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CQFD N°068


CHRONIQUE DE GUERRE

PAPIERS D’AVRIL

Mis à jour le :15 juin 2009. Auteur : Kali Basa.


Paris en avril, un rayon de soleil glisse sur Oberkampf, les bobos se serrent en terrasse. B., Roumain germano-parisien en règle depuis quinze ans, se promène. Survêt’ (il prétend ce jour-là faire du sport), démarche altière et Nokia à la main, il s’arrête pour écrire un SMS quand un Noir d’imposante carrure saisit son poignet et aboie : « Contrôle d’identité ! » B., sûr qu’on en veut à son portable, se libère, ricane un « C’est ça ! » et veut poursuivre son chemin. Mais l’autre : « Contrôle d’identité ! Vos papiers ! » B. : « Je les ai pas sur moi et de toute façon je vous crois pas… » Le molosse agacé brandit une médaille, grossière contrefaçon bariolée rouge blanc bleu. Sa veste vite refermée, il poursuit : « Je vais devoir vous fouiller. » B. : « Qu’est-ce qui me prouve que vous êtes vraiment policier ? Je veux voir votre carte. » Regards rivés sur la scène depuis la terrasse. Le molosse rentre sa colère et sort ses papiers : une petite carte qu’il passe un quart de seconde sous les yeux de B. C’est clair, ça sent l’embrouille. B. : « J’ai même pas vu la photo. Je vous crois pas ! » Molosse : « Ça suffit, c’est une fouille ! » B. interpelle un quidam en terrasse : « Appelez la police ! » Molosse, au type qui a dégainé son portable : « N’appelez pas, je suis policier ! » B. : « Si vous êtes vraiment policier, pourquoi vous ne voulez pas qu’on appelle la police ? » Arrive un petit Blanc trapu. Le balaise explique que B. pas de papiers refuse fouille, etc. Petit Trapu : « C’est parce que mon collègue est noir que vous le croyez pas ? » B. : « Je veux des preuves qu’il s’agit de la police. » Le Petit Trapu sort la médaille Chinatown. B. exulte : « Évidemment, vous êtes son complice ! »

La terrasse est tétanisée. Rapplique un troisième larron, plus petit, bedonnant. Petit Bedonnant : « Quoi ? L’a pas ses papiers ? Quelle nationalité z’êtes ? » B. : « Allemande. » (c’est mieux que Roumain…) Petit Trapu : « On va vous fouiller. » B. (toujours persuadé qu’on en veut à son Nokia) : « Non. Je veux aller au poste. » Petit Trapu : « D’accord, mais je vous préviens… (au ton menaçant, les certitudes de B. vacillent : et s’ils étaient vraiment de la police ?) vous y resterez au moins jusqu’à… » B. n’a pas que ça à faire. Fouille devant la terrasse, silence. Rien. Molosse (haineux) : « Profession ? » B. : « Comédien. » Molosse, prévisible  : « Ah ça, vous jouez bien ! » Repartie inattendue de B. : « Vous aussi ! » Petit Trapu : « Ça va maintenant, vous pouvez y aller. Faut pas sortir sans vos papiers. » B. fait quelques pas, vérifiant dans ses poches que rien n’a disparu, ne trouve plus sa clé, oui, sa clé, ah c’est ça : « Où est ma clé ? » Prêts à livrer le second assaut, les sales types le dévisagent, incrédules. Soudain, un contact métallique entre ses doigts : « Ah ! elle est là… » B. prend dignement le chemin du commissariat, sûr d’avoir résisté à une bande qui voulait lui piquer son Nokia antédiluvien, prunelle de ses yeux. À la fliquette d’accueil, il demande comment un honnête citoyen est censé distinguer un honnête policier d’un honnête malfrat. La fliquette dézippe sa veste sur une médaille plastoc bleu rouge blanc Chinatown. Puis exhibe une carte avec photo quasi invisible sous le nez de B., bouche bée. Sans tirer aucune gloire d’avoir fait tourner une anecdotique rafle en total fiasco, l’ami conclut : «  J’ai rien contre les flics, mais faut avouer qu’ils se comportent franchement comme des voyous… »

Article publié dans CQFD N°68, juin 2009.






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