affaires un ancien barbouzard proche de Michel Roussin, alors homme à tout faire de Jacques Chirac. Coïncidence : à la même époque, la Birmanie a reçu à plusieurs reprises la visite de Michel Roussin, venu investir dans la construction d’un pharaonique hôtel Sofitel. Qui n’a d’ailleurs jamais ouvert… Chirac lui-même ne cachait pas ses bonnes dispositions à l’égard de la narco-dictature birmane. En 1997, il a même plaidé pour son intégration dans l’ASEAN, le marché commun asiatique, sans se soucier du boycott international dont Rangoon commençait à faire l’objet.

Chirac, Pasqua, Bush, Mitterrand Jr. et Total disent merci à l’Angola

L’exonération diplomatique de Falcone arrange bien aussi les réseaux Pasqua. Depuis l’émission, fin septembre, d’un mandat d’arrêt international contre Pierre-Philippe Pasqua, fils de l’ancien ministre de l’Interieur, il ne fait plus de doute que Pierre Falcone a financé cette mouvance affairo-barbouzarde. Le mandat d’arrêt est lié à une plantureuse commission versée par la Sofremi (la société d’exportation du ministère de l’Intérieur) à Falcone, pour l’obtention d’un contrat en Colombie. L’homme d’affaires en a ristourné une partie sur un compte suisse dont le bénéficiaire, identifié par le juge Courroye, n’est autre que Pierre-Philippe Pasqua. Ce cadeau au rejeton est venu en remerciements des services rendus par le papa, qui contrôlait étroitement les décisions de la Sofremi. Mais à la différence de Pasqua junior, qui s’est contenté de s’expatrier en Tunisie, Pasqua père et son bras droit Jean-Charles Marchiani ont soigneusement balisé leur immunité, en se faisant élire au parlement européen, à la suite d’une campagne généreusement financée par l’incontournable Falcone… Lequel est décidément très à l’aise avec la progéniture des grands hommes, puisqu’il dorlotait aussi Jean-Christophe Mitterrand, alias « Papa-m’a-dit ». Dans cette république de l’immunité, Chirac lui-même a donné l’exemple. Sa fonction présidentielle lui « interdit » désormais de répondre à toute question sur les éventuelles indélicatesses commises avant son élection. Pierre Falcone, qui a fait un an de détention préventive, et qui restait soumis à un pesant contrôle judiciaire, avait de quoi s’estimer injustement traité. Car si un homme aussi agile dans les jeux d’écriture financière, la haute politique et les combines militaro-industrielles arrose un parti aussi marginal que celui du tandem Pasqua-Marchiani, quels cadeaux n’a-t-il pas versés au parti du président ? Et dans quels lieux sûrs peut-il tenir les preuves de sa générosité ? Il est bien normal qu’il jouisse à son tour d’une bonne et solide immunité, qui lui permettra de réintégrer son « ranch » de Paradise Valley, un délire à 10,5 millions de dollars planté dans une enclave pour milliardaires en Arizona, avec son aérodrome privé, sa salle de cinéma, ses onze salles de bain. Et combien de lessiveuses ?


[1] Dont le mari a bénéficié, pour sa campagne électorale en 2000, d’un petit geste amical (10 000 dollars) de… Pierre Falcone. L’épouse de celui-ci, une ancienne miss Bolivie recyclée vendeuse de régimes minceur, organisait des galas de charité pour le clan Bush.

[2] Falcone a démenti toute implication dans ce trafic d’armes, mais n’est pas parvenu à faire condamner en justice ceux qui en ont fait état dans leurs livres et articles.





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UN TRAFIQUANT D’ARMES À L’UNESCO
BR | 27 mars 2006 | http://lemaquis.vip-blog.com/
Les caisses de l’Etat puent le génocide, alors que l’enfance africaine à le ventre vide.
 

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