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CQFD N°069


ÉBATS DE SOCIÉTÉ

LA BURQA EN PÂTURE

Mis à jour le :15 juillet 2009. Auteur : François Maliet.

Ha, revoilà le péril islamiste ! Ce coup-ci emballé dans un beau drap. À vrai dire, elle est plutôt sympa, la nana en burqa : elle est restée pendant les vacances, disponible, pour nourrir les pages ensablées des journaux et leur exotique « choc des civilisations ».

ES TERRORISTES DE TARNAC mis sur les rails par le ministère de l’Intérieur ayant lamentablement échoué, la sphère politicomédiatique se devait de dénicher un nouveau sujet polémique pour occuper la fin d’année et savonner le début de la prochaine. Attention, il fallait un vrai sujet, hein, du sociétal, et non du social genre « la fonte du Pôle emploi » ou « la fin du mois débarque le 10 ». La burqa, ce drap qui empaquette les nanas comme des vieux meubles et dissimule leurs yeux derrière une grossière dentelle, est tombée à point nommé grâce à l’intervention d’André Gérin, maire communiste de Vénissieux. Cedernier a demandé poliment la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le port du niqab et de la burqa, pour obtenir illico une mission d’information parlementaire sur le port du voile intégral. Mazette, c’est plus rapide que d’obtenir une prime de licenciement décente…

Aussitôt, de Valeurs Actuelles aux dernières « Ripostes » de Serge Moati sur France 5, en passant par Le Figaro et Courrier International, toute la presse s’est acharnée sur l’étoffe, sans oublier d’évoquer abondamment la loi sur le port des signes religieux à l’école votée en 2004. Un certain Gérard Biard, dans le Charlie Hebdo du 24 juin, s’énerve du retour de cette polémique sur le voile, « polémique dont on aurait pu faire l’économie si la loi du 15 mars 2004 avait été pensée et rédigée correctement ». Mal ficelé, ce texte législatif n’a en effet point réussi à tempérer ses fantasmes : « Niqab, hidjab, burqa, tchador proclament que la femme est un être inférieur, et éventuellement une esclave sexuelle et domestique que l’on peut répudier, frapper, fouetter, mutiler, lapider à l’envi. » Hé, gaffe Gégé, t’es en train de tacher la moquette, là. Sa consœur, l’inénarrable Bénédicte Charles, se lamente sur le site de l’hebdomadaire Marianne : « Cinq ans après la loi sur le voile à l’école, voilà où nous en sommes : déterminer si le port de la burqa à l’afghane ou du niqab à l’iranienne relève ou non de la simple liberté individuelle. Finalement, la laïcité est peut-être en train de perdre définitivement la partie. » Bénédicte, Bénédicte… Si les tenants de la loi de 2004 brandissaient la défense de la laïcité au sein de l’école publique, il s’agit aujourd’hui d’interdire - « s’il s’avérait que le port de la burqa est subi », tient à préciser le porte parole de gouvernement Luc Chatel - l’accès à l’espace public en fonction d’une tenue vestimentaire ! Un espace qui a peu à voir avec la laïcité. Il n’est certes guère réjouissant de croiser, même occasionnellement, ces sombres cabines de douche ambulantes, mais n’est-ce pas substituer un contrôle moral par un autre que de légiférer sur leur existence ?

Ce qui est aussi évident qu’un string, c’est que leur « débat » ne va plus nous lâcher la grappe. « Les mois de tapage médiatique autour de la question [du voile à l’école] ont largement contribué à renforcer le climat de “guerre des civilisations” que les grands médias ont installé en France après les attentats du 11 septembre 2001 », soulignait Pierre Tévanian dans son bouquin Le voile médiatique [1]. André Gérin est prêt à affronter l’ennemi intégral qui porterait, selon lui, « des germes de guerre civile, de barbarie ». Comme fait exprès, les barbus n’ont pu s’empêcher de foncer turban baissé dans leur rôle d’épouvantail : « Nous nous vengerons de la France et de ses intérêts par tous les moyens à notre disposition », aurait déclaré fin juin le groupe Al-Qaïda au Maghreb islamique en réaction aux propos de Nicolas Sarkozy, qui a affirmé que la burqa n’était « pas la bienvenue » en France. Mon Dieu, quelle aubaine !

Article publié dans CQFD N°69, juillet/août 2009.


[1] Pierre Tévanian, Le Voile médiatique, Un faux débat, L’affaire du foulard islamique, Raisons d’agir, 2005. Lire aussi : Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tévanian, Les Filles voilées parlent, Éditions La Fabrique, 2008.





>Réagir<

LA BURQA EN PÂTURE
Gerrard | 26 août 2009 |
Je suis assez d’accord, il faut vraiment nous lacher la grappe. Mais faut-il le faire sans pour autant savoir de quoi on parle ? Et surtout comment va-t-on vivre demain ? C’est un débat certes essentiel, mais qui ne mérite pas cet engouement. casino en ligne LA BURQA EN PÂTURE
YomYom | 27 juillet 2009 | Faux débat et fausse route

Je commence par dire que les religions ne m’intéressent que par leurs messages, ce qu’elles véhiculent et nous disent de notre humanité, c’est-à-dire comme source de savoir, et que je me place au-delà d’une anti-religiosité primaire. Nous sommes tous dans le même bain, à la fois dans notre incommunicable univers personnel et notre planète commune, et si certains préfèrent vivre selon des voies religieuses, cela ne me regarde pas tant qu’il ne me nuisent pas ou ne tentent pas de me convaincre.

Je dois dire aussi que je vis au Yémen depuis environ un an et que c’et un pays où le port de la burqa et du niqab, ainsi que du long manteau noir (abaïa), est de mise dans la population féminine dans sa grande majorité. Vous ne mentionnez pas ce pays mais c’est celui que je connais (davantage que l’Iran ou l’Afghanistan) et sur lequel par conséquent j’ai un regard plus authentique. Je ne suis pas yéménite et je ne peux, comme tout un chacun, me débarrasser de ma culture et de l’héritage étrangement enfoui dans mon être ; je suis né en France et je dois composer avec cette culture et cette langue française, qui me confèrent une vision qui n’a pas pu se constituer sans le judéo-christianisme par exemple, même si je tends à m’en détacher et d’être plus sage, de comprendre le monde, etc. Tout cela est d’une évidence qui crève les yeux, mais j’ai croisé beaucoup de voyageurs ou d’expatriés qui n’ouvrent pas les yeux et cherchent moins à comprendre qu’à juger.

Ceci étant dit, il est vrai que je ne peux pas dire qu’il ne me soit pas arrivé d’avoir le sang glacé certains jours, lorsque je croise les yeux des femmes emprisonnées par ce tissu noir sous une chaleur de plomb, ne percevant d’elles que le regard parfois aguicheur et le parfum d’encens traditionnel qui émane d’elles en volant à travers les couches d’étoffe. Il faut tout de suite préciser que si le port du hijab (le voile sur les cheveux), qui signifie à peu près « protection » est prescrit par le Coran, le niqab ou la burqa sont issues des mœurs. Certes, on peut juger ou retrouver à dire sur cette coutume, et je considère que cet accoutrement prive de liberté des femmes ou des jeunes filles que j’ai rencontrées et qui se plaignent de leur manque d’indépendance imposé autant par celui-ci que par un ensemble de coutumes assez phallocratiques, mais qui suis-je pour juger de certaines mœurs tribales qui sont bien éloignées de nos coutumes et qui sont souvent déstabilisantes et étonnantes ? Le sens de l’honneur et de l’appartenance à la tribu est ancré fortement chez les yéménites et ce sont par exemple les mêmes gens qui tueraient tout malappris qui ne serait pas correct avec un de leurs invités et qui vous accueillent comme un roi dans leur demeure, qu’ils soient fortunés ou miséreux. Par ailleurs, beaucoup m’ont dit aussi qu’elles portaient le niqab pour éviter le regard lubrique de certains, d’autres que c’était pour être à la mode, d’autres encore par manque de confiance en soi.

En ce qui concerne la France, on voit que le débat n’en porte comme toujours que le nom. Il n’y a pas vraiment de débat parce que j’irais même jusqu’à dire que notre société tend à transformer tout en images d’Épinal sensationnelles et que les vraies questions ne sont jamais posées. Les grands décideurs, détenteurs du pouvoir, ont pour objectif d’uniformiser le monde pour qu’il ne soit qu’un marché plus aisé à gérer et à contrôler. Un des nombreux signes de cette tendance est la mort des langues sur notre planète et quand une langue meurt, une culture meurt aussi, c’est-à-dire une façon de voir le monde, un héritage singulier comme celui-ci dont je parlais plus haut (lui aussi fondé sur l’anéantissement de cultures locales, de dialectes, mais attention, je ne développe pas ici, mais je ne me place pas dans l’optique sottement perverse des divers néo-fascisants…), en un mot la riche essence de notre humanité.

La France, comme beaucoup de pays, s’est construite et se constitue encore grâce à l’apport de cultures diverses, unique dans leur identité, et qui viennent se marier, communiquer entre elles, s’interpénétrer, et faire que je suis heureux de pouvoir voyager aussi tout en restant en France, en rencontrant l’Autre, au sens philosophique du terme, qu’il vienne de mon village ou d’un village situé à des milliers de kilomètres de l’hexagone.

Pour en revenir à l’oiseux débat en France, il me semble plus urgent de considérer, à savoir vraiment débattre, des questions de discriminations de toute sorte ; du fait par exemple, et je ne vous apprends rien, que si je m’appelle Ben Mohammed et que j’habite à Sarcelles, on ne m’accordera ni peu ni prou quelque belle place dans la société. Là encore, je combats le pessimisme trop tentant en lisant par exemple avec joie un de vos articles sur ces Marseillais qui reconstruisent un quartier populaire jugé rétrograde ou trop vivant par les autorités et autres pantins décideurs. Bref, partout où le peuple communique vraiment, loin du vernis propre au pouvoir et à ses messagers rampants, là où la solidarité et l’échange sincère et désintéressé, l’initiative joyeuse et primesautière, existe, se vit, il y a de l’espoir. D’ailleurs, il suffit de marcher à Sanaa, à Aden ou ailleurs au Yémen, pour être transporté par la richesse et la facilité de communication entre les gens. Arabisant ou pas, la magie est là et je comprends d’où vient une partie de l’enchantement décrit par tant de voyageurs échoués ici.

Bref, que veut-on faire avec des lois étriquées (est-ce un pléonasme ?), si ce n’est tout régir et compartimenter pour mieux assujettir et contrôler (relire Surveiller et punir de Foucault) ? Qu’on cesse d’ostraciser les musulmans, les africains, ceux qui ont fait la France d’aujourd’hui en payant de leur sang ou qui échouent par exil et ne demande qu’une vie meilleure !

Oui, je suis un homme bien vivant, et j’aime marcher en France et croiser les femmes qui rayonnent de beauté, les cheveux au vent et la jupe dansante, un beau jour de printemps, mais pourquoi imposer par des textes l’accoutrement de tel ou telle sans tenter de comprendre leurs individualités ? Ce genre d’événement médiatique, sous prétexte de bons sentiments, ne fait qu’envenimer les esprits les plus faibles, ratatiner les cervelles en alimentant les préjugés déjà tenaces sur les musulmans, comme si ceux-ci n’étaient qu’un ; le bruit, l’odeur, les femmes traînées dans la boue, les animaux dans la baignoire et j’en passe…

Il s’agit plutôt de comprendre l’autre et de ne pas oublier qui est qui, et que certains ont depuis toujours eu intérêt à diviser pour mieux régner.

 

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