Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°005
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°005



SALARIÉS EN DÉFORMATION CONTINUE

Mis à jour le :15 octobre 2003. Auteur : Frédéric Neyrat.


« Un accord historique »… Du gouvernement aux confédérations syndicales, du Medef aux médias, un même chant de gloire résonne sur toutes les glottes depuis la signature, par les « partenaires sociaux » (l’expression n’a jamais été aussi appropriée), de l’accord national du 20 septembre 2003 sur la formation professionnelle continue. On est loin de l’agitation sociale du printemps dernier. Loin aussi de la rentrée chaude promise alors par les syndicats. L’heure est au « compromis » avec la toute puissante monarchie patronale. Même la CGT a fait patte blanche, au grand bonheur de la CFDT de François Chérèque, qui a félicité son rival par un « bienvenue au club de ceux qui négocient ». La signature effectivement « historique » de la CGT - qui n’avait pas approuvé un accord d’une telle ampleur depuis trente ans - est présentée par ses responsables comme une « signature lucide, dynamique et offensive », et même, vu que les adjectifs ne coûtent pas cher, « exigeante ». Par delà le « chemin parcouru depuis le début de la négociation » (dixit la CGT), le compromis signé apparaît pourtant comme une franche régression sociale. Certes, la contribution obligatoire des entreprises au financement de la formation continue passe royalement de 1,5 % à 1,6 % de la masse salariale (contre 1,55 % avant la nuit du 19 septembre !). Mais l’élargissement de la notion d’action de formation donnera aux entreprises des moyens supplémentaires de s’y soustraire, en « imputant » sur leur contribution le tutorat et l’ingénierie pédagogique.

Une régression « dynamique, offensive et exigente »

Plus historique encore est l’innovation du « droit individuel à la formation » (DIF), un « début de construction d’un droit appartenant à la personne du salarié », selon les bonnes fées de la CGT. Or le DIF résume à lui seul toute l’inspiration néo-libérale du texte : conçu comme une obligation pour le salarié, appelé à sauvegarder son employabilité, ce droit est « individuel » surtout pour l’employeur. C’est lui qui décidera avec le salarié de la formation que celui-ci devra suivre. La durée annuelle prévue (vingt petites heures par an, certes cumulables) donne déjà une idée de ce que sera le contenu de la formation, et au bénéfice de qui elle sera tricotée. Mais il y a pire : en signant ce texte, les syndicats avalisent deux régressions sociales majeures, qui auront des répercussions bien au-delà du champ dans lequel elles s’inscrivent. Les salariés vont en effet devoir payer de leur poche une partie de leur formation continue, même lorsqu’elle profite à l’employeur. Motif : les actions s’inscrivant dans le DIF (mais aussi d’autres actions de formation) pourront être (et seront en pratique) réalisées hors du temps de travail. Le co-investissement, réclamé depuis si longtemps par les libéraux, devient donc la nouvelle coqueluche des grands syndicats. Pour faire passer la pilule, ces-derniers invoquent ce qui peut apparaître comme une concession du patronat, mais qui constitue en réalité une autre régression en termes de droit du travail : pour les actions de formation réalisées hors temps de travail, les salariés obtiendront une « allocation » représentant 50 % de leur rémunération. Une allocation, et non plus un salaire. Mais quelles couleuvres n’avalerait-on pas pour rentrer au « club de ceux qui négocient » ?

Publié dans CQFD n°5, octobre 2003






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |