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CQFD N°064


CHRONIQUE DE GUERRE

DE BRUXELLES… À VINCENNES

Mis à jour le :18 février 2009. Auteur : caroline Cazaux, Gilles Lucas, Sébastien Dubost.


DE BRUXELLES…
Bruxelles, samedi 31 janvier, gare du Midi. Entre les tours vitrées et les snacks turcs, chiens de faïence de la réhabilitation urbaine, un bus attend, affrété par les comités bruxellois et liégeois de soutien aux inculpés de Tarnac. On s’installe. Les plus déconneurs au fond, comme de juste. Les heures de route jusqu’à Paris sont mises à profit pour organiser le groupe et éviter les infiltrations de « civils ». Lieu de ralliement en cas de dispersion chaotique, numéro à appeler en cas d’arrestation. On essaie les masques découpés dans des assiettes en carton. La manif est autorisée,mais tout le monde s’attend à une ambiance tendue. À l’arrivée, confirmation : la maison poulaga a mis le paquet. Tout l’attirail est de sortie : canons à eau, grilles, véhicules blindés. Bonne surprise, aussi : une foule compacte est au rendez-vous. Des quidams de tous âges avec pancartes et calicots moqueurs. Quelques élus en écharpe, beaucoup de jeunes en foulard. Des fanfares et des clowns. Les gros médias sont absents. Faudrait voir à pas faire trop de pub à cette manif de gens pas cornaqués par les « partenaires sociaux ». Spontanéité anonyme et multiple, mélange d’enthousiasme braillard et de tension sourde. Sous les masques siglés « terroriste », on s’époumone contre la criminalisation des pratiques et le contrôle de la société. Arrivés à proximité de la Santé [1], l’inquiétante « sécurité » est pléthorique. Place à la pyrotechnie : fusées et fumigènes pleuvent sur la bleusaille, dont la laisse semble tenue courte. Le camion sono arrive et chacun espère que le tumulte résonne dans les murs de la taule. Dispersion piégée place Denfert-Rochereau : la place est bloquée. Dans le métro, c’est la chasse aux manifestants.

… À VINCENNES
Dans la manif, un tract a rappelé la situation de sept étrangers incarcérés à Fresnes et Fleury suite à l’incendie du centre de rétention de Vincennes, le 21 juin 2008. Elles sont poursuivies pour « destruction de biens par l’effet d’incendie et violence à agent de la force publique avec une incapacité totale de moins de huit jours en réunion ».Un appel est lancé pour « l’arrêt des poursuites, la fermeture des centres de rétention et la liberté de circulation et d’installation ! » [2] À 18 heures : on se retrouve donc à la station RER de Denfert-Rochereau. Sur les quais, à chaque arrêt, des flics, des « civils », parfois des militaires… Sommes-nous si dangereux ? Arrivés à Joinville-le- Pont, encore de la flicaille. Une seule sortie est accessible, une vieille dame s’énerve. Un groupe est déjà dehors. « Ils ont même bouclé l’autoroute ! » Pourtant, le préavis a été déposé en préfecture. Mais une pensée a dû venir aux flics : contrôlons ! Une pensée ? Non, un ordre. Nous sommes trois cents, plus une fanfare. Un hélicoptère nous suit jusqu’à l’hippodrome. Là, on aurait dû tourner à gauche, mais l’accès est bouché par des barrières et un camion qui nous éblouit avec son spot. « Mur par mur, pierre par pierre, nous détruirons tous les centres de rétention… » On fait du bruit en tapant sur les barrières, ça plait pas aux robocops, qui nous repoussent. Les détenus sont sortis dans la cour et nous répondent.
Un feu est allumé pour nous réchauffer. Quelques projectiles sont lancés sur les CRS au cri de « Pétain, reviens, t’as oublié tes chiens ». Première lacrymo. Deuxième déploiement-éclair, quatre personnes interpellées. Retour au RER. On va au commissariat du XIIe. Des flics, encore des flics. Une soirée à thème ? Je rentre, fiévreuse.

Article publié dans CQFD N°64, février 2009.


[1] Où est toujours incarcéré Julien Coupat, le dangereux terroriste.

[2] liberte-sans-retenue@riseup.net et caisse de soutien à destination des inculpés : chèques à l’ordre de « CICP Vincennes », 21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris.





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