Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°064
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°064


FERMETURE DE LA GARE SAINT-LAZARE

IRRESPONSABLES DE TOUS LES PAYS…

Mis à jour le :18 février 2009. Auteur : François Maliet.

À l’heure où François Fillon demande aux Français de « se serrer les coudes », un syndicat de trublions nous rappelle cette évidence : les salariés n’ont pas les mêmes intérêts que leurs patrons. Interview de Christian Mahieux, secrétaire fédéral de SUD-Rail.

CQFD : Les agents de conduite de la gare Saint-Lazare ont déclenché une grève le 14 décembre dernier. Quelles étaient leurs revendications ?
Christian Mahieux : Deux fois par an la direction de la SNCF revoit l’organisation des roulements des agents. À chaque fois, on constate une dégradation des conditions de travail, ce qui occasionne des conflits locaux. Les nouveaux roulements ont été communiqués par la direction en novembre, avant leur application. Dès que nous en avons eu connaissance, nous avons averti la direction que cela ne convenait pas aux salariés. Elle n’a pas daigné discuter et, le 14 décembre, la grève a débuté.

Lors de ce mouvement, vous avez effectué des grèves de 59 minutes. Est-ce une manière de contourner la loi sur le service minimum votée en août 2007 ?
Il n’y a aucun rapport entre ce type d’action et la loi sur le service minimum. Les cheminots décident en assemblée générale de faire des grèves soit de 59 minutes, soit de 24 heures. Un fonctionnaire qui fait grève quelques heures voit disparaître la totalité de son salaire. Dans le privé, le décompte se fait au temps réel. À la SNCF, nous avons un système particulier : jusqu’à 59 minutes de grève, une heure de salaire est retenue ; jusqu’à 3 heures 59, cela compte pour une demi-journée ; et après c’est toute la paye qui saute. Ce mode de lutte existe depuis longtemps. Il y a plus de 25 ans déjà, je me rappelle avoir organisé des grèves de 59 minutes tous les vendredis pour marquer le coup. Ça se passait alors aux guichets, mais c’est valable partout. En fonction du rapport de forces que nous pensons pouvoir mettre en place, nous établissons telle ou telle stratégie. Là, les cheminots voulaient faire comprendre à la direction qu’il y avait un vrai malaise et que cela pouvait durer.

Que s’est-il passé lors de la journée du 13 janvier ?
Ce jour-là, la cacophonie est entretenue par la direction,puis par la presse. La veille, un conducteur de RER se fait agresser. À leurs prises de service, les cheminots font valoir leur droit de retrait, ce qui est tout à fait légal. La direction de la SNCF décide alors de fermer la gare Saint- Lazare. Parallèlement, le mouvement lancé le 14 décembre se poursuit, et les grévistes relancent la direction comme ils le font régulièrement. Les négociations reprennent et permettent des avancées, notamment l’embauche d’agents de conduite supplémentaires. Mais la grève et le droit de retrait sont deux choses distinctes.

Nicolas Sarkozy, accusant SUD-Rail d’être responsable de la fermeture de la gare Saint- Lazare, vous a traité de syndicat « irresponsable ». Le prenez-vous comme un compliment ?
On serait tenté de s’en foutre, l’avis de Nicolas Sarkozy nous intéressant assez peu. Mais dans le fond, cela pose un vrai problème. Ce type d’interpellation peut représenter un vrai danger, pas seulement pour SUD-Rail et Solidaires, mais pour tous les syndicalistes… Enfin, ceux qui pensent que le syndicalisme sert à mener des luttes sociales… Étant donné le contexte de répression qui existe par ailleurs, la symbolique est forte. Dans le sillage de Sarkozy, le député UMP Frédéric Lefebvre a lancé l’idée de rendre pénalement responsables les syndicalistes et de sanctionner ceux qui « abusent du droit de grève [1] » ! Cela s’est déjà fait aux États-Unis et en Grande-Bretagne pour broyer les syndicats.

SUD-Rail et une association d’usagers proposent la légalisation de la grève de la gratuité. C’est pour mettre les grincheux de votre côté ?
À l’occasion de ce bordel médiatique, nous avons relancé le projet, mis en avant il y a deux ou trois ans avec la Fédération des usagers des transports et des services publics (FUTSP). La « grève de la pince »–ou grève de la gratuité– a déjà eu lieu : les trains roulaient sans que les agents SNCF ne contrôlent les passagers. Mais ce type d’action est illégal et ceux qui l’ont mené ont subi des sanctions administratives. Nous proposons donc de légaliser ce type de grève qui ne pénalise pas les usagers. Attention, cela ne veut pas dire que nous ne ferions que ça et que nous abandonnerions la grève « traditionnelle  » ! De toute façon, cette proposition n’est reprise ni par la direction ni par le gouvernement. C’est bien la preuve que leur véritable objectif, quand ils légifèrent sur le service minimum, n’est pas d’améliorer les conditions de voyage des usagers,mais bien de casser le droit de grève.

On accuse SUD-Rail d’être particulièrement combatif en ce moment, en vue des élections professionnelles du 26 mars prochain…
Si la proximité des élections rendait les syndicats plus combatifs, ça se saurait ! Plus sérieusement : le souci de nos collègues de Saint-Lazare, quand la grève a été lancée à la mi-novembre, c’étaient les modifications des roulements. Pas les élections du 26 mars…

À l’occasion de cette grève, vous avez été présents dans les médias. Ne craignez-vous pas d’y incarner le vilain petit anar sans avoir réellement la possibilité de vous expliquer ?
Délibérément, nous n’allons pas dans toutes les émissions. Nous refusons celles qui mêlent variétés et information. Mais nous avons fait le choix d’apparaître médiatiquement pour répondre à la stigmatisation de SUD-Rail. Nous avions des explications à fournir. Tactiquement, nous pensons qu’il est préférable d’occuper ce terrain. Décliner toutes les invitations aurait été utilisé contre les grévistes. Mais nous y allons en sachant que, le plus souvent, nous serons en situation d’accusé. Le souci, c’est que ce n’est pas notre boulot de passer à une émission comme « Mots croisés » d’Yves Calvi. Nous ne sommes pas à égalité avec ceux dont la communication est le métier ! Mais nous ne faisons pas semblant, et nous assumons nos positions. Quand Jean-Michel Apathie, sur RTL, demande si nous nous excusons auprès des usagers, comme l’a fait le PDG de la SNCF Guillaume Pépy, nous répondons que nous ne sommes pas venus faire des excuses, mais expliquer notre mouvement.

Article publié dans CQFD N°64, février 2009.


[1] Le 4 février, la SNCF, qui avait assigné en référé treize conducteurs de Nice pour « exercice abusif du droit de grève », a été déboutée.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |