Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°069
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°069


RFID

PASSEPORT POUR LE CYBER-FLICAGE

Mis à jour le :27 juillet 2009. Auteur : Anatole Istria.

Les passeports biométriques envahissent le territoire jusqu’à la moindre commune. Les boîtes privées Atos Origin et Sagem Sécurité se sont vu attribuer le marché juteux des « titres sécurisés ». Sécurisés, vraiment ? Que nenni ! CQFD est allé au-devant du péril RFID.

ÉBUT MAI, MEDHI [1] se présente dans une petite ville des Bouches-du-Rhône. Ce jour-là, il n’a que deux employées de mairie « à former » au dispositif des passeports biométriques. « Le pire, confie-t-il, c’est dans certains quartiers de Marseille, ce sont de vraies cagoles en cours de récré, ça prend un temps fou pour leur expliquer le dispositif de recueil. » Expliquer la marche à suivre du « dispositif de recueil » des données pour le nouveau passeport, c’est la mission de Medhi, qui se présente comme mandaté par l’Agence nationale des titres sécurisés, sous tutelle du ministère de l’Intérieur. En réalité, Medhi est sous contrat avec Atos Origin,la boîte privée qui a raflé ce marché public. Le 27 juin 2008, Atos Origin, prestataire de services informatiques, et Sagem-Sécurité, leader en biométrie, ont remporté l’appel d’offres du marché des passeports biométriques, pour un montant évalué à 100 millions d’euros.Peu après,on a pu assister à un intéressant jeu de chaises musicales – ou revolving doors [2] comme on dit aux States –, qui a vu l’éviction du PDG d’Atos Origin, Philippe Germond, au bénéfice de l’ancien ministre de l’Économie, Thierry Breton. Au passage, le pauvre Germond empochait 4,67 millions d’euros de parachute doré…

Retour à la mairie. Jusqu’à présent, les employés de mairie remplissaient juste un formulaire de demande de passeport, qu’ils envoyaient ensuite à la préfecture. Dorénavant, ils utiliseront un dispositif complexe qui consiste à numériser les pièces fournies, scanner les empreintes du demandeur, prendre une photo numérique et rentrer les données sur un logiciel en réseau avec la préfecture.Les employés pourront cocher discrètement des cases quand ils ont un doute sur l’authenticité des documents fournis. « Mais vous n’êtes pas formées pour ça, précise Medhi, laissez faire les limiers de la préfecture. » Le nouveau passeport sera délivré plus rapidement (8 jours contre un mois) et les demandeurs pourront être avertis de l’arrivée de leur nouveau passeport par mail ou sur leur portable. Le formateur incite les employés à privilégier le mode de contact par portable. « Mais il arrive que l’usager ne note pas son numéro par crainte d’être fiché », précise-t-il…

En matière de fichage, la grande nouveauté réside dans la puce RFID (Radio Frequency IDentification – Lire ci-contre) intégrée au passeport biométrique [3]. Cette technologie permet de « tagger » les données du passeport, facilitant à terme des contrôles à distance. Mais nulle technologie n’est infaillible et celle des RFID est hautement piratable. Des hackers ont démontré depuis longtemps qu’ils pouvaient capter les informations des RFID à distance et même s’en servir éventuellement comme détonateur. Avec les titres sécurisés infalsifiables, nos identités sont donc plus que jamais à la merci de la cyber-criminalité ! La faille de la contreutopie de la surveillance généralisée résiderait-elle dans sa technologie même ?

L’Administration n’a pas l’air sensible à ce cruel paradoxe. Pour l’instant, malgré les bugs informatiques et les embouteillages de dossiers, le passeport s’installe dans notre quotidien sans susciter beaucoup de remous. Parmi les rares grincements, les réactions corporatistes priment. Ainsi, à Nantes, un délégué FO rouspète face à l’inadaptation du système et au surcroît de travail occasionné : «  Les postes de travail ne sont pas adaptés. Dans certaines mairies annexes, on est quasiment à quatre pattes pour appuyer sur un bouton, faute de rallonges électriques. » (20 Minutes Nantes, 23/06). Les photographes professionnels craignent la suppression de 8 000 emplois du fait de l’implantation des prises de photos d’identité en mairie. On peut aussi signaler les réactions indignées de quelques élus, comme à Villeneuve-d’Ascq, où l’écolo Pierre-Jocelyn Huyghe a fustigé, lors d’un conseil municipal ronronnant, une « attaque contre les libertés individuelles  » : « Le contrôle social est de plus en plus là pour surveiller les citoyens, partout, ou pour leur faire peur. À quand l’implant sous-cutané ? » (La Voix du Nord, le 11/05). Est-il vraiment trop tard pour alerter l’opinion sur ces mouchards intégrés à nos papiers d’identité ?

Anatole ISTRIA

PUCES : PRÉVENIR L’INVASION
LES 16 ET 17 JUIN se déroulait au Palais du Pharo, à Marseille, le 2e Forum international des technologies du sans-contact, pour les acteurs commerciaux et institutionnels oeuvrant au développement de la technologie RFID. Cette puce, munie d’une antenne, identifiée par un code unique, permet le repérage et la surveillance de l’objet, de l’animal ou de l’homme qui la porte. À quoi ça sert ? À nous faciliter la vie, évidemment ! Pour payer le contenu de notre chariot sans avoir à parler avec une caissière. Ou, puisque la puce est « intelligente etcommunicante », à surveiller notre mamie atteinte d’Alzheimer et prévenir le personnel soignant au moindre comportement inhabituel. Le progrès, c’est qu’il n’y aura plus besoin de lui rendre visite ! Mais il y a un souci : il paraît que dans la population – cette masse ignorante – circulerait une suspicion de techno-mouchardage. « Paranoïa ! », clament les spécialistes. Le parent lambda ne sera-t-il pas comblé de retrouver prestement son enfant pucé s’il est enlevé par un pédophile ? Il faut être d’une sacrée mauvaise foi, ou carrément complice du ravisseur, pour voir là une propagande destinée à faire avaler peu à peu la traçabilité des vivants. À Marseille, les gens du métier se sont donc penchés sur « les freins au développement des technologies sans contact et les risques de rejet par l’opinion publique ». Patrick Brugnier, délégué général du pôle des Industries du commerce, l’a dit : « Ces technologies représentent un enjeu considérable, (…) il faut que nous les fassions accepter par le public. »
Pour enrichir le débat, une quinzaine de rétrogrades, prétendant incarner la fameuse opinion publique, s’étaient invités. Sitôt la conférence inaugurée, les trublions demandent la parole. On la leur cède en fin de séance. « Vous voulez “rassurer l’opinion publique”. Nous n’avons pas besoin d’être rassurés. Nous n’avons pas peur, nous sommes en colère », tancent les réfractaires. Montés sur la tribune, ils insistent sur l’absence de débat, alors même que se développent à grande vitesse ces technologies intrusives et lucratives. « Les gens auront le choix de les utiliser ou pas… », rétorque un des conférenciers. Comme avec le passeport ou la carte d’identité électronique ? Ou l’inclusion discrète de RFID dans des vêtements ? Ou encore, comme le proposait à Paris la RATP, en payant cinq euros l’anonymat de son ancien Pass Navigo ? « La liberté a un prix », ose le conférencier, pince-sans- rire. Mais à qui adresser la facture ?

Pascal CORDA

Article paru dans CQFD n°69, juillet/août 2009.


[1] Le prénom a été changé.

[2] Qui qualifie la pratique de rotation de postes d’hommes d’affaires ou de hauts fonctionnaires à tour de rôle dans l’industrie et l’administration.

[3] La technologie RFID est souvent présentée comme une exigence des États-Unis vis-à-vis de l’Union européenne. Pour l’instant, on se voit délivrer un visa biométrique à l’entrée sur le territoire américain même si on possède un ancien modèle de passeport. L’ancien modèle est toujours valable jusqu’à sa date de péremption.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |