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CQFD N°066


MA CABANE PAS AU CANADA

PARTAGE DE MIDI

Mis à jour le :16 avril 2009. Auteur : Sébastien Dubost.

À Valenciennes, depuis 1995, l’équipe Midi-Partage accompagne vaille que vaille les laissés-pour-compte d’un dynamisme économique toujours plus bancal. Mais dans le fief de Borloo, où l’on rase gratis, on préfère subventionner les gagnants.

« Valenciennes a bien mérité de la Patrie. » Certes ! Ne doutons pas que la devise municipale soit justifiée. À l’heure actuelle, toutefois, la ville, comme d’autres, se débat comme elle peut. Après s’être enrichie avec la sidérurgie et le textile, reconvertie dans l’automobile, réorientée vers le numérique, la cité du peintre Antoine Watteau et de l’illusionniste Jean-Louis Borloo maintient une certaine apparence. Mais à deux pas des façades pansues du centreville, les estomacs vides abondent. Les diverses vagues de licenciements, plans sociaux et fermetures ont laissé nombre de gens échoués sur les rives de l’Escaut, rejoints, depuis quelques années, par d’autres morts de faim venus de plus à l’Est.

Alors, un soir de Noël, comme dans les contes, quelques compères bien intentionnés s’indignent. À l’heure de croquer la dinde, ces drôles de paroissiens veulent redistribuer le pain. Midi-Partage est né. Café du matin, repas du midi, l’équipe a d’abord paré au plus pressé. Au fil des ans, la précarité devenant culture de masse, l’activité s’est accrue : ouverte 362 jours en 2008, l’association sert entre 120 et 180 repas quotidiens, consciente de son rôle de soupape de sécurité. Pas question pour autant de servir d’auxiliaires de police : « L’accueil est entièrement anonyme  », dit Momo, l’un des soutiers de l’équipage. « On ne demande qu’un prénom, vrai ou faux, pour les stats. » Les services se multiplient (domiciliation postale, rédaction de courriers administratifs) et l’asso devient référente RMi. « C’est un vrai service public », rigole Jacques, capitaine de ce bel esquif.

Las ! La République est bonne fille mais mauvaise mère et les subventions se tarissent. Il en faut plus pour décourager nos partageux. Ils redoublent d’idées : un projet de laverie est à l’étude. « On ne connaît pas la crise », glisse Céline, pince-sans-rire, en veillant au bon déroulement de la distribution du déjeuner. Car les tensions sont parfois vives. « Moi je suis français, alors tu me laisses passer ! », lance un énervé à un gamin roumain, resquilleur et rigolard. Sylvain, souriant, désamorce d’une blague. Un couple bagarreur est pris à part pour faire retomber la tension. On retrouvera les amoureux en train d’éplucher les petites annonces en vue d’un nid hypothétique. Entre médiation familiale et orientation sociale, salariés et bénévoles trouvent le mot juste pour chacun. Jenny, la taulière de la cuisine, n’a que deux jours de « visibilité » pour prévoir ses menus. Elle veille au respect des règles d’hygiène et à l’équité du service. « Ici, on accueille tout le monde et on propose deux menus tous les jours », dit-elle dans un éclat de rire tonitruant.

La plonge est en cours. Des gamins cavalent entre les parties de cartes. Un piano à bretelles souffle une valse tranquille. Quelques doux instants dans un monde brutal…

Midi-Partage va devoir déménager pour la énième fois : cette île sur le fleuve est vouée à devenir un port de plaisance. Sur la rive, une péniche night-club annonce fin des travaux et changement de propriétaire. C’est sûr, les pauvres nuisent à ce mirage de renaissance économique auto-suggérée. C’est sûr, ça serait mieux si tout se passait bien. Cachons la poussière sous le tapis, donnons une image dynamique. Et si la Patrie méritait Midi- Partage ?

Article publié dans CQFD n°66, avril 2009.






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