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CQFD N°067


CHRONIQUE DE GUERRE

BOUGE PAS !

Mis à jour le :15 mai 2009. Auteur : Iffik Le Guen.


Le 30 avril dernier, un automobiliste garé en double file devant un bar d’Argenteuil se fait contrôler par la police. Il tente de s’expliquer, des badauds s’approchent, une détonation retentit. Un des fonctionnaires vient d’ouvrir le feu avec son flash-ball. Le 28 avril, devant le rectorat de Nantes, on reconstituait le tir du projectile en caoutchouc qui avait crevé l’œil de Pierre lors d’une manifestation lycéenne en novembre 2007. Le 19 mars, Joan perdait, lui aussi, un oeil alors qu’il participait à une action de réquisition à Toulouse. Et la liste, loin de se limiter à quelques cas isolés, risque encore de s’allonger si l’on en croit les déclarations de Christophe Gesset, conseiller technique du syndicat Synergie Officiers, à propos d’une nouvelle génération de flash-ball à répétition : « On peut tirer dans le tas […] sans que la personne touchée n’ait été celle qui tirait sur les policiers. [1] » Pour ne pas faire de jaloux, rappelons que le Taser a été impliqué dans une bavure à Marseille en octobre 2008 : en dehors de toute situation de légitime défense,un CRS avait balancé une décharge de 50 000 volts à un jeune sans-papiers. Pourtant, dans sa préface au récent Que sais-je ? consacré aux armes non létales (ANL), l’inévitable Alain Bauer rejette l’idée, après l’avoir un moment évoquée, que de tels équipements puissent engendrer une forme de désinhibition dans les rangs de la maréchaussée. Sûr de lui, le criminologue à képi va même jusqu’à demander une publication annuelle recensant l’utilisation des ANL pour vérifier « les gains ainsi obtenus en matière de vie épargnée ou de violence évitée lors des interpellations.  [2] » On peut en douter si l’on va consulter les nombreux rapports (de quoi caler quantités d’étagères suédoises) d’organisations de défense des droits de l’homme outre-Atlantique, lesquels font état de plusieurs centaines de morts suspectes dans le cas du flash-ball et plusieurs dizaines dans le cas du Taser.

Il est vrai que les concepteurs des ANL euxmêmes n’ont jamais conçu leurs joujoux dans l’illusion du « zéro mort ». Pour des raisons aussi bien pratiques que juridiques, ils parlent plutôt d’armes à létalité réduite voire d’armes à létalité modulable concernant les modèles de nouvelle génération. Apparu pour gérer les mouvements contestataires des années 60 et 70 puis l’augmentation de la population carcérale dans les années 80, le concept des ANL s’inscrivait exclusivement dans un usage civil. Mais, avec à l’intérieur les émeutes de Los Angeles et le massacre des Davidiens à Waco, avec à l’extérieur les interventions au nom du nouvel ordre international et le fiasco somalien, la frontière va s’effacer au profit d’un concept stratégique global dans lequel maintien de l’ordre et maintien de la paix ne font plus qu’un. En outre, l’ANL est l’outil rêvé pour faire baisser le coût politique de certaines interventions face à la médiatisation et à la judiciarisation croissante des conflits. Enfin, l’ANL, parce qu’elle mobilise toutes les filières technoscientifiques, offre au complexe militaro-industriel la perspective d’un marché très lucratif. Actuellement, le projet phare d’arme à létalité modulable va renvoyer les flash-ball et autres Taser au rang des massues préhistoriques. Consistant en un rayon multisupport émettant sur une certaine fréquence, le bidule « chauffe » les molécules d’eau sous le derme superficiel provoquant une sensation de brûlure que les apprentis sorciers du Pentagone espèrent pouvoir régler depuis le picotement désagréable jusqu’à l’autocombustion. Fait chaud, non ?

Article publié dans CQFD n°67, mai 2009.


[1] La Dépêche, 22 mars 2008.

[2] François-Bernard Huyghe, Les Armes non létales, PUF, février 2009.





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