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CQFD N°065


DOCU SONORE

QUAI DE LA GARE

Mis à jour le :16 mars 2009. Auteur : Anatole Istria.

Paris, XIIIe arrondissement. Un micro se balade autour du Quai de la Gare et assiste à la démolition annoncée de cette dernière enclave populaire avalée dans un processus de gentrification.

ANS CE QUI SUBSISTE ENCORE de cet « îlot d’humanité », pris en étau entre les quais de Seine, la gare d’Austerlitz, la grande bibliothèque François-Mitterrand et un quartier d’affaires en béton, verre et acier, on va anonymement à la rencontre d’employés de bureau et d’habitants, de squatteurs expulsés et de locataires en voie d’être relégués en lointaine banlieue, observant le ballet des grues et des Caterpillar.


Un jour on démolira
ces beaux immeubles si modernes
On en cassera les carreaux
de plexiglas ou d’ultravitre
On démontera les fourneaux
construits à Polytechnique
On sectionnera les antennes
collectives de télévision
On dévissera les ascenseurs
On broiera les choffoses
On pulvérisera les frigidons
Quand ces immeubles vieilliront
du poids infini de la tristesse des choses.

Raymond Queneau
Courir les rues, 1967

Jadis, l’activité du tri postal de la Sernam donnait, de jour comme de nuit, le pouls de la vie sociale du quartier. Mais le centre de tri ferme au début des années 90 et avec lui, les cafés et les commerces de proximité : le quartier devient « sinistre ». Puis, à la faveur de l’ouverture de la bibliothèque François-Mitterrand fin 1996, de l’autre côté du boulevard Vincent-Auriol, s’implantent également des boutiques de marque, des grandes enseignes et des bars pour cadres branchés. Le pâté de maison, peuplé d’ouvriers et de cheminots, assiste impuissant au changement de population et à l’édification d’immeubles de bureau (Manpower, Orange, Caisse d’épargne, etc.). Le tout est planifié par la Semapa (Société d’économie mixte d’aménagement de Paris) dans le cadre du projet « Paris Rive-gauche  » qui entend accueillir « les sièges sociaux des entreprises internationales, [afin de donner] de nouveaux atouts à Paris dans la compétition des métropoles européennes ». Et « les petites gens sont zappés », se résigne un habitant.

Le cours tranquille de cette « modernisation » à marche forcée sera à peine ébranlé par une tragédie. Dans la nuit du 25 au 26 août 2005, l’incendie de l’immeuble du 20, boulevard Vincent- Auriol fait 17 morts dont 14 enfants. L’immeuble est habité principalement par des familles maliennes. Loin de déclencher un mouvement d’indignation dans le quartier et dans la société, ce traumatisme va donner le la à la politique de chasse aux sanspapiers. Devant les cadavres – encore fumants trente minutes auparavant –, Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, déclare face caméra avoir « assisté à un spectacle horrible ». Puis, sans que l’on puisse relever le moindre signe de compassion dans son discours, il diagnostique dans la foulée les raisons du drame : « Le problème, c’est que tout un tas de gens, qui n’ont pas de papiers pour certains, s’amassent à Paris, et qu’il n’y a pas de conditions pour les loger. » Qu’importe si, en l’occurrence, les familles maliennes du boulevard Vincent-Auriol étaient toutes en règle et payaient un loyer astronomique à un gestionnaire immobilier, succursale d’Emmaüs chargé de rénover la bâtisse. De plus, les habitants avaient été logés là temporairement, suite à la lutte de ces 300 Africains qui avaient campé en 1992 sur l’esplanade de Vincennes dans l’attente d’un logement décent. Qu’importe, donc, pour l’ambitieux nabot, il fallait que les victimes deviennent responsables de leur propre drame afin de justifier sa politique de reconduite à la frontière, de traque au faciès, de rafles dans les foyers africains et d’expulsion des squats et des mal-logés.
Ce tour de passe-passe de l’émotionnel à « l’exploitation politicienne immédiate » se fit dans un contexte où d’autres immeubles logeant des Africains partaient en fumée à Paris et donna lieu à une série d’expulsions « pour la sécurité des habitants. » Quant à l’enquête sur les causes criminelles de l’incendie, « elle n’aboutira jamais », pronostique une habitante. L’immeuble mitoyen, 19, rue de Belièvre, squatté depuis janvier 2004, est expulsé au mois de mai 2007. Les démolitions du 20, boulevard Vincent-Auriol et du squat mitoyen achevées, le projet « Paris Rive-gauche » a enfin les coudées franches pour imposer son univers d’urbaniste aseptisé.

Pour télécharger le documentaire :
http://internetdown.org/videosetsons/
Le fichier compressé, directement par ici :
http://internetdown.org/videosetsons/quaidelagare.zip
Contacts :
lames-de-sons[@]no-log.org
artegia[@]gmail.com
Voir aussi :
http://anarsonore.free.fr

Article publié dans CQFD n°65, mars 2009.






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