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CQFD N°063


SABOTAGE DES RELAIS TÉLÉ DE MILLAU

PETIT ÉCRAN ET GROSSE AFFAIRE

Mis à jour le :15 janvier 2009. Auteur : François Maliet.

S’attaquer à des relais téloche est une saine activité qui engendre des poursuites pour « association de malfaiteurs ». Drôle de chef d’accusation pour une action qui se veut bienfaitrice, politique et non violente. Quoi alors ? Des terroristes ? Bin non, toujours pas…

LE 10 NOVEMBRE 2003, une bande d’intermittents du spectacle tout aussi joyeux que mécontents –l’un n’empêche pas l’autre– envahissent le plateau de France 2 où, d’ordinaire, David Pujadas maltraite l’information. Ce soir-là, les trublions coupent le sifflet à ce perroquet des sévices publics pour s’offrir une chance de s’exprimer sur la réforme de leur assurance- chômage. « Désinformation – Précarisation – Disparition », résume une pancarte brandie à l’écran. « Enfin de la vraie information ! », se réjouira un intermittent en quittant le studio. Mais pour ces deux minutes trente d’air vrai, combien d’heures de nauséabonde propagande libérale dans nos postes ? Et surtout, que faire lorsqu’on ne peut investir un plateau télé pour que cesse enfin, ne serait ce qu’un instant, leur gloubi-boulga média-toc ? Un exemple : qui n’a jamais rêvé de voir disparaître de ces lucarnes magiques les usurpateurs qui parlent à notre place lors des longues, très longues, soirées électorales ?

À Millau, dans l’Aveyron, le rêve devient écran noir le 22 avril 2007 à 20 heures, lors de la soirée-débat du premier tour des élections présidentielles : les câbles de trois relais d’ondes de téléphone portable, de télévision et de radio viennent d’être sectionnés. « C’était très bien. Pas de télé, pour une fois, ça fait du bien. On a vu les résultats avant que tout soit coupé. Et puis, on a fait un bon repas entre amis, dans une super ambiance », témoignait à chaud un Aveyronnais d’origine basque contacté par CQFD [1]. Cependant, cette interruption des programmes n’amuse ni la gendarmerie locale, ni le Service régional de police judiciaire de Toulouse, qui mettent illico Derrick à la sauce aligot. Et le 12 septembre 2007, ils serrent deux jeunes Millavois, Guilhem Soulié et Rémi Clarisse, qui avouent leur méfait sans toutefois balancer d’éventuels compagnons de la cisaille.Rémi sera rapidement relâché alors que Guilhem jouera dans neuf mètres carrés pendant une vingtaine de jours avant d’être libéré à son tour, sous contrôle judiciaire. Après une instruction rondement menée, leur procès est fixé au mercredi 14 janvier 2009,au tribunal correctionnel de Millau, avec au programme « association de malfaiteurs » et « dégradation de biens d’autrui publics et privés ».

Oui, « association de malfaiteurs » !… Comme si les deux collègues avaient tourné dans Mesrine refroidit les ondes hertziennes. « Il s’agissait d’une action visant à alerter l’opinion publique locale sur la confiscation du débat démocratique par les médias. Ils ont agi pour susciter une réflexion. L’idée n’était pas de créer un drame, mais juste d’interpeller le téléspectateur !, explique maître Gallon, l’avocat des inculpés. Le premier chef d’accusation apparaît totalement inadapté et disproportionné au regard des faits. Rémi et Guilhem n’ont pas agi dans le cadre d’une organisation structurée. Leur acte a été spontané. Ils ont simplement voulu s’exprimer. Ce sont des amis d’enfance qui ont souhaité se faire entendre par cette action symbolique et non violente. » Mais pour cela, ils risquent entre cinq et dix ans de cabane. « Ils sont poursuivis dans un contexte sécuritaire et répressif, poursuit le bavard. Certains diront qu’actuellement on recherche un ennemi intérieur. Ce qui est sûr, c’est que le traitement pénal de ce type d’affaire, de la part des parquets, est extrêmement sévère. Et le fait que la qualification “d’association de malfaiteurs” soit retenue comme chef de poursuite le démontre. Aussi, il est bon de rappeler, en cette période de débat sur la réforme de la procédure pénale, que les procureurs ne sont pas indépendants mais soumis à l’exécutif ; et que la tendance actuelle est de retenir des qualifications pénales sévères, parfois de manière inappropriée, afin de mettre en oeuvre des outils d’enquête intrusifs. » Et d’annihiler ainsi tout embryon de subversion.
Hé, au fait, il paraît que Guilhem Soulié travaille à mi-temps dans l’épicerie de son village. Fichtre ! Voilà un argument béton pour le proc’ : encore un coup de l’Internationale des ultra-épicemards !

Article publié dans CQFD n°63, janvier 2009.


[1] CQFD n°45, mai 2007.





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