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CQFD N°070


CHRONIQUE DE GUERRE

GENDARME TUE GITAN

Mis à jour le :16 octobre 2009. Auteur : Stanley Ruthen.


L’héroïque pandore qui avait abattu Joseph Guerdner en mai 2008 à proximité de la gendarmerie de Draguignan a obtenu un non-lieu le 18 août dernier. Cette affaire enfonce le clou de la longue série de violences policières estivales et accroche un cadavre supplémentaire dans le placard.

Joseph devait pointer une fois par semaine dans cette gendarmerie.Et il pratiquait cet exercice plutôt contraignant depuis déjà deux ans.Le 23mai 2008, il est interpellé et emmené fissa à la caserne afin d’y être interrogé sur sa participation éventuelle à un vol avec séquestration. Après plusieurs heures de garde à vue, un gendarme autorise Joseph à fumer une cigarette dans le couloir. On ne saura jamais si le malheureux eut conscience qu’on lui offrait là l’un des ultimes privilèges réservés aux condamnés à mort. Si l’on s’en tient à la version officielle, Joseph aurait profité d’un moment d’obscurité pour s’enfuir par l’unique fenêtre qui se présentait à lui. Après un saut d’environ cinq mètres, il aurait escaladé un grillage donnant sur la cour d’une école avant de tenter de se réfugier dans un arbre.Jolie performance pour un homme qui avait « les chevilles et les mains menottées, le nez et la mâchoire fracturés, sans parler des hématomes », selon sa maman. Celle-ci aimerait connaître les raisons pour lesquelles son fils a été laissé sans surveillance devant une fenêtre sans barreaux. Si on avait voulu l’encourager à fuir, on n’aurait pas procédé autrement.

D’autres zones d’ombre subsistent. Les autorités ont attendu le lendemain, en début d’après-midi, pour prévenir la famille. Corvée confiée au maire du patelin, qui parle alors de « suicide », se souvient la mère. En fait, face à la terrible menace que représentait Joseph, un gendarme a jugé nécessaire de l’arrêter coûte que coûte, au besoin en lui tirant dessus à sept reprises, dont trois dans le mille. Trois balles dans le dos, dont une mortelle. Selon Me Lionel Escoffier, conseil du héros en uniforme, « il faut savoir qu’à vingt-cinq mètres d’où [Joseph] a sauté se trouvaient des enfants qu’un militaire avait amenés avec lui ; il faut savoir aussi que dans la zone mitoyenne à la gendarmerie se situe une institution religieuse où il y a des enfants en internat […] ». Et ? L’avocat veut-il faire croire que Joseph allait se jeter sur le militaire et ses gosses telle une bête fauve ? Hypothèse absurde qui ne peut que mettre en évidence le zèle d’un bavard bien décidé à disculper son client,et ce malgré les aveux de celui-ci : « J’ai pété les plombs. » Rappelons tout de même que l’article 174 du décret du 20 mai 1903 autorise les gendarmes à « déployer la force armée lorsque des personnes cherchent à échapper à leur garde ou à leurs investigations ». La loi punit ainsi le délit de fuite par une éventuelle peine de mort instantanée et établit les bases de futures « corvées de bois »… La Cour de cassation a toutefois mis un bémol, en 2003 – un siècle plus tard exactement… –, en précisant que l’usage d’une arme de service doit être « absolument nécessaire  » et « proportionné » au danger. La famille de Joseph a fait appel. Audience à Aix le 22 septembre. Affaire à poursuivre, donc…

Article publié dans CQFD N°70, septembre 2009.






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