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CQFD N°064


FAUX AMI

LE FATIGUÉ DES DÉBATS

Mis à jour le :18 février 2009. .


Impossible d’y échapper. Le fatigué des débats est aussi inévitable que les « À poil ! » devant un défilé de majorettes. C’est pas compliqué, il s’en radine un à chaque fois qu’une occasion de l’ouvrir se présente. Fait notoire, il s’agit rarement de la même personne, à croire qu’ils organisent des tours de rôle.
Attention, il existe plusieurs catégories de la même engeance. La première, au fort potentiel de nuisance, est le plus souvent éprise de boisson. Lors d’une soirée grenobloise de présentation de CQFD, une jeune personne passablement embrouillée monopolisa la parole afin d’expliquer la quintessence des malheurs du monde. Une situation surprenante, puis marrante, mais pour finir énervante, lorsqu’on s’aperçoit qu’il sera difficile d’interrompre la principale protagoniste. Ne rencontrant aucune résistance, la demoiselle finit par conclure d’elle-même « qu’à Paname, les gens sont plus sympas qu’ici. Ils t’aident. Ici, tu peux crever ! ». Peut-être qu’à Paris, ils la font taire.
Bien que sobre, la grande gueule sûre d’elle et de son bon droit est tout aussi encombrante. Suite à une projection du film de Mehdi Lallaoui Retour sur Ouvéa, un spécialiste de la Nouvelle- Calédonie – il devait tout juste revenir d’une semaine de trekking – éclaira de ses loupiotes déglinguées une assemblée qui ne lui avait pourtant rien demandé. Au nez d’un représentant du syndicat Solidarité Kanaky, il expliqua doctement que « les Kanaks, il leur faut de l’éducation. S’ils veulent diriger le pays, il faudrait qu’ils soient éduqués… Et compétents, aussi. » Tassement dans les fauteuils… Le bougre insiste : « Et surtout, il est notoire qu’ils ont un problème avec l’alcool ! ». Disparition sous les sièges, et une pensée pour les Kanaks de la grotte achevés d’une balle dans la tête.
Fin janvier, lors des manifestations de soutien aux inculpés de Tarnac qui se sont déroulées dans toute la France, le lot de débats n’a pas manqué d’attirer son lot de lourdauds. Des kyrielles de « Ça sert à rien de discuter, il faut agir ! » au rhétoricien enquiquineur qui s’accapare le crachoir, les verbeux saboteurs ne manquèrent pas. À Marseille, « un vieux con de soixante-huitard » – dixit himself – ne put s’interdire de jouir sans entrave du temps de parole disponible ce soir-là. Il lui semblait primordial de minimiser la répression policière actuelle : « Grâce aux mobilisations du peuple, elle est bien moindre que sous Marcellin. » Son intervention répétitive détourna longuement le débat et provoqua de vives réactions. L’importun s’énerva, tel le gars reprochant au boucher ses poissons pas frais : « Vous êtes trop jeunes pour vous rendre compte, mais on vit dans une société plus démocratique que sous De Gaulle ! Sauf quand on est pris en otage par des syndicalistes comme ceux de la gare Saint-Lazare ! » Rhaaaaa ! Mais sortez-le !
Assez !, mesdames et messieurs les bouffeurs d’oxygène égocentrés, qui dévoyez la moindre tentative de bavardage constructif en vous pignolant le neurone et en exhibant vos obsessions délayées à l’infini. Retors, vous profitez sans vergogne de notre naturel manque d’autorité qui fait que nul Wyatt Earp automandaté ne vous renvoie KO au bercail. La prise d’otage, c’est vous qui la menez. Et c’est les idées que vous séquestrez. Idées qui se forgent et s’améliorent bien mieux en écoutant les autres qu’en se gargarisant de son propre discours. Vous cassez toute possibilité de dynamique collective. Vous êtes au débat ce que le spectacle vivant est à la joie de vivre. Par pitié, fermez-la.

Article publié dans CQFD n°64, février 2009, actuellement en kiosque.






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LE FATIGUÉ DES DÉBATS
Euphrosine | 24 avril 2009 |
Excellent article et drôle en plus ! Mais le sujet l’est beaucoup moins. Il y a une facette du « fatigué des débats » que vous n’avez pas assez exposé : sa fâcheuse tendance à en appeler à l’action, « au concret », au « réel », au lieu de « discutailler ». Ce genre de cons ne comprennent pas précisément ce qu’il y a de pratique, de « concret », dans le fait de débattre collectivement ( autour d’un verre ou deux, si possible…). Ils n’en saisissent pas encore la portée pédagogique pour nous tous, nous qui sommes privés des moyens de communication non-aliénés. Ces cons piétinent les rares occasions que les prolétaires se donnent pour entrer en contact les uns avec les autres, occasions magiques, non strictement motivées par l’urgence. Il faut les prendre, littéralement, pour des agents régressifs, entravant le développement de l’intelligence collective, objectivement au service de l’ennemi. C’est déjà beaucoup de devoir souffrir les trouillards hypocrites qui n’en pensent pas moins et les mondains qui ménagent les vérités cruelles selon leurs relations, pour encore supporter ce genre de parasites. LE FATIGUÉ DES DÉBATS
Jeff | 16 avril 2009 |
Pourquoi dénigrer en conclusion le spectacle vivant ? Insinues-tu que le spectacle vivant casse toute possibilité de dynamique collective ? En tout cas ta phrase n’est pas claire. Et pour le coup c’est toi l’arrogant qui se ridiculise en dénigrant l’action des autres. LE FATIGUÉ DES DÉBATS
littlehorn | 1er mars 2009 |

Je suis d’accord avec le dernier commentaire. Bien dit.

Et j’ajoute que la condition de « constructivité » sert parfois de prétexte à la censure. C’est du moins ce que je conclue d’après mon expérience sur de nombreux forums et blogs. Aussi, il me semble que l’auteur de l’article devrait redéfinir le problème que pose ces personnes qu’il critique avec justesse, d’une manière qui ne laisse pas de place aux abus.

Pour ma part, il me semble que ces personnes perdent quelque chose d’important en se comportant de cette manière : la crédibilité, et l’attention. Qui les écoute encore ? Qui les invite encore à participer à quoi que ce soit ? Peut-être la solution serait de demander le nom des intervenants avant de leur laisser la parole ?

LE FATIGUÉ DES DÉBATS
| 22 février 2009 |
Si je comprends bien c’est la parole qui menace la discussion… Personne ne ruine votre sympathique débat constructif. Il trouve son seul obstacle dans sa condition même : la liberté. LE FATIGUÉ DES DÉBATS
FFF | 17 février 2009 | le fatigué des débats
Bonjour, suis nouveau sur CQFD. Donc pour cet article:Bravo ! Shut up ! Yala ! LE FATIGUÉ DES DÉBATS
RC+ | 16 février 2009 |
le coup de« sous de gaulle c’était pire »et particulièrement tordu il va bien avec« vous voulez vous éclairer à la bougie pendant que vous y êtes »,un copain m’a sortie y’a pas longtemps que si j’avais pas une centrale nucléaire pour me fournir j’aurais l’air moins malin, bon c’est un acoolique,mais je lui aurais bien foutue mon pied au cul,enfin les occasion ne manque pas,pour notre plus grand désespoir, LE FATIGUÉ DES DÉBATS
uju | 16 février 2009 |
je l’aurais plutôt appelé le « fatigant des débats », genre de lumières qui ont tendance à me fatiguer des débats… LE FATIGUÉ DES DÉBATS
Zlotzky | 15 février 2009 | Emmerdeurs…
Eh,éh ! Effectivement, je retrouve bien là ce genre d’anecdote assez constante au cours des débats collectifs ou des conférences auxquels j’assiste parfois. Ils sont partout et il est vrai qu’un seul d’entre eux suffit à vous pourrir un débat ! Il arrive parfois que l’exaspération de l’assistance incite l’animateur à priver de micro l’importun mais cela ne va pas toujours sans heurts ! Facheux…
 

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