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CQFD N°065


YES, WE COULD

FUGUEURS DE GUERRE

Mis à jour le :16 mars 2009. Auteur : Georges Broussaille.

Malgré les espoirs qu’elle a fait naître, l’ère Obama n’a pas rasséréner ceux qui ont préféré s’exiler plutôt que d’aller tuer et se faire tuer en terres lointaines pour les beaux yeux de Bush, Halliburton et ExxonMobil. Dernières péripéties d’un combat de braves.

’ÉLECTION D’OBAMA a provoqué une euphorie passagère bien compréhensible après la longue dépression bushienne. Mais après les flonflons du bal, les enthousiastes qui rêvaient d’une rupture radicale avec les guerres de l’ancien taulier se réveillent avec la gueule de bois. Si Obama retire des troupes d’Irak, c’est pour les envoyer en Afghanistan. Bref, il s’extirpe d’un bourbier pour mieux s’enfoncer dans l’autre. La croisade contre le terrorisme ne s’amuse plus, mais elle continue à ferrailler. Robin Long était un de ces enthousiastes. Emprisonné pour désertion, il prenait la plume deux jours après la victoire d’Obama pour lui soumettre son cas et solliciter une amnistie, ou au moins une réduction de peine. Il terminait sa bafouille en exprimant un fol espoir : « Je sens venir un réel changement. Vous êtes l’éclaircie après la tempête. » Il attend toujours la réponse au fond de sa cellule. Pour les déserteurs, parka et parapluie restent de rigueur : un démocrate ne fait pas le printemps.

Ceux qui se planquent aux States restent donc à la merci d’une délation ou d’un contrôle routier. Ils sont des milliers dans la nature. Le Pentagone avoue 4600 désertions pour la seule année 2007. Mais ils ne font pas la une des médias, quand on parle d’eux c’est le plus souvent à la rubrique faits divers de la presse locale. Voici un cas parmi d’autres : le 2 mars, sur une route de Caroline du Nord, des flics arrêtent une Mercury Grand Marquis en infraction. Ils constatent qu’un passager, Robert Leassears, est recherché par la marine pour désertion. Le pauvre gars se retrouve illico à la prison du comté en attendant d’être remis à la justice militaire. On n’en saura pas plus. Rares sont les réfractaires qui parviennent à faire passer leur message auprès du grand public. Les plus emblématiques d’entre eux sont le sergent Carlos Mejía, qui a rompu les rangs fin 2003 après six mois en Irak, et le lieutenant Ehren Watada, qui a refusé d’y aller en juin2006.

Une minorité de déserteurs préfère foutre le camp à l’étranger,mais ils restent à la merci de gouvernements peu enclins à se fâcher avec l’Oncle Sam. Le Canada voisin est une destination naturelle, d’autant que,lors de la guerre du Vietnam, le pays des caribous a accueilli 90000 soldats yankees en cavale.Aujourd’hui,c’est plus modeste:on estime leur nombre à 250. Il faut dire que le Premier ministre de l’époque, Pierre Trudeau, était du genre coulant, tandis que l’actuel, le très droitier Stephen Harper, est du style peau de vache. Pourtant, l’opinion publique n’a pas changé, elle est massivement favorable à ce qu’on donne aux réfractaires d’aujourd’hui ce que l’on accordait à ceux du Vietnam. Sous la pression populaire, le 3 juin 2008, le Parlement a voté une résolution dans ce sens. Mais rien n’y fait, le Harper fouettard s’acharne. Le 16 juillet 2008, Robin Long et Daniel Sandate sont livrés aux sbires de Bush. Le premier écope de quinze mois de prison militaire, le second de huit. En août dernier, c’est Jeremy Hinzman qui reçoit un avis d’expulsion. Déserteur exilé au Canada depuis décembre2003, son long combat pour obtenir le statut de réfugié en a fait un symbole à abattre. Il fait appel et, en septembre, est épargné in extremis, gagnant un sursis de quelques mois. Ainsi va le bras de fer avec le gouvernement conservateur : une expulsion pour les moins chanceux, un sursis précaire pour les autres. Les derniers à avoir tiré un mauvais numéro à la loterie judiciaire sont Chris Teske et Cliff Cornel, expulsés respectivement le 23 janvier et le 4 février 2009.

Le fruit de l’acharnement gouvernemental tient à la fois de la figue et du raisin. Si parfois, découragés, certains préfèrent rentrer aux USA malgré les risques, le flux de ceux qui viennent chercher refuge au Canada ne s’est toujours pas tari. À croire que de facétieux dieux d’une Olympe moderne infligent à Harper une variante du supplice des Danaïdes : vider un tonneau qui va continuer à se remplir tant que le nouveau maître de Washington suivra les traces de son prédécesseur.

Article publié dans CQFD n°65, mars 2009.






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