Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°063
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°063


BORDEAUX SE PRIVATISE

ÇA SENT LE GAZ…

Mis à jour le :15 janvier 2009. Auteur : Fred Morisse.

Et si « l’Europe » servait surtout à ça : éloigner le plus possible le bien commun des gens du commun ? À Bordeaux, pour faire mijoter son frichti et se chauffer l’hiver, on dépendra dorénavant du bon vouloir d’une triade de multinationales…

LE 16 JUILLET 2008, selon la volonté européenne d’ouverture des marchés énergétiques à la concurrence, le conseil municipal de Bordeaux votait l’ouverture de capital de Gaz de Bordeaux. Une des directives de l’UE impose la séparation des activités de distribution et de commercialisation. Ainsi, si Gaz de Bordeaux conserve à 100% la gestion de son réseau, sa nouvelle filiale de commercialisation (Gaz de Bordeaux Énergies Services) ouvre son capital au géant italien ENI (1er distributeur européen avec 18 % du marché) et à sa société soeur en France, Altergaz, à hauteur de 17% chacun. Plus grosse entreprise locale de distribution (ELD) française, avec quarante-six communes desservies, la société bordelaise est la première à ouvrir son capital. Philippe Le Picolot, son directeur, prévoit une économie moyenne de 3% du prix du gaz grâce à ce partenariat. Bonne nouvelle ? Sauf que ce 1er octobre, le prix de l’abonnement a explosé de… 82% !

La pilule passe mal pour les 213000 abonnés girondins, qui n’avaient pas eu vent de ces transactions et se sont étranglés en parcourant le courrier qui accompagne la douloureuse, annonçant sans rire : « Gaz de Bordeaux s’est engagé dans une politique volontariste pour vous conduire concrètement à réaliser des économies d’énergies. ».
La missive rappelle que le prix du gaz est indexé sur le cours du pétrole, dont les variations se répercutent avec un décalage de six mois.Gaz de Bordeaux prétend pouvoir limiter cette mécanique aléatoire des coûts en faisant appel à deux nouveaux fournisseurs : ENI (encore) et GDF, qui succèdent à Total. Bien. Mais l’argument est fallacieux. Selon Vincent Beuret, de l’OFEN [1] : « On ne saurait supprimer du jour au lendemain l’indexation sur le prix du pétrole. En effet, les tarifs fixés par les entreprises de distribution de gaz dépendent des conditions pratiquées par les fournisseurs en amont, qui ont eux-mêmes conclu des contrats à long terme avec de gros producteurs.Les trois plus gros fournisseurs du marché européen (Russie, Algérie et Norvège) privilégient le maintien de l’indexation. »

Pour justifier l’envol des tarifs, l’entreprise explique qu’elle ne fait qu’appliquer l’arrêté ministériel du 21 décembre 2007 qui l’oblige à répercuter le coût des différentes charges (achat,acheminements et stockage) sur le prix du kilowattheure et de l’abonnement. Cependant, l’article 3 de l’arrêté précise que la répercussion tarifaire se fait d’abord sur la part variable (kwh) et, le cas échéant, en pourcentage sur la part fixe (abonnement). Mais la récente augmentation s’est reportée exclusivement sur l’abonnement, alors que le kwh a, lui, diminué. Contactée, l’agence se perd en bredouillements. Et quand on évoque la récente ouverture du capital, elle nie en bloc tout rapport de cause à effet. Hasard du calendrier  ? En tout cas, ce 1er octobre, flambée des prix et ouverture du capital ont bel et bien coïncidé.

Si on se souvient qu’Hugues Martin – qui assura l’intérim du chef Juppé condamné et exilé au Québec – a déposé en 2006 un amendement – rejeté par le Sénat – en faveur de la privatisation des ELD et que Juppé, à peine rentré du pays des caribous, a revendu les parts de Gaz de Bordeaux cédées par Total, on peut se poser des questions sur l’avenir de l’entreprise. En attendant, cet hiver, on va porter des moufles dans les foyers girondins.

Article publié dans CQFD n°63, janvier 2009.


[1] Vincent Beuret, Section Approvisionnement énergétique, Office fédéral de l’énergie, Berne. Dans La Vie économique, septembre 2005.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |