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CQFD N°061


LES HOMMES MALADES DU POUVOIR

LE BAUDET ET SARKOZY 1ER

Mis à jour le :15 novembre 2008. Auteur : Iffik Le Guen.

Une époque reculée, un pays imaginaire. Une terrible épidémie s’est abattue sur le peuple. « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. » Suite à un banal accrochage entre sa voiture et un scooter, M’hamed Bellouti, endossant les oripeaux du baudet de la fable, est embringué dans une folle course-poursuite judiciaire avec le prince Jean Sarko, dont la blonde crinière atteste de la royale ascendance.

LA FABLE DÉMARRE en octobre 2005. Bon citoyen, respectueux de la République et de ses lois, le baudet essaye pendant une année entière d’obtenir justice, d’autant plus qu’il ignore tout, à l’époque, de l’identité de celui qui l’a embouti. Son éducation et la certitude de son bon droit ne peuvent souffrir, outre le coût de la réparation (260écus),le doigt d’honneur lancé très haut par le conducteur du scooter avant de prendre la fuite. Alors que l’offense tarde à être réparée, le baudet apprend par la rumeur publique que le mini-carrosse dont il avait relevé l’immatriculation est volé puis retrouvé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire,grâce à un déploiement de docte maréchaussée (relevé de traces ADN, géolocalisations des portables…). Zèle habituellement réservé aux crimes de lèse-majesté. Le baudet, un tantinet énervé, fait pourtant preuve d’une patience de sage africain (celui qui scrute le fleuve en attendant d’y voir flotter le corps de son ennemi) et multiplie pendant deux ans les tentatives de règlement à l’amiable : son frère, président national des enfants de combattants français musulmans, et donc plutôt introduit à la Cour, se déplacera même en personne au QG de campagne du prétendant au royal fauteuil pour arranger l’affaire sans bruit ni fureur. Rien n’y fait, on l’ignore, le prévôt de Neuilly égare sa plainte, on le méprise. Et quand, las, il décide de médiatiser son embrouille en même temps qu’il saisit le tribunal, « on crie haro sur le baudet » et on lui envoie les dragons du Roy : le bavard et ami perso du monarque élu,maître Thierry Herzog, prend le dossier en charge ; de mystérieux et menaçants appels anonymes résonnent à toute heure du jour et de la nuit… Bellouti craque et signifie à la partie adverse qu’il veut laisser tomber. Une fois de plus, un silence hautain en guise de réponse. Il ne voit plus d’autre choix que d’aller jusqu’au bout de la procédure. Les experts nommés par les juges disent tout et son contraire, avant de s’aviser de dire ce que l’on attend d’eux en haut lieu:cet accident n’a jamais existé autrement que dans l’imagination fertile du baudet. L’audience finale arrive, en juin 2008. Avocat, procureur et juges de chapitrer, quatre heures durant, l’importun qui, s’il n’avait pas la naïveté de croire en la condamnation de l’héritier légitime, ne pensait pas voir son statut de victime transformé en celui de coupable par la justice de son pays. Voilà qu’il doit débourser 2000 euros pour « procédure abusive et téméraire ». D’après maître Thierry Herzog, le faux plaignant aurait eu connaissance de l’identité du prince dès le début de la procédure et aurait voulu lâchement en profiter. Très amer, le baudet lâche après le verdict rendu en septembre dernier : « Je m’appellerais M’hamed Sarkozy, ça n’aurait pas été la même histoire. » On peut malheureusement en douter. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Révoltés par la morale de cette fable, d’anciens voisins de la famille Bellouti ont monté un comité pour soutenir M’hamed et l’encourager à faire appel de la condamnation du tribunal correctionnel. André Point, travailleur social en retraite et président de ce comité de soutien, se réjouit, en ces temps difficiles, d’avoir déjà engrangé 4000 euros de la part de 140 donateurs et affiche une « solidarité de proximité ». « Nous avons habité la même cage d’escalier d’une cité HLM de Saumur pendant cinq ans, M’Hamed avait deux ans et jouait avec nos enfants. On s’est perdu de vue, mais j’ai suivi le procès de loin. Quand j’ai appris le verdict, j’ai tout de suite repris contact. M’hamed est passé nous voir, et là, tous les souvenirs sont remontés d’un coup. J’ai vu aussi un homme qui avait besoin de se réconcilier avec l’humanité. » Gageons que les centaines de messages de sympathie venant de tout le pays ont pu grandement y contribuer. Mais la route qui mène à la justice est encore longue et aussi joliment pavée que l’enfer.

Soutien : mhamedbellouti.soutien@hotmail.fr

Article publié dans CQFD n°61, novembre 2008.






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