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CQFD N°068


LANGUE BLEUE : CONTRE LA VACCINATION OBLIGATOIRE

« SOUS LES PAVÉS, L’ALPAGE ! »

Mis à jour le :15 juin 2009. Auteur : Nicolas Arraitz.

« On n’est pas une secte obscurantiste ! », clament les bergers refusant l’obligation de vacciner leurs bêtes contre la fièvre catarrhale, ou langue bleue, une maladie plutôt bénigne et pas contagieuse. Mais le ministère de l’Agriculture, qui lorgne sur une subvention européenne et roule pour les labos, entend imposer un vaccin dont l’efficacité autant que l’innocuité reste encore à prouver. Quitte à interdire la transhumance aux réfractaires !

A LIBERTÉ EST CONTAGIEUSE, ILS CHERCHENT LE VACCIN. » La banderole de tête, ce matin du 27 mai à Gap (Hautes-Alpes), montre qu’on n’a pas affaire à une manif comme les autres. Cent cinquante splendides brebis savoyardes Thône et Martod ouvrent la marche, jusqu’au piquenique qui s’étalera joyeusement entre conseil général et préfecture. Les collectifs contre la vaccination obligatoire, présents dans soixante-douze départements, sont indépendants des syndicats. Car même la Confédération paysanne a d’abord cédé au corporatisme en réclamant, au niveau national, plus de moyens pour vacciner. Mais à l’envoyé de LaProvence qui lui demande s’ils veulent plus de sous, l’herbassier Alain Guibert rétorque : « Non, c’est une question d’éthique. » Œil rond du scribouillard : ce cul-terreux a-t-il un problème de tiques ou me lance-t-il un gros mot exotique ? Sans pitié, Alain parle ensuite de « ligne Maginot vaccinale ». C’est un arrêté de la préfète des Hautes-Alpes qui a provoqué tout ce foin. Daté du 25 avril, peu avant le départ vers les alpages, il prend à la gorge les éleveurs en interdisant la transhumance aux moutons non vaccinés. Les bergers étaient prêts à assumer les amendes,mais interdire la transhumance c’est pratiquement condamner leur bétail à mort. À Manosque, le 20 mai, la manif invoquait la mémoire locale : « Giono, réveille-toi, ils tuent le grand troupeau ! » Mais les voitures-balais de la municipalité talonnaient les brebis pour effacer les traces de leur passage. À Gap, par contre, une vieille dame leva timidement le poing en signe de sympathie.
La fièvre catarrhale ovine (FCO) est une maladie vectorielle, non contagieuse, pas transmissible à l’être humain et originaire de l’hémisphère Sud. « Dans les années 80, explique le vétérinaire homéopathe Paul Polis [1], certains maquignons européens crurent malin de demander à l’Organisation internationale des épizooties que la FCO soit classée maladie dangereuse, pour bloquer les exportations des pays du Sud. Le jeu était fin, sauf qu’ils n’avaient pas prévu que la maladie débarque ici. »

Vers l’an 2000, via le sirocco et le réchauffement climatique, la FCO pénètre par la Sicile et l’Andalousie. Les conséquences économiques,bien plus que sanitaires, sont désastreuses. Arroseur arrosé, l’Europe se voit obligée d’appliquer « sa » législation à son propre territoire, de bloquer les exportations et d’abattre les cheptels atteints (Espagne, Angleterre…). Voilà la vraie raison de la « crise sanitaire » actuelle et de l’imposition d’un vaccin conçu à la va-vite (même vaccinées, les bêtes sont encore porteuses du virus). Et il se pourrait bien que les effets secondaires fassent plus de dégâts que la maladie. Bernard Brenier, éleveur bovin à La Rochette (Hautes-Alpes), a constaté abcès, articulations enflées, avortements et baisse du taux de grossesse après le vaccin (imposé aussi aux bovidés…). Les services vétérinaires lui ont répondu que le ministère «  n’a pas prévu d’indemnisation pour les pertes qui seraient liées à la vaccination ». Et de trancher : « […] les autorisations temporaires d’utilisation sont délivrées […] sur la base de données scientifiques prouvant à la fois l’efficacité et l’innocuité des vaccins. » À chaque éleveur d’exercer lui-même sa pharmacovigilance…

« Il n’y a jamais eu d’éradication de la FCO par vaccin, dans aucun pays, clarifie Paul Polis, car le moucheron vecteur pique aussi les animaux sauvages. Et quand une maladie est là pour toujours, il vaut mieux que le cheptel crée ses propres défenses immunitaires, ce qui a été le cas dans les pays du Sud. Là où ça coince, c’est quand le terrain immunitaire est dégradé, c’est-à-dire là où l’on a bombardé l’animal de prothèses chimiques. En France, les dépenses en médication augmentent chaque année, à cause de la baisse des immunités naturelles. C’est un cercle vicieux. » Big bizness, mais no future. Cette campagne de vaccination (dénomination ô combien guerrière !) va coûter 160 millions d’euros. Bruxelles promet de grasses subventions si 80% du cheptel est vacciné. D’où le zèle des officines ministérielles (« L’agriculture française, c’est le dernier système stalinien d’Europe de l’Ouest », selon Polis sur France Culture, le 28 février). Et puis, avant de devenir ministre des péquenots, Michel Barnier n’était-il pas vice-président du CA de Meyrieux- Alliance, un des fabricants du vaccin ?

À Gap, reçus par un trio de caciques FNSEA, les bergers en colère leur ont reproché d’avoir monté les éleveurs les uns contre les autres en faisant croire que les bêtes non vaccinées allaient contaminer le reste. «  C’est une région qui transhume, tenta de se justifier Bernard Motte, responsable élevage à la chambre d’agriculture, et moi il me semble,mais je ne suis pas certain de ce que je dis, je mets des guillemets, que la vaccination allait permettre d’arrêter la maladie. » Certains, optimistes, diront que les labos profitent de l’ignorance des bureaucraties agricoles. Les autres parleront de complicité. Le 4 décembre 2008, l’État a décrété la vaccination obligatoire. Avant ? Les labos n’avaient pas encore trouvé de vaccin. En 2008, c’était remboursé. En 2009, seule la moitié est prise en charge. En 2010, ça ne le sera plus du tout. La viabilité de ces campagnes annuelles très coûteuses est donc en question. En attendant, les bergers auront été les cobayes, à leurs frais, des expérimentations à grande échelle des apprentis sorciers de l’industrie pharmaceutique.
Anachronique, cette fronde ? Si faire valoir la liberté de choix et les forces de la nature contre les diktats technocratiques est un anachronisme, oui ; mais il est plein d’avenir. « Nous transhumerons encore longtemps », crânait une autre banderole.

Article paru dans CQFD n°68, juin 2009.


[1] www.giezoneverte.com.





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