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CQFD N°061


LES VIEUX DOSSIERS D’YFFIK

PROPAGANDA : YES WE CAN !

Mis à jour le :15 novembre 2008. Auteur : Iffik Le Guen.


HOLLYWOOD, L’USINE À RÊVES, vend l’idéologie américaine sur les écrans planétaires depuis D.W.Griffith. À l’orée du XXe siècle, le réalisateur de Naissance d’une Nation, admirateur du KuKluxKlan et contempteur de la race noire et de la menace sexuelle et politique qu’elle ferait peser sur le pays de l’oncle Sam, avait trouvé jolie et accueillante cette petite bourgade de Basse Californie. Un goût plus que certain pour l’optimisme est depuis la marque de fabrique archétypale du cinéma hollywoodien. Il faut produire par kilomètres de pellicule du bigger than life, de l’entertainment pour divertir les masses et soutenir leur moral en les plongeant dans un état de léthargie intellectuelle proche du coma dépassé, en ne sollicitant chez eux que trois ou quatre émotions primaires. Si cela ne suffit pas, le happy end ou la fin tragique –quand le personnage principal est un gangster, Bogart ou Pacino– fonctionne comme une sempiternelle restauration de l’ordre moral et social. Le self-made-man et son pendant commercial, le star system, est aussi au coeur de la construction idéologique du film ricain. L’éthique du capitalisme nécessite, en effet, de faire accroire que la success story est au coin de la rue,que même le Nègre homo, ou pire, doté d’un patronyme musulman, a également droit à son bout de rêve américain et que, du même coup, le salaud de pauvre n’a que ce qu’il mérite. Toujours pas convaincu ? Par un special effect de simplification outrancière, les studios de la côte Ouest, à l’instar de Clint Eastwood, ont tendance à diviser l’humanité en deux, les bons contre les truands, les cow-boys contre les Indiens, John Wayne contre Victor Charlie, Jack Bauer contre Oussama Ben Laden et si, par hasard, le méchant est un tenant de l’establishment, il ne peut s’agir que d’une exception et son châtiment permettra le retour à l’ordre. Ainsi, jusqu’aux sixties, le héros est un WASP bon teint, la femme, une maman ou une putain, le non-Blanc un bon sauvage ou un ennemi cruel… Entre 1960 et 1980, des points de vue contredisant ce modèle ont pu s’exprimer un peu plus librement  : Un homme nommé Cheval, Macadam Cowboy, Apocalypse Now… Mais la recherche d’une large diffusion et donc d’un profit maximal, pousse les producteurs à ne financer que des projets très consensuels. Des œuvres familiales que le code de classification des films jugera digne de se marier avec un mix pop corn/beurre de cacahuète, un bon Chuck Norris par exemple, avec ses centaines de Viets découpés à la mitrailleuse lourde en guise de ketchup.

La série des Tarzan offre un concentré de l’idéologie US version Hollywood. Dans le premier épisode, tourné en 1932, le mythe rousseauiste d’un Éden retrouvé, l’érotisme en maillot deux pièces et la condamnation d’une culture technologique et cupide sont mis au premier plan. Mais au second plan apparaît, déjà, la propagande impérialiste des terres vierges à conquérir, cartes postales sans histoire sur lesquelles les indigènes font de la figuration au même titre que les lianes ou les fauves. Et le récit s’oriente vers une lente civilisation du roi de la jungle (qui, dès le départ, est un homme blanc) grâce aux bons soins de Jane métamorphosée en épouse et mère modèle. Dans le dernier opus, la famille troque sa cabane dans les arbres pour un palais colonial équipé de tout le confort moderne:l’éléphant fait l’ascenseur,le chimpanzé actionne un ventilateur. L’Afrique des Tarzan n’est qu’une projection des fantasmes occidentaux en général, et américains en particulier. Les Noirs, toujours filmés en groupe,sont tantôt des porteurs soumis et peureux, tantôt des assaillants sauvages et féroces. Et le mythe du paradis retrouvé se double de celui de la frontière dont l’éternel dépassement est le destin du peuple élu. Avec Reagan au pouvoir, Hollywood marche main dans la main avec le Pentagone. Les Village People se font prêter un porte-avions pour In the Navy (le producteur est français, la chanson devient le tube de la communauté gay, mais le message « join the army » suffit) ; à l’occasion de la sortie de TopGun, les Marines installent des postes mobiles de recrutement à la sortie des salles de cinoche. Depuis le 11-Septembre, les scénaristes californiens, entre deux séries fixant le TOW (Terrorist of the week), participent aux think tanks du Department of defence, quand ils ne conçoivent pas les jeux vidéo destinés aux forces spéciales et qui deviennent, ensuite, des must du téléchargement gratuit sur Internet.

À LIRE : Hollywood, cinéma et idéologie, Régis Dubois, Sulliver 2008.

Article publié dans CQFD n°61, novembre 2008






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