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CQFD N°066


NUITS CHAUDES À CATERPILLAR

LOFT STORY PATRONAL

Mis à jour le :16 avril 2009. Auteur : Mathias Duteil.

Être au plus près de ses salariés, quoi de plus naturel pour un patron ? Jusqu’à passer, si nécessaire, une ou deux nuits en leur rude compagnie… À Grenoble, les gars de Caterpillar ont tenté l’expérience, vouée à un bel avenir. Court récit d’un long huis clos.

MERCREDI 18 MARS, après avoir refusé de négocier, la direction de Caterpillar-Grenoble lâche les vigiles avec chiens et gaz lacrymogènes. Les salariés montrent alors les dents. La direction décampe et les lieux restent aux mains des ouvriers. Un type, la cinquantaine,expose la stratégie alors choisie : « Là, c’est les bureaux. Si tu tiens ici, ils peuvent rien faire. Alors que si tu occupes les sites de production, les flics te font dégager pour permettre à la direction de remettre tout en marche. »

Mais au fait, que demandent les « Cat » ? Simple : l’annulation du plan social, ou alors un licenciement avec 30 000 euros minimum par gonze, et un trimestre d’indemnités par année travaillée. La direction proposait deux semaines de salaire par an. « Tu comprends, ils nous ont supprimé les primes de week-end, de nuit. Le quart de vin à la cantine, puis maintenant c’est la cantine elle-même qui saute, et le ramassage en bus pour les salariés le matin. On peut pas demander à un gars qui a bossé toute sa vie ici de partir avec 5000 euros. Qu’est-ce qu’il va faire ? » Car la question est dans toutes les têtes : avec la crise, comment trouver un nouveau taf, surtout quand on a, pour certains, plus de trente ans de service ? « On nous raconte qu’y a pas d’argent. Il y a quelque temps, y en a un de la direction qui s’est ramené avec une Porsche Cayenne neuve. Alors, c’est quoi ça ? C’est vraiment prendre les gens pour des cons ! » En 2008, l’entreprise a engrangé 3,54 milliards de dollars de bénéfice.

Mercredi 8 avril, les gueux maintiennent la pression sur les maîtres du haut château. La nuit du 31 mars au 1er avril, ces messieurs l’ont passée enfermés avec – horreur ! – des ouvriers. « On n’est pas des criminels, c’est dur pour nous de faire ça ! », proteste un gars. « Attend, on est des pères de famille, on bosse. Mais comprends : ils se foutent de nous depuis trois semaines ! » Son collègue raconte : « L’un d’eux m’a dit : “laissez-moi sortir, ma fille s’inquiète pour moi”. Je lui ai répondu : “et moi, j’ai quatre ch’tiots à la maison… ” Ces gars-là, ils nous considèrent même pas comme des humains ! Mes quatre gamins, ils comptent pas ? » Après la soirée au pain sec et à l’eau –« façon de parler : on leur a payé le petit déj’ » – la direction a baissé d’un ton et les gars ont poussé l’intersyndicale à poser ses conditions : une avancée par jour sinon le site est à nouveau bloqué. Deux jours de grève ont été payés. « C’est pas ce qu’on demandait, mais tant mieux. » Aujourd’hui, ils sont fiers de la parole retrouvée. Tout se décide en assemblée. Et ça gueule ! Et ça discute ferme ! Contraints de ne plus bloquer le site, les ouvriers organisent des actions tous les jours. Ici, la solidarité, on essaye de la forger. Comme à propos de cette boîte de sous-traitance dont les quarante salariés seront licenciés d’ici fin avril. « Faut qu’ils viennent avec nous. C’est à Cater de payer pour eux. » Des comités d’entreprise d’autres boîtes filent de la thune pour croûter le midi tous ensemble. Et quand les délégués viennent rendre compte des derniers résultats des « négos », tout le monde rapplique. La proposition de la direction de lâcher 50 millions d’euros pour 600licenciements au lieu des 733 prévus fait hurler l’assemblée. Le compte n’y est pas : un gars qui aurait six mois d’ancienneté toucherait à peine 2 000 euros de moins qu’un type avec dix ans de boîte… Et quand, ce 8 avril, le Naboléon propose aux Cat de les recevoir en son palais élyséen, la réponse est non. « Qu’il vienne, lui ! », ont-ils répondu. Certains s’en régalent d’avance.

Article publié dans CQFD n°66, avril 2009.






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