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CQFD N°065


MA CABANE PAS AU CANADA

YOURTES AMÈRES

Mis à jour le :16 mars 2009. Auteur : Christophe Goby.

À Bussière-Boffy, en Haute-Vienne, le maire fait tout pour virer une quinzaine de familles qui ont choisi de vivre dans des yourtes, roulottes et autres cabanes. Il est allé jusqu’à obtenir la fermeture prochaine de son école ! Mais les indésirables s’accrochent…

Des riverains évoquent leur « calvaire » de côtoyer quotidiennement de tels individus, d’autres s’effrayent de leur oisiveté  : « On se demande ce qu’ils font de leur journée et de quel pognon ils vivent. » Dans cette bourgade de 332 âmes du Pays marchois, ces habitants horsnormes, pour certains installés là depuis dix-huit ans,sont stigmatisés par la mairie, arguant qu’ils crèchent « en infraction avec toutes les règles d’urbanisme  ». Jean-Paul Barrière, le premier magistrat, élu en 2007, ne cache pas sa détermination à chasser ceux qui prônent la sobriété volontaire sous leurs tentes mongoles. Sobriété ne signifie pas qu’ils font la chasse aux alcooliques, non :sobriété vis-à-vis de la société de consommation. Précision importante quand on sait qu’Alex Bovet tenait un bar sans alcool au temps où il vivait dans les squats à Genève. Après une vie trépidante – « trop de pression  » –, il s’installe d’abord en roulotte dans ce coin du Limousin avec un slogan en tête : « Pour vivre heureux,vivons cachés ! » Les enfants arrivent, et la famille opte « pour la yourte », un « habitat choisi » plutôt ordinaire chez les nomades d’Asie Centrale, mais moins répandu dans le Massif Central.

Bien que la venue de ces nouveaux habitants ait rempli l’école, le maire s’emporte : « Ils mettent l’enfant au pinacle », mais ne le vaccinent pas, et croient que « l’école est à la carte », ce qui pousse son conseil municipal à refuser l’admission d’un enfant en classe sous prétexte de taxe d’habitation manquante. «  Les gens normaux », comme dit monsieur le maire, ont d’ailleurs expédié leurs enfants à Nouic, une commune voisine. En bon liquidateur, cet ancien ingénieur des mines a obtenu la fermeture de l’école pour la rentrée 2009. Il ajoute : « Une famille est partie trois mois avec ses enfants au Maroc, un autre enfant, qui rentre en sixième,ne sait pas lire. » Marie-Cristine Tanchoux, assistante maternelle, déplore son attitude : « On a la chance d’avoir un renouvellement de la population, ça crée de la vie. » Dommage en effet dans une région où le taux de décès est le plus élevé de France.

Le maire n’en a cure. Quand un de ses administrés,dont seule la boîte à lettres atteste la présence, demande à être inscrit sur les listes électorales, il rétorque qu’il lui manque une facture prouvant sa domiciliation. Comme l’a rappelé la présidente du tribunal devant lequel se sont pourvus quatre habitants, il suffit d’une pièce d’identité pour pouvoir voter…

On les croit également anarchistes, ce qu’ils sont sûrement un tantinet. « Anarchiste », c’est l’effroyable adjectif qualifiant une affiche de l’association Traits d’Union, dont la présidente, une « Indienne », devrait rejoindre son « zoo », comme l’explique le maire. Ce dernier menace Traits d’Union d’être rayée des associations de la commune. Et qu’ont-ils fait ces dangereux poseurs de bombes aux poireaux bio, ces Ravachol montés sur des chevaux de trait ? Le texte de l’affiche invitant à une soirée à Nouic est de type brejnévien : « Voulezvous aider la colombe de la paix à reposer sur la Terre ? » Ensuite, ça se gâte : « Vos idées sont aussi importantes que celles des présidents et des ministres. » In cauda venenum, quinze familles sont menacées d’expulsion faute de vivre sur des terrains viabilisés. En mairie, on n’en démord pas : « C’est toute la population qui est en guerre… » et veut les faire disparaître. Car l’ex-ingénieur des mines entend développer le tourisme vert, incompatible avec des illuminés qui vivent de solaire et d’éoliennes !

Article publié dans CQFD n°65, mars 2009.






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