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CQFD N°061


BRASSERIE EN GRÈVE

DU RIFIFI CHEZ LES LOUFIATS

Mis à jour le :15 novembre 2008. Auteur : Gilles Lucas.

Un mouvement social aussi bref qu’une clope sous la pluie. Un patron qui a de gros soucis. Les impeccables serveurs de la brasserie Terminus Nord, à Paris, racontent leur grève.

DANS UN RECOIN SUR LA RUE, en marge de la terrasse et à l’abri des regards de la clientèle, quelques serveurs en livrée, chemise blanche, gilet et long tablier noir bavardent en grillant nerveusement une cigarette. Dans un quart d’heure, briefing du personnel avant le service de midi. Devant la porte d’entrée de cette grande brasserie qui fait face à la gare du Nord, un garçon embrasse son enfant avant de rejoindre son boulot. L’erroriste de CQFD lui demande : « Vous êtes toujours en grève ? » « On a arrêté le mouvement avant-hier », répond l’homme. « Mais venez avec moi. Entrez… Tenez, mettez-vous là, au bar, je reviens. » La salle est vaste, décorée façon modern style, avec fresques et lustres kitsch. Sur la carte, le menu « Terminus Nord » coûte 31,50 euros. Le « plateau de fruits de mer royal pour deux personnes  » est annoncé à 115 euros… Retour du serveur accompagné d’un chef de rang. « Suivez-nous ! »

Descente vers le sous-sol. Une porte s’ouvre sur une pièce étroite. « Ici, c’ est le local syndical. Faut qu’on fasse vite. On n’a pas beaucoup de temps », dit le serveur. Le chef de rang embraye : « La grève a commencé mercredi vers 18 heures. 80 % des employés étaient dans le mouvement. Jeudi,on a repris le travail après avoir seulement gagné la promesse d’avoir des négociations dans peu de temps… » Il poursuit : « On avait demandé que le calendrier annuel des négociations soit changé pour qu’on puisse discuter rapidement d’un treizième mois, de l’accès pour tous à une mutuelle gratuite et d’une prime de 1000 euros. » Le serveur reprend : « Le chiffre d’affaires a progressé de 8,7 millions d’euros en 2007… » Son collègue le coupe : « Il y a ici des écaillers qui bossent dehors par tous les temps, les mains dans l’humidité et qui n’ont pas été augmentés depuis quinze ans. Sans parler de certains qui sont à la plonge depuis vingt ans. Juste un petit réajustage au niveau du smic… En neuf ans, le salaire moyen a augmenté de 30 euros… » Le garçon reprend à la volée : « Ici, c’ est dur de négocier ! On est allé voir le directeur, qui s’est presque excusé en nous disant qu’il ne pouvait rien faire, qu’il devait téléphoner à sa hiérarchie, etc. Lui, il est payé au pourcentage… », et passe la balle au chef de rang : « Au-dessus, c’est le groupe Flo, qu i a été racheté en 2005 par Albert Frère… » Albert Frère ? L’homme au nom si chaleureux est dirigeant, investisseur et président des conseils d’administration d’un empire financier mélangeant banque, pétrole, bâtiment, média ou encore agro-alimentaire. L’an dernier, cet invité au repas de la victoire du Fouquet’s (avec Vincent Bolloré, Martin Bouygues, Bernard Arnault et autres patrons du larbin Sarkozy) a empoché autour de 460000 euros par mois, soit l’équivalent de 350 smics.


Mais les riches pleurent aussi : outre la baisse vertigineuse – et annoncée – des actions du groupe, voilà que fin août les producteurs bretons dépendant de l’entreprise Entremont de Brécé, appartenant au « magnat belge du CAC 40 » pour 64 %, pas contents de voir le prix d’achat du lait passer de 33 à 31 centimes le litre, ont bloqué routes et convois pendant une dizaine de jours, jusqu’à ce que le Frère finisse par céder…
Dans la cave de la brasserie, le temps n’a pas cessé de courir. « Faut qu’on y aille ! », disent en chœur les deux exgrévistes. « On ne va pas en rester là ! Ce n’est pas fini ! Et puis, on compte sur vous… », dit le serveur. « … Nous aussi ! », répond l’erroriste.



Article publié dans CQFD n°61, novembre 2008.






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