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CQFD N°065


MÉDIAS

PROCÈS AZF, L’AVOCAT DE LA MAIRIE DE TOULOUSE MIS À NU

Mis à jour le :16 mars 2009. Auteur : Nicolas Séné.

10h17, le 21 septembre 2001, Toulouse prend un air de Manhattan-sur-Garonne. Une gigantesque explosion vient de souffler l’usine chimique AZF, appartenant au groupe Total, et laisse 31 morts sur le carreau. CQFD sur la ligne de départ du marathon médiatique et judiciaire.

LE MÉGA-PROCÈS D’AZF s’est ouvert le 23 février dernier dans la salle municipale Jean-Mermoz apprêtée pour l’occasion, avec écrans géants et sonorisation spéciale. 2 302 parties civiles, 1 103 témoins entendus, 250 journalistes accrédités représentant 75 médias, un enregistrement vidéo des débats par l’INA « pour la mémoire » et un coût global qui avoisine les 8 millions d’euros,voilà de quoi faire saliver plus d’un arriviste en mal de notoriété. Et il semble bien que c’est la mairie de Toulouse qui affichera un visage de vainqueur en la personne de son défenseur, maître Christophe Leguevaques.

« Il a les dents qui rayent le parquet », confie un journaliste habitué des affaires judiciaires de la Ville rose. Tout est dit et se confirme à la barre dès le deuxième jour de procès. Le juge Le Monnyer constate effectivement que 52 plaignants se retrouvent sans avocat. Ces victimes étaient pourtant représentées par Christophe Leguevaques pendant toute l’instruction. L’une d’entre elles explique ainsi à la barre : « J’ai été informée seulement vendredi 20 février à 20 heures que je ne serais plus représentée » [par le bavard en question, ndrl]. Munie d’une carte de presse, la victime aurait pourtant eu la possibilité d’être avertie dès le 18 février et d’admirer Christophe Leguevaques paradant fièrement aux côtés du maire PS, Pierre Cohen, pour annoncer qu’il s’occupait désormais des affaires de la municipalité dans ce dossier. Sa nomination n’a été une surprise pour personne car le bougre briguait la place de numéro un de la liste socialiste aux dernières élections municipales, avant d’être finalement écarté par les militants.En guise de lot de consolation, il empochera donc 75000 euros d’honoraires gentiment attribués par ses camarades du parti. C’est tout de même mieux que les 192 euros d’indemnité forfaitaire pour chaque victime, qu’il aurait dû accepter s’il avait continué à défendre les 52 plaignants, en tant que commis d’office. Une somme dérisoire dont il s’était largement plaint lors d’une rencontre publique avec Edwy Plenel.

Maître Leguevaques s’est élevé très haut dans l’art du hors-sujet. À la barre, il explique – sans robe ! – au tribunal qu’il ne peut plus représenter les 52 victimes au nom du « conflit d’intérêts ». Moins de 10000 euros face à 75000, les intérêts sont en effet fort divergents. Si le juge a la décence de ne pas accabler l’opportun pour sa tenue, ses collègues ne l’épargneront pas. « Je regrette qu’il se présente devant le tribunal sans robe ! », s’emporte le bâtonnier François Axisa. Jean Veil, l’avocat de Total, boit du petit-lait dans sa réquisition : « Je voudrais dire ma sympathie personnelle aux victimes. Elles ont été trahies par un avocat qui les a laissées sur les marches du palais », amorce-t-il. Avant d’attaquer : « Je comprends qu’on peut faire passer en premier les médias mais ce n’est pas notre rôle. Ajouter à cela le fait qu’on veut faire de la politique. S’il veut être un jour aux Guignols de l’Info, il le sera. » Puis, il achève la bête : « Il a voulu qu’il y ait les caméras, ses enfants sauront donc ce qu’on pense de lui pour l’éternité. » Mais on peut penser qu’avec 75000 euros, maître Leguevaques va avoir de quoi s’acheter une belle robe noire doublée à l’or fin,histoire de briller devant cette pléiade d’objectifs en tous genres.

Article publié dans CQFD n°65, mars 2009.






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