ardi 17 février, Hamid Belkhir, compagnon
d’Emmaüs à La Pointe-Rouge (Marseille), est interpellé
alors qu’il circule à vélo. Sans papiers, il est
interné en centre de rétention. Le lendemain,
Kamel Fassatoui, responsable de l’accueil à la communauté,
est convoqué à la police aux frontières.
Placé en garde à vue, il est obligé d’accompagner
quatre agents pour une perquisition durant
laquelle seront photocopiés tous les dossiers de
compagnons ayant des patronymes à consonance
métèque (« hors Schengen », disent les fonctionnaires
bien élevés). Une procédure est engagée
contre Kamel pour aide au séjour irrégulier et,une
semaine plus tard, faute de mobilisation énergique,
Hamid est expulsé vers Oran.
Jeudi 5 mars, conférence de presse au siège régional
d’Emmaüs : on y annonce la création d’un « collectif
associatif pour le droit à l’accueil inconditionnel ».
On fustige la politique des quotas et la traque des
« aidants » (4800 interpellations en2008 et la barre
est fixée à 5000 pour 2009 –voir la rubrique « performance
» [sic] sur sénat.fr). On y révèle aussi
qu’Emmaüs France a été reçu par Éric Besson, nouveau
ministre de l’Immigration, et que celui-ci a
promis que les lieux d’accueil ne seraient plus harcelés.
Mieux : il aurait dit que les arrestations de
sans-papiers dans les bureaux des préfectures,
c’était du passé. À ces interlocuteurs agréablement
surpris, Besson aurait toutefois précisé qu’il « ne
[souhaitait] pas communiquer là-dessus »… La nouvelle
association bataillera donc pour que l’accueil
inconditionnel soit protégé par la loi. Un vœu pieu ?
« Une stratégie de lutte ouverte aurait été plus efficace. »
Ils doivent bien rire, au gouvernement, eux qui
manient le double langage et les symboles avec un
cynisme assumé (voir le sommet européen de l’immigration
célébré à… Vichy). Mais tout le monde
n’est pas dupe. Joint par CQFD, Gérard Durand, président
d’Emmaüs Montpellier, rappelle que sa
communauté est « totalement solidaire de Pointe-
Rouge » dans cette épreuve, mais il souligne aussi
qu’ « une stratégie de lutte ouverte aurait été plus
efficace », en référence à l’action menée en août dernier
pour un autre sans-papiers interpellé chez eux.
Plus de soixante compagnons et bénévoles, soutenus
par des amis de Bordeaux, avaient bloqué les
standards téléphoniques de la préfecture ainsi que
deux rues menant au commissariat. « Nous avons
mené une mobilisation offensive rapide, sans tractations,
avec d’autres associations (la Cimade, la
Coordination des sans-papiers, la CNT…), réclamant
une libération immédiate et sans conditions. Des
habitants du quartier se sont même joints à nous.
Sollicitée, la presse écrite et audiovisuelle était présente
pour relayer l’info en direct. À midi, ce compagnon
était relâché sous les vivats et sa sécurité
renforcée. Depuis, un avocat a pris le relais et son
dossier est en cours de régularisation. »
Montpellier, et d’autres groupes comme Bordeaux
et Pau, ne comprennent plus l’ambivalence qu’entretient
EmmaüsFrance envers son ancien président,
Martin Hirsch, dont l’entrée au gouvernement
avait déjà provoqué un tollé. La mise en place du
RSA, le Grenelle de l’insertion et le manque de courage
de Hirsch face à une politique clairement antisociale
créent des ruptures de plus en plus visibles.
Ces communautés demandent la radiation de
Hirsch, toujours bénévole à Longjumeaux. Comme
l’écrit sur son blog Pascal Lafargue, président
d’Emmaüs Gironde : « Martin Hirsch est membre
d’un gouvernement qui envoie sa police arrêter des
compagnons, ceux-là mêmes qu’il est censé protéger
en étant membre d’Emmaüs. » Cherchez l’erreur.
Article publié dans CQFD n°65, mars 2009.