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CQFD N°066


LIVE NATION S’OCCUPE DE TOUT

LE MONOPOLE DE LA JOIE

Mis à jour le :16 avril 2009. Auteur : Antoine Fontana.

« Ogre », « hydre », « pieuvre »… Live Nation est l’objet de tous les fantasmes de la presse musicale. Car dans l’ « événementiel » comme dans la métallurgie, on globalise à tout va. Genèse d’un monopole US en passe d’atterrir chez nous.

ON A VU DÉBARQUER LIVE NATION l’an passé, à Arras, avec le Main Square Festival et Rock en France. La multinationale attaque l’Europe par le Nord, sa tête de pont étant installée à Londres, allié naturel des États-Unis. Car Live Nation nous vient des States et a tout de la World Company tentaculaire. Cotée à Wall Street, elle tente de rafler le marché de A à Z. Car les concerts et les produits dérivés, c’est ça le grisbi aujourd’hui, bien plus que les disques.

Basée en Californie, Live Nation est une excroissance de Clear Channel Communications, un groupe multimédia présent dans 65 pays : 1 400 stations de radio, 38 chaînes de télévision, n° 1 mondial de la publicité extérieure. Née en 2005, elle se présente comme le plus gros producteur de concerts au monde : plus de 22 000 par an, avec 1 600 artistes, dans 33 pays. Elle vend plus de 45 millions de tickets par an. Le but avoué est de contrôler toute la chaîne, des disques aux concerts, en passant par le merchandizing : contrats publicitaires, droits d’auteur, droits d’image, produits dérivés, billetterie, organisation ou rachat de festivals, rachat de salles… La compagnie signe à tour de bras des poids lourds style Madonna, Jay Z, U2, Shakira, Radiohead, etc. Elle vient de franchir cette année un nouveau cap en créant Live Nation Entertainment, issu de sa fusion en cours avec Ticketmaster, leader mondial de la vente de billets de concerts (141 millions en 2007). Une des conséquences, c’est la flambée du prix des artistes et des places. En Europe, le nombre de festivals qu’elle gère à 100 % ou en partie est assez balèze : cinq en Belgique, neuf en Finlande, dix-sept aux Pays-Bas, sept en Suède, dix au Royaume- Uni…

En France [1], Live Nation ferait presque figure de PME avec ses deux festivals à Arras. Sauf que le Main Square aligne entre autres Coldplay, Kanye West, Placebo, Lenny Kravitz, Moby, Franz Ferdinand… 175 euros le pass (plus éventuellement 25 euros de camping), contre 85 pour les Eurockéennes le même week-end. Et notre World Company mélomane ne cache pas ses intentions. Alan Ridgeway, un des big boss, déclarait en 2008 : « L’acquisition du Main Square Festival marque la première étape de la construction d’un réseau de festivals de renommée mondiale en France, qui représente le cinquième plus grand marché dans le monde. » Ça roule des mécaniques, mais il n’y a pour l’instant (apparemment) pas grand-chose de nouveau en France, où le secteur bénéficie de grasses subventions (pour les plus gros en tout cas). Selon Jean-Michel Boinet, le directeur artistique du festival Art Rock, « l’identité culturelle française repose sur le réseau associatif et les collectivités, ainsi nous gérons de l’artistique et non des biens de consommation. Nous n’avons pas une stratégie de gain financier. » Ah, l’exception gauloise !

En Savoie, le festival Musilac a été approché, Live Nation voulait prendre une participation, mais les organisateurs ont préféré décliner. L’année dernière, c’était le cas de Hellfest, un rassemblement pour métalleux-hardcoreux bas du front (on plaisante), contacté par le bureau londonien de la compagnie. Selon l’organisateur, Ben Barbaud, « ils voulaient se rapprocher de nous car ils ne maîtrisent pas cette musique. Ils auraient gardé les grosses locos et blindé les caisses. Il faut revendre 51 % des parts avec eux, ainsi toutes les décisions leur reviennent. D’où la fin des négociations, on ne voulait pas de ça. » Pour lui, « les deux gros (Live Nation et AEG Live) vont tout racheter ou presque et maîtriser toute la chaîne. Les petits festivals ne survivront pas. »

« Nous sommes tous inquiets pour notre indépendance, pour notre programmation, notre existence », renchérit Jean-Michel Boinet. « Live Nation a un pool d’artistes dont il peut disposer et risque de dénaturer les relations entre festivals et tourneurs. » En 2004 a été créé un réseau de festivals européens (Eurock, Art Rock, Vieilles Charrues, Nuits Botaniques en Belgique ou Sziget en Hongrie…), devenu en 2008 la fédération « De Concert ! ». Sa charte regorge de grossièretés à faire s’étrangler un cadre de multinationale  : « démarche solidaire », « échanges », « mutualisation »… Ses membres s’en défendent, mais ça a tout du pacte anti-Live Nation & Co. Mais ne nous voilons pas la face, ni les uns ni les autres ne ressusciteront nos fêtes de quartier et nos guinguettes…

Article publié dans CQFD n°66, avril 2009.


[1] Live Nation France (présidée par l’organisatrice de grosses tournées Jackie Lombard, après le rachat de sa boîte) et Live Nation France Festivals.





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