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CQFD N°070


MA CABANE PAS AU CANADA

COUP DE POT(S)

Mis à jour le :19 octobre 2009. Auteur : Sébastien Dubost, Yohanne Lamoulère.

À force de récup’ tous azimuts, des planteurs en série ensauvagent de verdure la banlieue de Marseille. Pour le plus grand bonheur de mémés avides de tchatche au pied de leurs immeubles.

La rumeur voudrait que les quartiers Nord de Marseille soient mal famés. Tant et si mal que la mairie de secteur aimerait bien qu’on les rebaptise « Marseille 15- 16 ». Loin du centre-ville, peu ou mal desservis par les transports en commun, ils concentrent une bonne part des grandes cités et des quartiers populaires de la ville. C’est là que s’est installée l’association « Les Pots bleus ».

Sam, alias Germinator, imposant gaillard au verbe haut. Caro, toute de gaieté pince-sans-rire. Raphaël, lutin zen. Points communs : même sens du contact et même passion pour les plantes.Quand ils s’installent dans le quartier en 1999,ils organisent un repas de quartier qui rassemble trois personnes. La greffe n’a pas pris. Qu’à cela ne tienne…
Dans la cour de leur petite maison, Germinator, jardinier autodidacte et talentueux, fait pousser toutes sortes de plantes dans quantité de pots. « Comme ça, je peux les offrir vivantes, les déplacer, les faire voyager », dit-il. Pour égayer la rue, les trois loustics placent devant leur porte deux grands pots industriels en plastique et commencent des plantations. Sylla, voisin du bout de la rue, sent l’utilité de ces énormes pots : les gens respectent les plantes qui apportent un peu de verdure dans la rue. Du coup, les ordures reprennent le chemin des containers. Peu à peu, les voisins,un tantinet méfiants au début, viennent demander des pots pour embellir leur coin de trottoir. Les plantes viennent de partout, « du bord des routes, de dons de voisins du quartier, de boutures faites dans la cour », explique ce dingue de graines. Récup’ et dons occupent ces étranges jardinières bleues. Enfin, la rue entière est « végétalisée » : bancs, chaises fleurissent aussi sur le trottoir,où les voisins sortent prendre le frais à l’heure de l’apéro. Raphaël branche Olga, la voisine portugaise : « Tu pourrais mettre la musique et nous montrer comment tu danses… »L’œil de la vieille dame, ravie qu’on ne croit pas à ses 79 ans, pétille.

Jo, retraité « professionnel » du service des espaces verts, calme le jeune Matthieu qui agite des clés sous son nez : « On va y aller, à la “cool cour”, on va y aller. » De l’autre côté de la rue trône une imposante église, dont le jardin, un temps boulodrome, a longtemps été abandonné. Petit à petit, il reprend vie grâce à l’opiniâtreté de nos trois compères.

On y jardine portail ouvert tandis que les minots du quartier viennent jouer au ballon et faire des cabanes. Raphaël y donne des cours aux étudiants de l’École du paysage. « C’est l’intelligence collective qui compte. On a peu de séances et peu d’outils. On en emprunte beaucoup aux voisins. Il est donc capital d’inventer une manière de travailler ensemble pour que ça marche », dit le jeune paysagiste. « Le sol est pauvre, on l’a décaissé au marteau-piqueur et on fabrique notre propre terre : on broie les feuilles mortes qu’on mélange à la sciure récupérée auprès du lycée professionnel. » Une voisine hèle Germinator depuis son balcon. Elle voudrait des tomates pour en planter les graines. « On ne refuse jamais », dit Sam. Pendant que la dame descend son panier au bout d’une ficelle, son mari sort et jette un oeil sur le néflier qu’il a planté dans la cour. La mairie, séduite par l’opération des Pots bleus, a installé l’électricité et l’eau. « On installe les petites parcelles pour un arrosage gravitaire, comme avec les roubines des jardins traditionnels, précise Raphaël, du coup, on consomme très peu. »

On retourne à la maison par les rues du quartier. On s’arrête sans cesse : on salue le boulanger, des voisins interpellent Raphaël, des gamins apostrophent Sam qui prend des nouvelles de la famille stoppée au milieu de la chaussée. Les portes s’ouvrent, les voisins sortent. On rentre les courses,on sort le chien. Ça sent bon l’apéro.

Article publié dans CQFD N°70, septembre 2009.






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