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CQFD N°070


EXCITATION POPULAIRE

FRONDE ANTIFISCALE

Mis à jour le :16 octobre 2009. Auteur : Gilles Lucas.

Mairie assiégée, manifs, bousculades avec les flics… ! À Pont-Saint-Esprit, dans le Gard, les esprits s’échauffent depuis l’annonce, début janvier, d’une augmentation massive des taxes locales. Dans le collimateur de ses administrés, le maire de cette petite ville endettée jusqu’au cou vient de démissionner.

N MARS 2008, lors des dernières élections municipales, c’est encore avec 55,6 % des voix que Gilbert Baumet, maire depuis 1971, est réélu. Et ce malgré les rapports alarmistes de la chambre régionale des comptes concernant l’état des finances de Pont-Saint-Esprit, petite cité de 9600 habitants. Qu’importe ! Pour l’édile – conseiller général du Gard, ex-président du conseil général, ex-sénateur, ex-ministre, ex-député, ex-franc-maçon, professeur d’économie, caméléon politique naviguant entre le PS et l’UMP depuis plusieurs décennies et condamné à plusieurs reprises –, l’essentiel est alors de reconquérir au mois de septembre un siège de sénateur qui devrait lui éviter toutes menaces d’inéligibilité. Dans un courrier adressé à un Spiripontain (habitant de Pont-Saint- Esprit) après la défaite de Baumet aux sénatoriales, Philippe Séguin, président de la Cour des comptes, dénonce l’attitude du politicien  : « La collectivité a retardé par diverses manoeuvres dilatoires la publication du rapport d’observations définitives en formulant des demandes successives de report d’audition, en s’abstenant de retirer les courriers recommandés qui lui étaient adressés et n’organisant pas de réunion du conseil municipal pendant toute la période électorale. »

Le 10 décembre 2008, un arrêté préfectoral fixe pour cinq ans une augmentation de 60 et 80 % des taxes dites « ménagères » (taxes foncières, d’habitation et de collecte des ordures ménagères). Objectif : combler un trou de 25 millions d’euros (en cumulant déficit et endettement), qui porte l’ardoise par habitant à 2 500 euros, niveau trois fois supérieur à la moyenne.De nombreux citoyens s’énervent, certains se disent trahis. Le Rassemblement des contribuables spiripontains (RCS), associé aux deux listes d’opposition, appelle à manifester. Malgré la riposte du maire interdisant la manifestation au prétexte de risque de trouble à l’ordre public – son premier adjoint prétendant que son portail a été la cible de coups de feu –, le cortège rassemblera plus de 2500 personnes, le 17 janvier, aux cris de «  Baumet démission ! ». Depuis lors, actions et manifestations n’ont pas cessé. De nombreux habitants s’endettent ou empruntent pour payer leurs impôts. Un bijoutier affirme même voir affluer dans son échoppe des personnes venues vendre leurs bijoux…

La chambre régionale des comptes désigne comme raisons majeures de la faillite communale, outre des feux d’artifices prestigieux à 120 000 euros, le nombre pléthorique d’employés communaux : 487 en mai 2009. « En plus d’être un enfant du pays, c’est comme ça que Gilbert – je l’appelle Gilbert comme beaucoup de monde ici – s’est fait son matelas électoral, affirme Jean-Marie Daver, conseiller municipal d’opposition et membre du PC. Il y a ceux à qui on a promis un boulot et ceux qui en ont déjà un à la mairie. Ça fait du monde, surtout quand ces employés sont choisis dans des familles un peu nombreuses. Sans parler des histoires de plans d’occupation des sols et autres arrangements. » Il précise : « Ici, 55 % de la population n’est pas imposable. Pour eux, l’augmentation des impôts ne change rien. Ce sont les classes moyennes et les petits propriétaires qui se plaignent. Il y a beaucoup de gens qui vont avoir des difficultés pour payer. Et ceux qui ont pris des crédits pour avoir leur petite maison sont les pauvres des pauvres. »

« Je n’ai rien à dire. Vous savez, ici, il faut faire attention à ce qu’on dit », se dérobe un commerçant face aux questions de CQFD. Un quidam explique : « Ça fait trente-huit ans que Baumet est à la mairie. Il a rendu des services à plein de gens et bien sûr qu’il y a des renvois d’ascenseur au niveau électoral. Il connaît tout le monde. » Pendant les manifs, les caméras de surveillance, installées par ce maire délinquant multirécidiviste, auraient servi à réactualiser les petites fiches sur chacun. Depuis les premières manifestations, lettres anonymes, menaces, délations, blogs diffamatoires pleuvent sur les opposants. Virginie Subtil, présidente du RCS, affirme que, il y a quelques mois,une grille d’évacuation des eaux pluviales a été enlevée devant son domicile… Parano ? « Les gens ont peur de Baumet », rapporte le client d’un primeur, rencontré sur le marché du samedi. Peur ? Alors que la fronde avait pris de l’ampleur, le 18 mars, le maire affirme que, lors de son jogging, un individu « sorti de l’ombre », ainsi que le cite à l’envi la presse régionale avec une once d’ironie, l’aurait violemment agressé. « Ça fait des années qu’il fait le coup », dit un passant qui préfère rester anonyme. Rappel : le 3 mars 1983, en pleine campagne pour les municipales, une bombe de faible puissance cause quelques dégâts matériels sur sa terrasse alors qu’il regarde la télévision en famille. « En famille ? Ce soir-là, justement, ses filles n’étaient pas à la maison », rigole un retraité. Le 15 juin 1994, Baumet, fraîchement viré de son poste de président du conseil général, alors que des odeurs de corruption remontent de l’office HLM du Gard, affirme avoir échappé, sur une petite route, à deux hommes armés. Rebelote le 5 septembre  : dans des circonstances similaires, l’élu reçoit, cette fois, une balle dans le « gras de la cuisse ». Quelques mois plus tard, un ancien militaire affirmera, avant de se rétracter, avoir été recruté par Baumet pour commettre l’attentat… « Ce gars-là est prêt à tout pour garder sa place. Pont- Saint-Esprit n’a jamais été qu’un paillasson pour sa carrière politique », affirme le client d’un bar. En attendant, dit en souriant le PC Jean- Marie Daver, « notre meilleur allié, c’est le cimetière ! L’électorat est en train de changer… » Virginie Subtil précise : « Tant que Baumet et son équipe seront là, il n’y aura aucune aide directe ou indirecte de l’État. Il faudra alors attendre deux années et vérifier que la nouvelle gestion est rigoureuse pour retrouver la confiance des administrations et des banques… »

« Marre du clientélisme ! », reprend en chœur une grande partie de la population de la ville. Le mot est lâché. Malversations singulières d’un potentat local assoiffé de pouvoir ? Mécanisme ordinaire de cette démocratie où les électeurs installent au sommet, sans contrôle ni participation collective, le promoteur de leurs seuls intérêts personnels ? Et qui, quand les choses tournent mal, ne comptent que sur l’arrivée d’un nouveau calife ? Le 3 septembre, après avoir mis en scène, cette fois, sa fausse disparition, Baumet présente en préfecture sa démission. Ultime acrobatie ! Il reste conseiller municipal. C’est à l’adjoint godillot, ombre de l’ex-maire, d’endosser, dorénavant, le rôle de premier magistrat, pendant que les feuilles d’impôts commencent à arriver, confirmant les taux de 2008. « Cette vraie fausse démission ne change rien. Il faut qu’ils s’en aillent tous ! », insiste le RCS qui entend relancer la mobilisation et les actions. Excès de langage ? Certains habitants promettent « une véritable révolution ».

Article publié dans CQFD N°70, septembre 2009.






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