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CQFD N°063


UNE CHAMBRE PAS DÉGONFLÉE

AUTONOMIE PAYSANNE À LA BASQUE

Mis à jour le :15 janvier 2009. Auteur : Christophe Goby.

Le 29 janvier à Bayonne aura lieu le procès d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG), une association de soutien aux petits paysans, accusée d’usurper les fonctions de la chambre d’agriculture de Pau. Deux mondes antagoniques y seront aux prises.

« C’EST L’AUTHENTICITÉ d’hommes et de femmes qui ne trichent pas, qui sont fiers et revendiquent leurs valeurs, leurs engagements…  » Voilà une définition du tempérament local qui colle bien à Michel Berhocorigoin, président d’EHLG, une chambre agricole ayant trois défauts : elle est basque, autonome et alternative. Mais Michelle Alliot-Marie, qui est plutôt basque tendance charcuterie fine de chez son traiteur Pierre Oteiza, ne pensait pas à Michel en évoquant pourLe Figaro, d’un air presque ému, ce pays « qu’elle vit en voisine », depuis la place Beauvau. Michel est lui aussi à l’intérieur, mais du pays basque, à Gamarthe, un village de 175 âmes où il cultive vingt-quatre hectares sur la ferme de ses parents : il y produit lait et kiwis. Engagé dans les années 70 avec la jeunesse agricole catholique, il fut ensuite élu à la chambre d’agriculture de Pau. Quand en 1982 il fonde un syndicat paysan, l’ELB, affilié depuis à la Confédération paysanne, il choisit un chemin difficile, entre combativité et non-violence. Sur le « terrain spécifique  » qu’est le Pays basque, « ça a créé la surprise ».

En 2005, les membres d’ELB lancent EHLG, une association de soutien à l’agriculture paysanne qui rejette le productivisme prôné par la chambre de Pau, dont l’ancien président affichait ce curieux credo : « On ne peut pas être nombreux et heureux. » C’est pourtant au Pays basque que l’érosion du nombre d’exploitations est la moins forte (on est tout de même passé de 7 043 fermes en 1988 à 5 400 en 2006). Raison de plus pour compter sur ses propres forces : ici, le taux d’installation est aussi de 50 % supérieur au taux français. Financée avec des fonds privés ou communaux, et aussi avec l’aide du principal syndicat ouvrier du Pays basque Sud (ELA) qui a payé son siège à Ainhice Mongelos, EHLG s’enorgueillit de son indépendance. Banques et assurances sont exclues du conseil d’administration au profit de consommateurs et d’associations de défense de l’environnement. Il s’agit donc d’un combat entre une chambre officielle –FNSEA for ever…– vouée aux grands maïsiculteurs et cette structure proche de la Confédération paysanne et ouverte aux petites exploitations. Jean-Noël Etcheverri, dit Txetx, vedette de la gauche abertzale pour ses arrestations répétées, explique à propos d’EHLG que « ça casse les logiques de l’État jacobin ». Membre du conseil d’administration, il s’amuse à l’idée de représenter, comme les épiciers de Tarnac, « l’ultragauche  » en Pays basque, le fief de MAM. Rien pourtant ne semblait prédisposer l’association EHLG, forte de 1440 membres et de dix salariés, à subir les foudres de l’État, qui l’attaque pour « confusion avec l’exercice d’une fonction publique ». Sa trésorerie est claire, « même si le préfet précédent mettait en garde les maires contre “l’argent de l’étranger” ». Son budget de 450 000 euros étonne, mais au Pays basque, la dynamique collective peut rapporter gros. Frantxoa Maitia, vice-président de la région Aquitaine, s’étonne du renvoi devant la justice de quarante communes à cause de subventions accordées à EHLG, « alors que ce département [les Pyrénées-Atlantiques] a octroyé 30 000 euros à la construction d’un mémorial à Colombey-les-Deux-Églises ! »

Selon Michel, l’association dérange pour deux raisons étroitement imbriquées : « Le développement d’une agriculture durable et la revendication basque. » Un cocktail explosif quand on sait que « toutes les questions du pays basque se traitent au ministère de l’Intérieur ». Des projets tels que « Pays Basque 2020 », présenté tambour battant par François Fillon et MAM, sont « des structures vides qui ne servent à rien. Elle émettent des avis »… À l’opposé, à ELB, on est dans le concret. Quand en 2004 l’État a rejeté ses propositions en matière agricole, le syndicat a pris acte : « On a écarté la violence, renoncé à rentrer à la maison et laissé tomber les revendications. On a créé, on s’est mis à bosser ! » Un an plus tard, EHLG sort de terre.

Cette alliance paysans-consommateurs a développé les circuits courts de distribution, la transmission du foncier – et non sa concentration car, comme le dit Txetx, « la pression immobilière est énorme au Pays Basque » – et un pari sur des cultures avec moins de pesticides –à EHLG, on n’est pas forcément bio. Michel se sent proche des agriculteurs du Pays basque Sud –une proximité pastorale –, tandis que Txetx accuse les grands groupes internationaux de considérer le monde comme une vulgaire marchandise. Tous deux se retrouvent pour s’opposer aux OGM, comme à Saint- Palais en 2007, et au sein de cette maison commune, basque et ouverte au monde. « On est dans la logique zapatiste », extrapole Txetx et, comme le dit tranquillement Michel, « notre retard devient de l’avance ». Txetx parle d’une « mentalité d’autogestion » qu’a toujours combattu la chambre de Pau. Il tient à faire remarquer que dans les Pyrénées-Atlantiques « il existe deux diocèses, deux éditions de Sud- Ouest, deux aéroports… », et donc, logiquement, deux chambres d’agriculture.

Article publié dans CQFD n°63, janvier 2009.






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