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CQFD N°061


CHRONIQUE DE GUERRE

ASILE : VA, VIS ET… TA GUEULE !

Mis à jour le :15 novembre 2008. Auteur : Constance Le Bihan.


Allen Yero Embalo regarde stoïquement le titre de séjour qu’il vient de sortir de son portefeuille. La veille, il a reçu ce bout de carton qui authentifie son statut de réfugié politique. Dix ans de tranquillité pour ce journaliste qui a dénoncé les liens entre militaires et narcotrafiquants en Guinée Bissau. Maintenant, il ne risque plus de se faire trouer à chaque carrefour, il a droit au RMI et peut-être à un HLM. Alors, heureux ? Lissant avec méticulosité les côtes de son pantalon en velours, Allen Yero confirme qu’il a eu de la chance. Il fait parti des quelque 9 000 élus qui ont obtenu l’asile politique au cours de cette année alors que 26 000 personnes en ont été déboutées. Grâce au soutien de la Maison des journalistes, il a été logé pendant les quinze mois de procédure. Si son dossier a été accepté, c’est aussi parce qu’il est arrivé en France légalement, à la différence de ceux – Colombiens, Russes, Irakiens – qui languissent dans les zones d’attentes à Roissy. Enfin, un certificat médical lui a permis de prouver que ses cicatrices ne sont pas le fruit d’une chute en parachute doré.
Voici donc que cet ex-enfant soldat, devenu un journaliste importun dans son pays, est gracieusement recueilli par la France. Une histoire à faire pleurer Marianne d’orgueil, soulagée d’avoir accompli ses obligations humanistes. L’Ofpra, l’instance chargée de délivrer le statut de réfugié défini par la Convention de Genève de 1952, se targue d’ailleurs de sa générosité, faisant remarquer que le nombre d’avis favorables a augmenté de 19% sur un an. « Ici, nous n’avons pas de quotas », explique, guilleret, leur chargé de communication, M. Baudoin.

Ce vernis de philanthropisme s’écaille pourtant devant la politique fallacieuse du gouvernement. Afin d’éviter l’augmentation des demandeurs d’asile, qui peuvent même (hélas !) se réclamer de menaces climatiques et de persécutions sexuelles, de nombreux garde-fous sont mis au point pour alourdir les procédures. En 2003, une « protection subsidiaire » est créée pour ceux qui sont menacés de mort… mais moins que les autres quand même.Valable un an seulement, ce statut précarise ces vrais-faux réfugiés qui ne peuvent bénéficier du RMI que sous des conditions très restrictives. Autre aberration : l’Ofpra dresse une liste, « en collaboration avec les ambassades locales », de quinze « pays sûrs » qui « respectent les droits de l’homme », comprenant la Géorgie, la Tanzanie ou l’Ukraine. Pour ceux qui s’exilent de ces pays, il est plus difficile d’obtenir l’asile : leur demande sera traitée selon une « procédure prioritaire », pendant laquelle ils seront tolérés en centre de rétention. Prioritaires vers la sortie, les persécutés du monde sont priés d’aller se faire foutre. Content d’avoir déjoué les traquenards de l’agence catapulte, Allen Yero Embalo a cherché du travail, ce qui est interdit pendant les procédures. Mais, quand il s’est pointé à RFI ou dans des télés parisiennes, la seule chose qu’on lui a fait piger, c’est qu’il avait « un accent ». Lorsqu’il s’est renseigné pour faire venir sa femme et ses quatre enfants exilés au Sénégal, la préfecture a exigé le « certificat de mariage de la mairie », qu’il ne possédait évidemment pas. Quels ingrats ces réfugiés… La France leur donne le droit de survivre et ils réclament le bonheur !
« Quand on vient ici, on trouve une France pas accueillante, on s’attend à mieux », explique Allen Yero en détournant le regard. « Ma place, elle n’est pas ici. » Dans quelques mois, il partira à Dakar pour y trouver sa famille, un travail, un avenir.

Article paru dans CQFD n°61, novembre 2008.






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