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CQFD N°063


CHRONIQUE DE GUERRE

L’ENNEMI INTÉRIEUR ? FOUTEZ-LE DEHORS !

Mis à jour le :15 janvier 2009. Auteur : Gilles Lucas.


Devant le palais de justice, en ce 23 décembre, les paniers à salade sont en place, prêts à embarquer quiconque se risquerait à protester trop bruyamment contre ce que subissent, depuis maintenant presque un an, Juan, Ivan, Bruno, Damien et Isa [1]. C’est aujourd’hui que cette dernière, poursuivie pour « association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste », passe devant la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris, qui doit examiner sa demande de libération. Face à quelques dizaines de gendarmes bloquant l’accès à la salle, une quarantaine de personnes venues en soutien décide de sortir dans la rue. Une banderole est déployée : « Liberté pour Isa, Damien, Juan et tous les prisonniers. » Le cortège prend la direction du siège de l’administration pénitentiaire au cri de, entre autres, « Flics, porcs, assassins » [2]. La petite foule apprendra un peu plus tard que la demande de mise en liberté d’Isa a été une nouvelle fois rejetée.

Le 19 janvier 2008, Bruno, Damien et Ivan ont été mis en examen pour « transport et détention de substances incendiaires et explosives, association de malfaiteurs et refus de se soumettre aux photos, aux prises d’empreintes digitales et génétiques ». Découverts dans leur voiture, le mélange de chlorate, farine et sucre destiné à fabriquer des fumigènes, ainsi que des clous tordus pour crever des pneus vont devenir entre les mains de la police scientifique –qui « oublie » opportunément la présence de la farine – une espèce de bombe à fragmentation. Le 23 janvier, des douaniers trouvent dans la voiture d’Isa et Farid du chlorate, deux ouvrages traitant du sabotage et le plan d’un établissement pénitentiaire pour mineurs trouvé sur Internet. Les enquêteurs affirment que l’ADN d’Isa correspond à des traces laissées sur des bouteilles d’essence placées sous une dépanneuse de la police, début 2007. « Terrorisme ! », aboie aussitôt la juge d’instruction, fourrant leurs supposées velléités d’action dans la case d’une imaginaire « mouvance anarcho-autonome francilienne ».

Ces jeunes vont alors connaître ce que subissent des milliers de détenus. Ils vont décrire ce qu’on leur fait subir dans plusieurs lettres parvenues à l’extérieur. Farid a été tabassé par des prisonniers après qu’un maton l’eut désigné comme militant d’extrême droite… Isa, soupçonnée de préparer une évasion après avoir envoyé à des proches un dessin de la prison, a souffert trois transferts en un an. Accusée d’être l’instigatrice d’un mouvement collectif dans la maison d’arrêt de Rouen, elle a été jetée plusieurs fois au mitard, tout comme Damien, libéré puis réincarcéré…
Ces « ennemis intérieurs » – pareillement aux épinglés de Tarnac –, membres désignés de cet « espace de contestation qui n’est plus encadré par un parti démocratique  », ainsi que le vaticinait Michelle Alliot-Marie au printemps 2007, sont dorénavant le bouc émissaire idéal sur lequel l’État cogne à bras raccourcis afin de terroriser le reste du populo. Et si le signal émis menace une autre frange sociale que celle que visaient les opérations médiatico-policières dans les banlieues (comme à Villiers-le-Bel en février 2008, dont cinq habitants sont toujours en prison sans qu’il n’y ait la moindre preuve contre eux), c’est que le gouvernement semble se méfier avec méthode de presque toute la société. « Quasi terroriste », avait bavé le porte-parole des jeunes UMP en parlant du Réseau éducation sans frontières… En attendant que le moindre blocage de gare, de lycée, d’entreprise ou de terminal pétrolier soit qualifié d’acte terroriste, la loi dite de « prévention de la délinquance » a d’ores et déjà aggravé les sanctions concernant l’entrave à la circulation des trains. La population et les élus « pré-terroristes » de Gourdon, dans le Lot, l’ont appris à leurs dépens. Plusieurs d’entre eux viennent d’être déférés devant le tribunal correctionnel pour avoir bloqué les voies. Ils exigeaient simplement la réouverture de leur gare…

Article publié dans CQFD n°63, janvier 2009.


[1] Une première publication, rassemblant analyses, coupures de presse et lettres d’Isa, Damien, Juan, Farid et Bruno, est téléchargeable sur : http://infokiosques.net/mauvaises_intentions
La sortie du n°2 est prévue pour le 12 janvier.

[2] Propos popularisé par le soulèvement grec de décembre.





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