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CQFD N°061


MA CABANE PAS AU CANADA

LE JARDIN DU ROI MAURE

Mis à jour le :15 novembre 2008. Auteur : Nicolas Arraitz.

En plein cœur de Séville, el huerto del rey moro, site archéologique oublié, est squatté depuis bientôt cinq ans. De venu un espace public autogéré, les gamins du quartier y cultivent des potagers et y célébrent leur anniversaire. Ce qui déplaît fortement à la mairie, de gauche, qui veut y construire des logements… sociaux.

COURANT 2002, depuis la mansarde que loue Béa, une bande de copines découvre une oasis secrète en plein Séville. « Occultée par des palissades, la friche était envahie par une végétation sauvage », raconte Sonia. « En consultant cadastre et archives, nous avons appris que la “maison du roi maure”, dont les restes flanquent encore le terrain vague, est l’une des deux oeuvres d’architecture civile les plus anciennes de la vieille ville. » C’est au début du XVe siècle que le roi de Niebla, expulsé de ses terres par les hordes chrétiennes, fait édifier ce palais à l’intérieur des fortifications de la Sibiya musulmane. Non loin des remparts, la demeure se lovait autour d’un verger alimenté par un savant système de roues à eau, de canaux et de bassins.

L’imagination en éveil, les amies décident d’explorer le mystérieux « verger ». Début 2003, acoquinée avec Joaquín, animateur de quartier, et el Gómez, architecte défroqué converti à la subversion urbaine, la bande pénètre dans ce coin de jungle et se fraye un chemin entre ronces, figuiers et acacias. Une fois l’endroit sommairement défriché, une paella géante y est cuisinée, puis partagée avec qui veut bien. Franc succès. Alors, pourquoi ne pas perpétuer cet usage public ? D’autant que « le terrain a été déclaré constructible par le plan d’occupation des sols de 1987 », précise Sonia. « En 2001, la Région l’a classé “bien d’intérêt culturel”,mais le plan de 2006 persiste à vouloir bétonner. »

Certains veulent organiser des concerts. Pour éviter une dynamique trop endogamique, Joaquín propose d’inviter les écoles du quartier à investir les lieux. On prend contact avec les associations de parents d’élèves et avec les instituteurs. Consulté en 2005 dans le cadre de la « participation citoyenne », le quartier vote massivement en faveur du projet. Une « association des amis du jardin » fait alors la demande d’un « budget participatif  ». Et sans attendre, elle implante des mini-potagers,où les gosses sèment, arrosent, taillent et récoltent des légumes de saison. Une fois la subvention enfin obtenue, on embauchera deux moniteurs. Outre les potagers scolaires, de nombreuses activités ont lieu depuis dans le jardin occupé. Ciné en plein air, réunions publiques, fêtes, anniversaires d’enfants, ateliers de création de jouets avec des matériaux recyclés. Et ceci dans une ambiance d’autant plus chaleureuse que le voisinage se sent responsable de cet espace, qui s’améliore au rythme de l’implication de chacun.

Aujourd’hui, la Région prévoit des fouilles et les archéologues rechignent à travailler sur un site ouvert au public. L’asso des amis du jardin soutient le contraire : les riverains devraient pouvoir suivre l’avancée des recherches, puisque ce lieu est chargé d’une histoire qui est la leur. Elle propose de planifier le chantier par tranches, ce qui permettrait par exemple de ne chambouler les potagers que pendant les vacances scolaires. Mais la mairie prétend les délocaliser… dans le patio d’un couvent ! Les négociations s’annoncent ardues. De la même couleur politique, Région et municipalité semblent d’accord pour expédier les fouilles fissa après avoir expulsé les occupants, en extraire quelques vestiges transférables dans un musée et en venir enfin aux affaires sérieuses : la réactivation du BTP !

Paula Garbín, conseillère d’Izquierda Unida [PC] à la «  participation citoyenne » ne décolère pas : « Vous êtes des petits-bourgeois ! Vous nous empêchez de construire des HLM juste pour faire joujou avec votre jardin privé ! » « Le PC ne supporte pas que les gens prennent des initiatives autonomes », rectifie Sonia. « Il y a suffisamment de maisons vides à exproprier pour éviter de bétonner un peu plus un centre-ville qui manque cruellement d’espaces verts », grogne el Gómez. Dans le quartier, on sent venir la baston…

Article publié dans CQFD n°61, novembre 2008.






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