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Sommaire du N°068
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CQFD N°068


FAUX AMI

MICROCRÉDIT, MACRO-USURIERS

Mis à jour le :15 juin 2009. .


Il est, paraît-il, un secteur qui ne connaît pas la crise. Celui de la microfinance. Aujourd’hui, grâce un prêt minime contracté auprès d’une Institution de microcrédit (IMF),160 millions d’artisans,de paysans peuvent acheter qui une chèvre, qui une barque de pêcheur,qui une machine à coudre et devenir micro-entrepreneur. Difficile d’être hostile à cette pratique qui prétend haut et fort combattre la pauvreté en offrant un accès au crédit et à l’épargne à celles [1] et ceux qui en sont exclus d’ordinaire. Ainsi, Muhamad Yunus, père fondateur du microcrédit et prix Nobel de la Paix 2006, se vante d’avoir aidé sept millions de pauvres dans 78 000 villages du Bangladesh. Sa banque, la GrameenBank (partenaire de Danone) fait du profit mais ce qui importe, dit-il, « c’est que 64% de ceux qui ont été emprunteurs durant au moins cinq ans ont dépassé le seuil de la pauvreté ». Faut voir…
Ne dit-on pas que l’enfer capitaliste est pavé des meilleures intentions humanitaires ? Déjà en2001, le macro-conseiller Jacques Attali s’interrogeait : « Le microcrédit constitue-t-il une forme de don, un moyen de créer des petits boulots, ou un moyen d’installer une forme de grand capitalisme ? » Devenu le gourou de Planetfinance,première IMF dans le monde, on peut en déduire qu’il a trouvé la réponse. Pour Muhamad Yunus, pas d’ambiguïté : « Le social-business est la pièce manquante du système capitaliste. Son introduction peut permettre de sauver le système [2]. » Sauver le capitalisme, en toute simplicité.

L’engouement est mondial. Et quelques grandes banques de s’apercevoir que la microfinance peut être très rentable ; d’autant que les taux d’intérêt sont élevés – de 15 à 20%, jusqu’à 30% même !– et que les pauvres s’évertuent à bien rembourser – le taux de pertes de la Grameen Bank ne serait que de 3%. Comme disait le grand Alphonse Allais : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve : chez les pauvres. D’accord, ils n’en ont pas beaucoup, mais ils sont si nombreux ! »
Quelle différence alors avec l’usure classique à laquelle les IMF prétendaient soustraire nos bons pauvres ? Ah, mais là, c’est de l’usure éthique, camarade ! Aaaah bravo ! Le 14 mai, un reportage d’Envoyé spécial, « Le banquier des pauvres », montrait la dérive des IMF au Bangladesh vers des pratiques déguisées de crédit à la consommation. « En quinze ans d’emprunt, je n’ai jamais réussi à rembourser », témoignait un vendeur de beignets. En effet, l’emprunt servant à couvrir les besoins immédiats autant que les dépenses exceptionnelles, le travail d’arrache-pied ne permet plus de faire face, surtout quand les agents de crédit incitent leurs clients à s’octroyer un nouveau prêt auprès d’un autre IMF pour rembourser le précédent. Selon un professeur bengali, le surendettement toucherait 78 % des microdébiteurs.

En 2005, dans le seul état indien de l’AndhraPradesh, on a noté des dizaines de cas de suicides sous la pression des créanciers – du harcèlement verbal et sexuel à la confiscation des biens. Gênées aux entournures par ces scandales, les IMF ont décidé d’adopter un code de conduite stipulant que « les pratiques de recouvrement des créances des prestataires ne [devaient] être ni abusives ni coercitives ». En voulant transformer les pauvres en micro-entrepreneurs, souvent au détriment de solidarités communautaires basées sur l’agriculture vivrière et le troc, la pseudo-panacée du microcrédit tombe le masque et se révèle une pure main basse financière sur l’économie informelle, éclipsant au passage les politiques de mise à sac des droits sociaux et la nécessité d’une redistribution générale des richesses [3]. Moralité : l’argent, c’est pas fait pour les pauvres !

Article paru dans CQFD n°68, juin 2009.


[1] 85% des béneficiaires des microcrédits sont des femmes, considérées meilleures gestionnaires que les hommes.

[2] Vers le nouveau capitalisme, Lattès, 2008.

[3] À lire : Élisabeth Hofmann, Kamala Marius-Gnanou, « Le microcrédit est-il le faux nez du néolibéralisme ? », Les Cahiers d’Outremer, n°238, 2007.





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MICROCRÉDIT, MACRO-USURIERS
Weatherboy | 29 juin 2009 |
Lire également à ce sujet Muhammad Yunus : Prix Nobel de l’ambiguïté ou du cynisme ? http://www.cadtm.org/spip.php ?article4228 Réponse au commentaire précédent
Le Chien rouge | 24 juin 2009 |

"Comment la microfinance peut-elle prétendre servir le progrès économique et social alors que ses taux d’intérêt sont souvent compris, dans les pays en développement, entre 30% et 70% par an ?«  s’interrogeaient les auteurs d’un Guide de la microfinance dans un article du Monde du 16 janvier 2007 intitulé »Comment faire baisser des taux d’inrérêt trop élévés ?" Apparemment la question n’est secondaire ni nouvelle pour les protagonistes des IMF eux-mêmes. Yunus lui-même estime que les taux d’intérêt ne devraient pas dépasser les 15% par an. (Il manquait dans l’article effectivement la précision de la période donnée).

Sans doute il ne faudrait pas trop mettre le doigt dans les contradictions de la microfinance ? C’est pas le genre de CQFD.

On appréciera au passage la citation du « grand leader paysan » Mao Tse-Tung, citant lui-même Hérodote. Que Billvn se rassure, l’enquête continue…

Le mythe du microcrédit

MICROCRÉDIT, MACRO-USURIERS
Billvn | 21 juin 2009 |
Micro-article…il aurait mieux fallu connaitre un peu avant de raconter des inepties… Oui, les pauvres sont souvent sur-endettés pour survivre, mais pour un paysan qui doit acheter un buffle un micro-crédit à 1% / mois c’est mieux qu’un crédit d’usurier à 10%/mois (exemple au Viet Nam) ; les chiffres donnés dans l’article n’ont pas de sens sans référence : 30% de taux annuel quand l’inflation est de 30% ça vaut le coup, mais pas quand c’est 5%… Et pour trouver des témoignages, c’est facile… comme les trains qui partent pas à l’heure… Mais l’accès facile au crédit pas cher, c’est la survie de milliards de personnes - et Mr Attali n’est pas le meilleur témoin… Bref, comme aurait dit un ancien leader paysan « sans enquête, pas de droit à la parole » …qed !
 

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