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CQFD N°005


DES OUVRIERS EMPOISONNÉS PAR DES PEINTURES TOXIQUES

LA « VIANDE PÉRIMÉE » D’AIRBUS

Mis à jour le :15 octobre 2003. Auteur : Eric Dourel.

Des ouvriers en sous-traitance chez Airbus ont réussi à traîner leurs employeurs devant un tribunal. Motif : les peintures toxiques utilisées par l’avionneur européen, qui provoquent œdèmes, ulcérations, cirrhoses, inflammations des testicules et… départs à l’ANPE. La faute au tabac et au pinard, estime Airbus.

Travailler, c’est bon pour la santé. Et ce n’est pas à une poignée d’ouvriers malades sous-traités par Airbus qu’ on va laisser dire le contraire. Le 18 septembre dernier, devant le tribunal de grande instance de Toulouse, les salariés d’Aéro Technique Espace (ATE) ont bien tenté de faire valoir les conditions déplorables dans lesquelles ils bossent, de décrire leur état de santé ravagé par l’utilisation de produits toxiques (voir CQFD n° zéro). Mais leur donneur d’ordres ne s’est pas dégonflé. « Pour quelles raisons nous traîne-t-on devant ce tribunal ? Sommes nous l’employeur direct de cette société ? », s’égosillait l’avocat d’Airbus. Non content de tout nier en bloc, l’avionneur s’est même offert le luxe de proférer des menaces. Celle de fermer boutique si les plaigneurs s’obstinent, par exemple… La grande classe. Petit rappel des faits : installée à Cornebarrieu, en banlieue toulousaine, ATE dépend à 98 % d’Airbus Industrie, première filiale du consortium européen EADS, présidé de père en fils par la dynastie Lagardère. Echaffaudages, salles, peintures, diluants, solvants, procédés d’application, tout lui est fourni par Airbus, qui dicte même le planning des congés. Ou plutôt, des congés-maladie. En 2000, suite à une visite médicale de routine, trentre-trois peintres sur les cent dix-neuf que compte ATE se sont en effet découverts un bilan sanguin lourdement perturbé. Un an plus tard, ils étaient quarante-six à se retrouver malades, dont cinq déclarés inaptes au travail. Troubles du système nerveux, allergies, asthme, ulcérations nasales, brûlures des cordes vocales, inflammations des testicules, cirrhose non éthylique… Les symptômes se multiplient, impossibles à confondre avec ceux d’un gros rhume. L’utilisation sans précaution de chromates et d’éthers de glycol est pointée du doigt. Pour en avoir le cœur net, des salariés d’ATE, par ailleurs membres du Comité d’hygiène et de sécurité, mandatent le cabinet parisien Eretra, spécialisé en conditions de travail, à venir effectuer une étude sur le site. Le rapport tombe en octobre 2001, accablant. Les experts dénoncent des locaux inadaptés, des systèmes de ventilations défectueux, des conditions de stockage fantaisistes, des risques d’explosions, un manque total d’informations sur les risques encourus. Les qualificatifs choisis pour décrire les peintures composent un vrai poème : « toxiques, corrosives, irritantes, cancérogènes, mutagènes, explosives, inflammables, comburantes ». Mais les recommandations des experts sont restées lettre morte. A ce jour, les conditions de travail à ATE n’ont toujours pas varié d’un poil de pinceau.

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« Mensonges et contre-vérités ! », vibrionne l’avocat d’Airbus. Ses patrons, il peut en jurer, « ont toujours été vigilants quant à la santé des salariés ». Les rapports médicaux ? « Rien n’a encore été prouvé ». L’enquête d’Eretra ?’ « Ce sont des charlots, des vrais ». Et de conclure sa plaidoirie par un bon mot qui pèse lourd entre les lignes : « La prévention du risque ? Expliquez-moi, qu’est ce que cela veut dire ? Qu’il faut fermer la boîte ? » L’emploi ou la santé, il faut choisir… L’avocat des patrons d’ATE joue talentueusement au con, lui aussi : « quels risques ? Quelles préventions ? De quoi parle-t-on ? » Selon lui, « les mesures d’hygiène et de sécurité sont parfaites à ATE ». Certes, il y a des maladies, mais on sait de quels vices elles découlent : « la cigarette et l’alcool ». Lackdar Osmani, présent à l’audience, se retient de lui sauter à la gorge. Atteint d’une hépatite et d’une ulcération à l’estomac, ce trentenaire qui a trimé quatorze ans à ATE est déjà fini, viré « comme de la viande avariée », voué aux soins de seconde classe que reçoivent les chômeurs. Jérôme Rechausse, lui, préfère sortir de la salle. Reconnu « inapte à l’exposition aux peintures » par la Sécu, ce chef d’équipe de 33 ans souffre d’un œdème aux cordes vocales dû à des brûlures toxiques et chimiques. « Cette action en justice est irrecevable, entachée d’illégalité, prématurée ou mal fondée, conclut le bavard d’en face. Ça ne vaut rien. » L’avocat des salariés reprend la main en fin de séance. En regardant le président et ses assesseurs, il lâche : « lorsque vous donnerez votre avis sur cette affaire, prenez garde à ne pas débattre sur l’existence du risque, mais sur sa conséquence. Vous avez entre les mains un dossier qui ressemble en tous points à celui de l’amiante. » En attendant le jugement, prévu pour le 14 novembre, les petites mains jetables d’ATE vont retourner s’empoisonner dans leurs salles de peintures. Presque comme si de rien n’était.

Publié dans CQFD n°5, Octobre 2003






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LA « VIANDE PÉRIMÉE » D’AIRBUS
moi | 3 avril 2007 | ouai
23H00 ….hé oui !!toujours le meme , sa fait maintenant 2 ans que je travaille a ATE et j ’y bouffe tres bien ma copine cuisine…et je suis pas chez Airbus mais ATE et je suis toujours vivant la qualité du boulot prouve que la l’éffort et la santé y sont ,bref je suis de se qui pense qu’il faud augmenter les travailleur qui sont en contactent avec les produits et non se qui se cassent les doigts sur un clavier…23H15….VOTé POUR MOI …. LA « VIANDE PÉRIMÉE » D’AIRBUS
| 22 février 2006 |
pedeux seb je travaille chez ate je n’ai pas a me plaindre c sur sa ne fais mm pas un an que j’y suis mais l’embiance est terrible
 

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