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CQFD N°065


LES SOIXANTE ANS DE L’ALLIANCE ATLANTIQUE

L’OTAN EN IMPORTE… DES ARMES

Mis à jour le :16 mars 2009. Auteur : François Maliet.

Nicolas Sarkozy décide unilatéralement de réintégrer la France au sein du commandement militaire intégré ? Pas de quoi fouetter un Afghan. Mais les industriels de l’armement tricolores, eux, espèrent bien y glaner quelques contrats supplémentaires.

OULA, V’LA LE FOUTOIR : le Modem y voit une méchante « défaite pour la France » ; le PS, énervé, exige un débat parlementaire ; et certains membres de l’UMP sont à ce point furibards que François Fillon met dans la balance la responsabilité de son gouvernement. Mais qu’est-ce qui peut bien provoquer un tel charivari ? Rien de plus que l’annonce par Nicolas Sarkozy, lors des cérémonies du soixantième anniversaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan), les 3 et 4 avril prochains à Strasbourg, de la réintégration de la France dans le commandement militaire intégré de l’Alliance. My god ! Heu… Quel toupet ! Remettre en cause une décision prise en 1966 par De Gaulle himself, pardon, lui-même, c’est un crime de lèsegénéral caractérisé ! À ceci près que la France n’a jamais abandonné sa carte de membre de l’Otan, et n’a pas rechigné à bombarder généreusement le Kosovo en 1999 ni, plus récemment, à embourber gaiement ses pioupious au col d’Uzbeen. En toute souveraineté.

Heureusement que, au milieu de tous ces grognements, quelques voix s’élèvent pour accueillir chaudement la décision du riquiqui Sarkozy. Début février, Louis Gallois, le président exécutif d’EADS, cachait difficilement sa joie : « En France, il y a tout de même quarante ans qu’on ne participe plus à des programmes d’équipements Otan ou qu’on n’y participe que très marginalement. » Mais cette triste époque est révolue et « il va falloir s’adapter à ce nouveau contexte » en raflant de nouveaux marchés. Et puis les grands systèmes d’armement français devront être adaptés aux normes atlantiques : « Ils l’étaient déjà partiellement, ils vont l’être de manière beaucoup plus forte », espère le taulier du fleuron de l’industrie de guerre européenne.

Il peut espérer sur ses deux oreilles, car l’Alliance est une excellente prescriptrice en matière d’armement. Son principal argument, l’interopérabilité, est imparable : par souci d’efficacité, les armées des pays membres doivent posséder du matos compatible. « Les niveaux de dépense des pays pour la défense ne sont pas toujours à la hauteur des besoins réels des opérations de l’Alliance », pleurniche Peter C.W. Flory, le président de la CDNA [1]. Pourtant, les dernières recrues, anciens satellites de l’ex-URSS ou États fraîchement créés, ont craché au barillet sans renâcler. Selon un rapport du Grip [2], la Pologne, entrée dans l’Otan en 1999, a fait exploser ses dépenses militaires de 37 % entre 1998 et 2007. À titre de comparaison, l’Hexagone se contente d’un petit 6,4%. Si on se cantonne au matériel de guerre, Varsovie importait pour 3 millions de dollars d’armement en 98 et affiche une douloureuse de 985 millions dix ans plus tard. Une augmentation qui a surtout profité à l’industrie de guerre états-unienne, qui s’est taillé la part du lion avec près de 60% des sommes dépensées. « Les plus fortes hausses concernent l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, dont les dépenses militaires ont subi une augmentation respectivement de 284,3%, 594% et 117,5% depuis 1998, précise le rapport. Ces hausses s’expliquent par l’ampleur et la rapidité des programmes de modernisation vers les standards occidentaux. » Les trois États baltes ont adhéré à l’Otan en2004…

La France n’a, bien évidemment, pas le même retard technologique que ces pays, et Gallois ne peut donc rêver à une embellie de 600%. Mais, à la lumière des politiques de défense menées à l’Est, il est clair que le retour de Paris au sein du commandement intégré n’est pas synonyme de désarmement unilatéral !

Article publié dans CQFD n°65, mars 2009.


[1] Conférence des directeurs nationaux des armements de l’Otan.

[2] Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité. Dépenses militaires, production et transferts d’armes – Compendium 2009, Luc Mampaey.





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