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CQFD N°065


FO PAS MOLI !

MAI 67, DU POIDS DE L’HISTOIRE

Mis à jour le :16 mars 2009. Auteur : Frédéric Gircour.


EN 1967, la tension sociale monte en Guadeloupe. En mars, des échauffourées éclatent à Basse-Terre après qu’un commerçant (blanc) a lâché son chien sur un cordonnier infirme dont il ne supportait plus la présence devant son enseigne. Ce même commerçant avait renvoyé deux employés pour avoir discuté son ordre d’abandonner le client (noir) qu’ils étaient en train de servir pour s’occuper de clients (blancs) arrivés après lui… Peu après, une grève éclate dans le bâtiment, pour 2 % d’augmentation. Les négociations échouent et une phrase prêtée à Brizzard, le patron des patrons, met le feu aux poudres : « Lè neg ké mò faim, yo ké wouprann travay » (« Quand les Nègres auront faim, ils reprendront le travail »). Excédés par tant de mépris, des manifestants s’emparent de conques laissées par les pêcheurs sur la darse et les lancent contre les CRS. Le commissaire Canalès donne alors l’ordre de faire feu : Jacques Nestor, syndicaliste indépendantiste, s’écroule. Une véritable chasse à l’homme s’en suit, qui fera officiellement 87 morts et des centaines de blessés et de détenus. Les manifestants pillent deux armureries et bientôt des cartouches de chasse répondent aux balles, mais le rapport de force est inégal.

On aurait pu penser que pareil carnage conduirait les responsables, ou au moins les exécuteurs, devant la justice. Il n’en a rien été. Au contraire, des rafles furent lancées contre les militants indépendantistes et 18 d’entre eux furent déférés devant la cour de sûreté de l’État, accusés d’atteinte à l’intégrité du territoire. Aimé Césaire, venu témoigner à la barre, aura cette formule demeurée célèbre : « Nous ne sommes pas des Français à part entière, mais des Français entièrement à part. »

Ces événements survenaient en pleine guerre froide et alors que la France venait de perdre ses principales colonies. En 2009, l’indépendance n’est pas à l’ordre du jour. Cependant, comme en 1967, l’action du LKP a mis à nu des structures héritées du système colonial et la persistance d’inégalités raciales. Comme en 67, des affrontements ont eu lieu entre les jeunes et la police et un syndicaliste est tombé, ironie de l’histoire, au pied de l’appartement où Jacques Nestor avait grandi. Samedi 7 mars, le procureur a ouvert une enquête judiciaire à l’encontre d’Élie Domota, principal porte-parole du mouvement, pour incitation à la haine raciale… Domota a demandé à ce que le procès soit télévisé.

Article publié dans CQFD n°65, mars 2009.






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