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CQFD N°067


MÉDIAS

MAIS OÙ EST DONC PASSÉE L’ULTRA-GAUCHE ?

Mis à jour le :15 mai 2009. Auteur : Iffik Le Guen.

Depuis les premiers jours d’agitation politicopolicière autour des ultra-épiciers de Tarnac, le dossier n’en finit plus de se dégonfler chez la plupart des journalistes. Pourtant, les sbires d’Alliot-Marie insistent et Julien Coupat est toujours en prison après six mois de détention « provisoire ».

FRANCE INTER n’a guère lésiné sur les moyens pour participer à la curée médiatique contre le « groupe Coupat ». Dès le 22 novembre 2008, Denis Astagneau, spécialiste du 4x4 et accessoirement présentateur du journal de l’après-midi, annonce en ces termes un entretien exclusif avec un militant « ultragauchiste » : « Trente ans après Action Directe,[…] ce militant vit en communauté et quand on le pousse dans ses retranchements, il n’exclut pas la lutte armée. » En fait, il s’agissait d’un montage grossier réalisé en coupant au bon endroit un reportage diffusé le matin sur la même antenne et dans lequel plusieurs jeunes activistes vivant en colocation s’exprimaient notamment ainsi : « Clairement, on ne prône pas la lutte armée. » Depuis lors, la station ne cesse de battre sa coulpe.
Le 16 avril dernier, invitée de la matinale, MAM subit le feu roulant des questions sur le vide du dossier d’instruction, le côté disproportionné de la qualification terroriste et, même, le camouflet personnel que pourrait être pour la sinistre de l’Intérieur l’abandon des charges contre Julien Coupat. On lui laisse faire cependant son habituel numéro d’hypocrisie, où elle rappelle le travail indépendant du juge tout en laissant entendre qu’il existe bel et bien des éléments justifiant l’interpellation, le contrôle judiciaire, la détention provisoire et gna-gna-gna. Rien n’y fait et, le 5 mai, c’est une journée entière que France Inter consacre à l’ultra-gauche avec, le matin, une chronique minimalisante du spécialiste police/justice, Étienne Monin, sur de supposées actions (dégradations, fausses bombinettes et vrais fumigènes…) de la mouvance anarcho-autonome francilienne. Plus un lien permanent sur le site. Et enfin, le soir, un « Téléphone sonne » sur « L’affaire Coupat ». On mesure le chemin parcouru depuis le mois de novembre dans la présentation même de l’émission : « La lutte antiterroriste menace-t-elle les libertés fondamentales, les ouvrages de propagande ou de réflexion [sic] suffisent-ils à constituer une charge… » Parmi les invités, l’autoproclamé expert ès mouvements subversifs (voir CQFD n°29), Christophe Bourseiller glose sur une jeunesse intellectuelle désenchantée, possédant un réel talent littéraire, qui a pu un moment être tentée par des actions de sabotage, tout en restant fidèle à une geste tellement post-situationniste. Étienne Monin suggère que la police ferait mieux de se recentrer sur ses fondamentaux, la traque du bon vieil ennemi islamiste, plutôt que de courir après quelques adolescents attardés qui ont cassé le train électrique de papa.
Finalement, « On verra » est la seule conclusion à réaliser un minimum de consensus entre les intervenants, ce qui réjouira sûrement Julien Coupat quand sonnera l’heure de son soixantième mois de garde à vue. Allez, Messieurs et Dames de France Inter, encore un effort dans la voie de l’émancipation journalistique.

***

ON A RETROUVÉ L’ULTRA-GAUCHE !

LE TOUJOURS SURPRENANT Hervé Gattegno (voir CQFD n°56) est affligé d’une forme de daltonisme peu commune : il continue de confondre carte de presse et carte de flic (à sa décharge, les deux sont barrées d’un bandeau tricolore). En même temps qu’il réalise pour Le Point (30/04/09) une interview de Squarcini, le patron de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), il publie un article de « révélations exclusives » sur les derniers éléments à charge contre Julien Coupat. Pense-t-il vraiment que son métier de base, auxiliaire de police, ne va pas finir par se voir ? Même les lecteurs du magazine ne sont plus dupes, à en croire les commentaires goguenards qu’ils ont laissés sur le site (sauf certains qui pensent que Coupat est un agent dormant de l’OAS « réveillé » récemment). Les preuves en question sont particulièrement gratinées : « Des fournitures susceptibles de constituer la panoplie du parfait saboteur » retrouvées dans un sac à l’intérieur d’une voiture par la police… canadienne ! Eh oui, il est super malin le super terroriste : grâce à ses nombreux complices parmi les pilotes de jets privés, il va faire ses courses outre atlantique pour attaquer les lignes TGV en France. Que ramène-t-il de ses emplettes ? Des « tubes et des ficelles généralement utilisés pour poser des crochets métalliques sur les caténaires ». Quelqu’un peut-il prévenir Gattegno qu’en plus de le prendre pour un gentil caniche, les gaziers de la DCRI se foutent ouvertement de sa tronche ? Mais ce n’est pas tout, et il sort de sa besace providentielle des « gants spéciaux 25000 volts ». Électricien, comme journaliste d’ailleurs, c’est un métier. Et un homme de l’art aurait pu prévenir Gattegno que ce genre d’équipement n’est que de peu d’utilité quand c’est la simple approche de la caténaire qui suffit à déclencher un arc électrique. Le meilleur est pour la fin, où l’on apprend que des « documents en anglais, allemand, italien » souhaitant « bonne chance pour le projet » font également partie des fameuses pièces à convictions.
Amis lecteurs, très chères lectrices, faites désormais attention au contenu de vos courriers et autres messages téléphoniques : encourager une vieille connaissance transalpine qui a décidé de monter sa petite entreprise d’électricité générale, ça peut valoir quelques dizaines d’heures de garde à vue antiterroriste.

Publié dans CQFD n°67, mai 2009.






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