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CQFD N°005


DÉMOCRATISATION PAR L’ARGENT

L’ONU PRIVATISE LE KOSOVO

Mis à jour le :15 octobre 2003. Auteur : François Maliet.

Depuis six mois, un plan de privatisations lancé par l’ONU « libère » le Kosovo de ses entreprises publiques et de ses coopératives, livrées aux investisseurs occidentaux. Le « multilatéralisme » prôné par Chirac vaut peut-être mieux que la domination US. Mais, pour les salariés, il aboutit au même résultat : la « restructuration » et la porte.

L’escapade des troupes de Bush Junior en Irak a beau être coûteuse, le retour sur investissement ne sera pas perdu pour tout le monde. Pour faire rentrer du cash, les administrateurs américains ont décidé en septembre de procéder à une totale libéralisation de l’économie du pays. Annoncée par une de leurs doublures, « ministre des Finances » du conseil de gouvernement irakien, cette campagne de privatisations n’a fait l’objet d’aucune délibération préalable. C’est une nouvelle couleuvre à avaler pour les défenseurs de la légitimité internationale qui, à l’instar de Chirac, soutiennent que « le multilatéralisme est essentiel », « efficace », « moderne » (assemblée générale des Nations Unies, 23/09/03). Or il est probable que le « multilatéralisme », du moins tel que le conçoivent ses illustres porte-paroles, aurait conduit au même résultat : la mise au pas de l’économie irakienne. Pour preuve, le Kosovo. Après une première reconstruction de l’ancienne province yougoslave, qui a permis de régaler bon nombre de vautours 1[ Voir « La reconstruction du Kosovo libéré », CQFD N° 1], le festin se poursuit par le dépeçage des entreprises publiques et des coopératives, organisé par l’ONU. Quatre ans après les bombardements de l’OTAN, le Kosovo est toujours géré par la MINUK, mission provisoire déléguée par le Conseil de sécurité des Nations Unis. Les tensions y restent vives : les exactions envers les Serbes se multiplient et une « Armée nationale albanaise » a revendiqué plusieurs attaques ces derniers mois. L’ONU a annoncé pour mi-octobre une première rencontre entre des responsables du Kosovo et de la Serbie, mais sans aborder le thème délicat du statut politique final de la province. La « réconciliation » est loin d’être gagnée. En revanche, pour ce qui est de fondre l’économie locale dans le moule libéral, les choses avancent tambour battant.

Et pour cause : la vente des bijoux de famille est le seul domaine dans lequel la MINUK peut procéder comme bon lui semble, sans palabres fastidieuses. Si l’agence onusienne partage, depuis 2001, certaines prérogatives avec les nouvelles institutions politiques du pays (assemblée législative et ministères), le pouvoir économique et financier reste de son ressort exclusif. La MINUK a ainsi créé sa propre agence de privatisations, Kosovo Trust Agency (KTA), qui a engagé en mai 2003 la mise en vente de cinquante-cinq entreprises publiques, ainsi que de trois cent cinquante boîtes fonctionnant en coopérative (bâtiment, énergie, ingéniérie…), détenues jusqu’alors par leurs employés.

Nous comprenons que ce processus soit difficile à accepter

Bill Clinton avait annoncé la couleur : après les bombardements, on se consacrerait à « consolider l’économie de marché ». Certes, pour l’heure, les entreprises occidentales hésitent encore à mordre dans le gâteau. Au Kosovo et à son avenir en pointillés, ils préfèrent la Serbie, jugée plus sûre. Philip Morris et British-American Tobacco viennent ainsi d’opter pour le rachat de deux usines serbes à Nis et Vranje, au détriment du site kosovar de Gjilanë, lui aussi en vente. Mais le KTA se veut optimiste. Selon les VRP de l’ONU, le « marché émergeant » du Kosovo présente plein d’avantages : une main d’œuvre jeune et pas chère, des ressources naturelles en quantités, l’euro comme monnaie locale, des conditions financières attractives… Déjà, plusieurs entreprises françaises ont fait acte de candidature. Sans succès pour l’instant. Une vision courante veut que l’ONU aide tant bien que mal les nations du monde à coexister sans avoir recours à l’artillerie lourde. Mais quand le FMI est occupé sur d’autres fronts, elle assure gaiement l’intendance. Quitte à alimenter les tensions. Le gouvernement de Belgrade voit ainsi d’un très mauvais œil les privatisations au Kosovo, soupçonnées d’accélérer l’indépendance de son ancienne province. Du coup, les Albanais seraient plutôt pour. Sauf lorsqu’ils en font les frais… Car les coopératives locales ne sont pas franchement ravies de se faire désosser. En juillet, le chef de mission de l’US Office Pristina, représentant les Etats-Unis dans la province, précisait à propos de la grande braderie en cours : « Nous comprenons que ce processus soit difficile à accepter pour certains Kosovars, mais c’est un cap à franchir ». L’enseigne Montazhi i Kosovës, rachetée en août par Meridian Corporation, est l’une des premières à avoir « franchi le cap ». Quelques jours après la transaction, les salariés se mettaient en grève. Ils accusent le KTA d’avoir truqué l’appel d’offre et craignent de perdre leur emploi. Un responsable du KTA, contacté par CQFD, confirme qu’ils ont effectivement de quoi se faire du mouron : « les nouveaux propriétaires ne sont pas obligés de garder les ex-coopérateurs », explique-t-il, tout en assurant que le KTA tentera « d’en faire réembaucher certains ». Et de poursuivre : « Les salariés comprennent qu’il est nécessaire de privatiser certaines entreprises. Mais presque tous les membres de coopératives ont vécu sous l’ère communiste et ils n’acceptent qu’à contre-cœur les normes économiques modernes ». Le capitalisme ne s’apprend pas en un jour. Et un bon licenciement, ça vous met directement dans le bain.

Publié dans CQFD n°5, octobre 2003






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L’ONU PRIVATISE LE KOSOVO
frenchkid | 29 octobre 2006 | oi oj
lonuestunebonneorganisation
 

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