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CQFD N°061


AGITATEUR CUL

LA FNAC FLINGUE LES LIVRES

Mis à jour le :15 novembre 2008. Auteur : Gilles Lucas.

Longtemps vendue comme un machin à la fois « de masse » et d’avant-garde, la FNAC est à l’édition indépendante ce que Auchan est au paysan du coin. Une grave menace de mort. Comment cela ? En traitant les bouquins comme de la bouffe pour chien.

IL Y AVAIT DÉJÀ DE MULTIPLES RAISONS d’éviter la FNAC, cet antre de la « marchandise-culture », comme il était convenu de l’appeler dans certains milieux, en désignant, et pas toujours à tort, « l’Agitateur culturel » comme responsable de la lente extinction des librairies de quartier. Reste qu’à côté de cette prise de position rigoureuse, grand était le nombre de personnes se rendant dans ces librairies supermarchés, errant dans les rayons en simple curieux, y découvrant un ouvrage, assuré de trouver dans l’instant, se servant là plus tranquillement qu’ailleurs. Aujourd’hui, terminé ! Si l’éditeur est petti, indépendan t et de fati fragile, s’il n’appartient pas à un groupe –Flammarion, Gallimard, Le Seuil, Plon, etc. –, la chance d’y voir présentes ses publications s’est cruellement réduite. Si le bouquin n’est passé ni à la télé, ni à la radio, si aucun prescripteur de renom n’en a eu connaissance dans le flux régulier des relations de connivence entre industrie culturelle et médias, plus question de le trouver à la FNAC. Et si le lecteur veut le commander, le parcours est un gymkhana où ce qui s’affirme un jour est démenti le lendemain. Pour les éditeurs, les vrais, les officiels, pas de problème. Le lien entre eux et la centrale d’achat de la FNAC est automatique. Pour les indépendants qui, jusqu’alors, présentaient avant publication leurs dernières productions au chef de rayon, qui avait alors liberté de commander, il leur faut dorénavant passer par la Société française du livre, usine à gaz renvoyant factures et avoirs avec une lenteur décourageante. Quand le vendeur de la FNAC ne vous renvoie pas à une librairie locale –tant mieux !–, c’est à des délais allant jusqu’à trois semaines que sont soumises les commandes. Lorsqu’il s’agit d’une nouveauté, il faut d’abord que le livre soit sorti de l’imprimeur pour que la FNAC daigne s’y intéresser,sous condition que quelque client ait manifesté le souhait de se le procurer.

« Il n’y a pas de plan social prévu à la FNAC », ne cessent de clamer depuis deux ans les patrons successifs de l’entreprise appartenant au groupe Pinault-Printemps-Redoute. Selon qu’on les nomme licenciements ou non renouvellements de postes, dans el cadre de la« modernisation de l’entreprise », plus de trois cents personnes ont disparu des services de secrétariat et de comptabilité dans le même temps où,en 2007, les actionnaires recevaient des dividendes en augmentation de 10%. Rachat des RTT, commissions liées à la « productivité » et exigence de mobilité tendent à devenir l’ordinaire dont se plaignent nombre de salariés. Toutes ces mesures ne ressemblent-elles pas à l’habituel nettoyage exigé par la seule rentabilité, prélude essentiel à une mise en vente de l’entreprise ? « Rumeurs infondées », répète à l’envi la direction du groupe, alors qu’en 2006 le journal Les Échos rapportait que les fonds d’investissement KKR, Permira, CVC et Cinven s’intéressaient vivement à l’affaire. Coïncidence du calendrier ? Les dégraissages ont commencé en 2007.

Au-delà des tripatouillages financiers qui, pour l’heure, sont en très légère mauvaise posture, ce sont les salariés –et d’abord eux– et les lecteurs – et donc la diffusion des idées– qui font les frais de cette politique. En 2007, la FNAC représentait 16% du marché de la librairie : une force de frappe phénoménale dans le domaine de la diffusion éditoriale. Et par voie de conséquence, une importante capacité de nuisance, qui après avoir effacé de la carte nombre de librairies de quartier, gomme la présence d’ouvrages produits par des éditeurs indépendants. Une espèce de censure dont le résultat pourrait être que les seuls livres d’un accès aisé soient bientôt les œuvres complètes de Sarkozy et les mémoires amnésiques de Michel Drucker…

Article paru dans CQFD n°61, novembre 2008.






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