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CQFD N°061


MAINTIEN DE L’ORDRE

VIDÉO AMATEUR ET TÉLÉ-RÉALITÉ

Mis à jour le :15 novembre 2008. Auteur : Gilles Lucas.

À la télé ou au cinéma, les policiers sont des héros au service du bien commun. Mais dans la « vraie vie », pas question de les filmer et de montrer leurs visages. Surtout quand ils bavent.

SOIRÉE DU 14 OCTOBRE, cité des Bosquets, à Montfermeil (Seine- Saint-Denis). Un vidéaste filme une équipe de flics en train de matraquer un jeune dans un hall d’immeuble. Pas de bol pour les bleus [1] ! « Comme par hasard, il y a une caméra et l’angle de cette caméra est restreint. Ce monsieur [le vidéaste] peut être soupçonné de vouloir prendre la police en défaut », affirme quelques jours plus tard Jean-François Herdhuin, directeur départemental de la sécurité publique [2]. En écho, le sénateur maire de Neuilly- Plaisance, Christian Demuynck, s’élève « contre les vidéos bidonnées d’apprentis Spielberg qui remettent en cause de façon injuste le travail de la police » [3]. Car pour lui ces images mises en ligne –surtout pas l’attitude de la police – « sont le meilleur moyen de mettre le feu aux poudres… » « Il est donc interdit, selon vous, de photographier ou de filmer la police », est allé demander CQFD au sénateur maire. « Ça peut porter atteinte à l’image de la police. Et puis, il peut y avoir des représailles contre les policiers s’ils sont reconnus. Ces zones sont extrêmement difficiles… Il faut vraiment en terminer avec ces situations. Je ne dis pas que la seule solution, c’est la police. C’est quand on a tout loupé qu’elle intervient… » « Dans quelques villes américaines, l’association Copwatch surveille et filme régulièrement les activités de la police. Il semblerait qu’un certain nombre d’abus ait pu être ainsi évité… ou retardé », reprend l’erroriste. « Impensable, on ne peut pas ainsi suivre la police. Ce n’est pas possible… »

Pas possible ? Pourtant la très subversive Commission nationale de déontologie de la sécurité rappelle, dans sa saisine 2005-29, qu’« il paraît opportun que soit rappelé aux forces d’interventions […] qu’elles doivent considérer comme normale l’attention que des citoyens ou des groupes de citoyens peuvent porter à leur mode d’action. Le fait d’être photographié ou filmé durant leurs interventions ne peut constituer aucune gêne pour des policiers soucieux du respect des règles déontologiques… » Foutre ! Le maire de Neuilly-Plaisance insiste [4] :« Si des policiers frappent une personne, jeune ou vieille, alors qu’ils n’ont pas été attaqués avant, il y a un problème. Si on replace les choses dans leur contexte et que les policiers ont été attaqués avant, c’est différent. » Décryptage : lorsque une personne, jeune ou vieille, prend à partie des flics –et le spectre de la prise à partie est très large– il est donc normal qu’elle soit brutalisée par les policiers. Légitimes représailles de la part des dépositaires de l’autorité publique ? Lorsque coups et insultes pleuvent hors caméras sur les quidams,quand les témoins sont déconsidérés, les victimes toujours « connues des services de police » et le silence sur les violences policières garanti par l’omerta de l’esprit de corps, sans oublier les menaces et les procédures d’outrage et rébellion [5], quel est le rapport avec le « contexte » dont parle le sénateur du 9-3, sinon celui plus général de l’arrogance et de l’impunité des policiers ? « Si en France on parle beaucoup des banlieues, c’est parce que les médias en sont très friands… », avance-t- il. Effectivement, la goinfrerie des journalistes embedded est sans limite lorsqu’il s’agit d’opérations de représailles sur les quartiers ou de production de reportages zoologiques. Mais rien sur les récurrentes occupations policières et l’attitude des forces de l’ordre, dans les banlieues comme ailleurs. Le 14 octobre a connu une soirée comme tant d’autres, faites de contrôles musclés et de harcèlement, habituellement passées sous silence. Sauf que cette fois, l’ordinaire de la violence policière a été filmé. Pas de chance !

Article paru dans CQFD n°61, novembre 2008.


[1] Pour l’heure, deux policiers ont été mis en examen.

[2] LeParisien du 24/10/08.

[3] Ibid.

[4] Rue89, 23/10/08.

[5] Dont l’explosion statistique est éloquente.





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