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CQFD N°067


TOUT DOIT DISPARAÎTRE

QUI A PEUR DU LOUP MEXICAIN ?

Mis à jour le :15 mai 2009. Auteur : Arthur.


DANS LE VILLAGE PLANÉTAIRE, la situation devenait grave : les serfs se révoltaient, résistaient avec morgue aux injonctions de leurs matons patronaux ou syndicaux, brûlaient leurs outils de travail, et, plus grave encore : parlaient de leurs conditions de vie au lieu de football. On entendait des mots oubliés comme « révolution » ou « lutte des classes ». Des magazines prestigieux bourrés de pages de pub colorées faisaient frissonner leurs lecteurs bobos qui voyaient déjà des hordes hirsutes de sans-culottes, l’écume aux lèvres, se ruer dans leurs piscines du Lubéron et pisser sur le bichon frisé.

Bref, la « crise » boursière née aux États-Unis était en train de contaminer la planète. Les auteurs des malversations bancaires se voyaient menacés d’être privés de bonus,de primes et de retraites. Les défenseurs les plus fervents du système d’exploitation de l’homme par l’homme – entendez du prolo par l’actionnaire – disaient vouloir « moraliser le capitalisme », ce qui revient à confisquer l’appareil dentaire du loup et lui offrir une paille pour siroter son jus de carottes bio. Plus grave encore : la réflexion collective des esclaves touchait l’ensemble des pays du globe, riches ou pauvres.Les quelques milliers de propriétaires de la planète Terre se demandaient comment maintenir en prison les quelques milliards de locataires qu’ils avaient la bonté de nourrir en leur donnant quelques roupies de sansonnet.

C’est alors que l’idée sublime se fit jour : faute de bonne guerre comme en 14/18, faute de bon dictateur fou comme Hitler, faute de guerre froide avec l’URSS, pourquoi ne pas donner vie à un ennemi extérieur encore plus redoutable : un virus ! Quoi de mieux qu’une menace de pandémie mondiale de grippe assassine pour faire oublier les scandales financiers ? Et les porcs mexicains eurent la sportivité de nous envoyer le hideux H1N1, une petite bête minuscule hérissée de piquants qui fait tousser l’innocent et vendre les journaux. Les producteurs de cochon toussèrent également, protestant contre l’opprobre qui frappait leur noble profession. On l’appela donc grippe mexicaine. Le Mexique protesta à son tour contre cette appellation qui menaçait leur tourisme hôtelier. On est donc prié de dire grippe A. C’est pas l’alphabet qui va râler !

Les gazettes furent sommées de rappeler aux cancres que ce virus diabolique avait fait des millions de morts sous le nom de « grippe espagnole » au sortir de la Première Guerre mondiale. On conseilla à chaque Terrien l’achat de masques, les labos firent fortune avec leurs milliards de vaccins antiviraux, on ferma tous les lieux publics où germent les rencontres de gens qui se parlent (et sont donc dangereux). Mais surtout, surtout, l’idée de moraliser le capitalisme fut jetée aux oubliettes, but de l’opération.

Pour faire dormir les petits enfants et les calmer, la recette est simple : on leur raconte l’histoire des trois petits cochons menacés par un loup affamé. Les minots s’endorment rassurés : leur papa et leur maman veillent et les protègent. Nous, petits Français, disons merci à maman Bachelot qui nous protège en nous disant de nous moucher et de ne pas tousser sous le nez du voisin.

Publié dans CQFD n°67, mai 2009.






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